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Faut-il s’inquiéter des offensives des fonds activistes ?

Les fonds dits « activistes » prennent des participations minoritaires de sociétés supposées mal gérées puis tentent d'influencer leurs orientations stratégiques.

Les fonds dits « activistes » prennent des participations minoritaires de sociétés supposées mal gérées puis tentent d'influencer leurs orientations stratégiques. - Thomas COEX / AFP

Amber Capital face à Lagardère, Eliott face à Pernod-Ricard, CIAM face à Alès Groupe… les fonds activistes visent désormais les entreprises françaises, après avoir multiplié les offensives en Europe. Leurs méthodes leur valent régulièrement le surnom de « fonds vautour ». Les explications de Michel Albouy, professeur senior de finance à Grenoble Ecole de Management.

De quoi parle-t-on lorsque l’on évoque les « fonds activistes » ou les « fonds vautours » ?

Michel Albouy : Les « fonds activistes », je préfère ce terme, sont des fonds d’investissement qui cherchent à influencer le management d’une entreprise car ils estiment que cette entreprise est une « belle endormie » et qu’il est possible d’améliorer ses performances financières. Et pas seulement à court terme, comme on l’entend souvent : il y a certes une réaction immédiate avec une hausse du cours de bourse, mais les effets se font aussi sentir à moyen et à long terme sur la rentabilité de l’entreprise et sa performance boursière. Leur objectif est purement financier, mais ils ne réussissent pas toujours et peuvent évidemment se tromper.

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Le terme de « fonds vautour », lui, revient régulièrement au sujet du fonds américain Elliott, car il s’est attaqué à la dette d’Etat. Elliott a racheté il y a trois ans des parts de la dette du Pérou, puis a exigé juridiquement qu’elle soit remboursée. Il a ensuite fait la même chose avec l’Argentine. Ils jouent à fond la carte du droit, et ne sont pas forcément pressés : on ramasse des actifs qui n’intéressent plus personne, puis on les valorise. Ils peuvent s’attaquer à des groupes aussi importants que Nestlé.

Faut-il s’inquiéter des offensives des fonds activistes ?

On ne peut de toute façon pas interdire d’acheter des actions sur les marchés. D’autant plus qu’en France, avec la loi Florange, s’ils attendent deux ans leurs droits de vote au conseil d’administration sont doublés. S’inquiéter, cela dépend de qui on parle. Les actionnaires ? Les salariés ? Les dirigeants ? Lorsqu’une entreprise n’est pas dirigée aussi bien que le voudraient les actionnaires, outre l’OPA, l’intervention d’un fonds activiste peut être un moyen de faire pression sur le management pour faire évoluer la performance financière de l’entreprise.

Ce qu’ils font, c’est jouer sur les orientations stratégiques des entreprises. Prenons l’exemple de Nestlé : le fonds Third Point a fait pression sur le groupe suisse pour qu’il vende la part qu’il détenait dans L’Oréal, afin de rendre le cash aux actionnaires ou d’investir dans des projets agroalimentaires.

Vous évoquiez le rachat de dettes souveraines, comme en Argentine récemment. Pourraient-ils se tourner vers la dette française ?

Non, car la dette française est très bien notée et le pays a toujours honoré ses échéances. Ils vont agir dès qu’ils sentent une faiblesse, ce qui explique le terme de « vautour » qui leur est souvent appliqué. Il est plus facile pour eux de s’attaquer aux dettes souveraines qu’aux dettes des entreprises : un Etat insolvable peut être poursuivi en justice pendant très longtemps, alors qu’une entreprise risque de faire faillite. Une dette souveraine passe de main en main : lorsque sa valeur chute, ils peuvent intervenir.

Un Etat ne peut pas se protéger d’un rachat de dette dépréciée par un fonds activiste. Une fois mise en circulation, une dette peut être achetée par tous ceux qui le souhaitent. C’est tout gagnant pour les fonds activistes : ils touchent les intérêts de la dette, rapportés à une valeur amoindrie ils promettent de hauts rendements, mais perçoivent aussi le remboursement de cette dette par obligation juridique. Le fonds Elliott a gagné 58 millions de dollars avec la dette péruvienne, en ayant mis seulement 11 millions sur la table. Ils sont très pugnaces, ce sont de très bons financiers autant que de très bons juristes. Ils font partie du paysage du capitalisme.

Jérémy BRUNO