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Trump peut-il renier les engagements écologiques américains?

Avant l'élection du climatosceptique Donald Trump, les États-Unis ont pris des engagements en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Le futur président devra-t-il les tenir?

Le futur président des États-Unis estime que le réchauffement climatique est un mensonge des Chinois pour nuire aux intérêts économiques américains. Autant dire que la réduction des émissions de gaz à effet de serre ne devrait pas constituer une priorité de son mandat. Pour autant, son pays s'est engagé à des mesures environnementales avant son arrivée au pouvoir, dans le cadre de la COP 21, ou du plan d'Obama. Trump devra-t-il quoi qu'il arrive tenir ces engagements ?

S'agissant des mesures du plan Obama, clairement, non. Le président démocrate avait annoncé en août 2015 des initiatives en faveur de l'environnement d'une ampleur jamais vue outre Atlantique. Sa mesure phare: une réduction de 32% des gaz à effet de serre rejetés par les centrales électriques américaines d'ici 2030 par rapport à 2005. Des centrales responsables de 40% des émissions américaines de dioxyde de carbone, le gaz qui contribue le plus au changement climatique. En outre, la part des énergies renouvelables devait passer de 11 à 28% d'ici 2030.

Ces annonces avaient suscité une levée de bouclier de la part notamment des industriels du charbon. À l'époque, les écologistes pouvaient se féliciter de la décision prise en 2007 par la Cour Suprême américaine, qui stipulait que la problématique des émissions de gaz à effet de serre relevait de la seule responsabilité du président. Barack Obama n'avait donc pas besoin de l'aval d'un Congrès acquis aux républicains pour instaurer ces mesures. Aujourd'hui, cette même règle va permettre à Donald Trump de jeter ces objectifs aux oubliettes sans demander de permission à quiconque. Et nul doute qu'il le fera, puisque dans le but de rendre les États-Unis indépendants en matière énergétique, il souhaite favoriser l'exploitation des ressources de son sous-sol, majoritairement fossiles.

Aucune sanction prévue en cas de non-respect

En revanche, il lui sera plus compliqué de contrevenir aux engagements américains pris à la COP 21. L'accord de Paris signé fin 2015 consacrait des efforts historiques de la Chine et des États-Unis, les principaux pollueurs de la planète. Mais pour Donald Trump, "cet accord donne à des bureaucrates étrangers le contrôle sur la quantité d'énergie que les Américains peuvent consommer dans leur propre pays". Inacceptable juge le milliardaire, qui promet de s'en affranchir.

Pour autant, à en croire la ministre de l'Écologie française Ségolène Royal, qui s'exprimait ce mercredi sur RTL, il n'en aura pas l'occasion puisque cet accord est contraignant. "Il ne peut pas empêcher sa mise en oeuvre, rappelant que, à l'heure où je vous parle, 103 pays ont ratifié, représentant 70% des émissions", a-t-elle indiqué.

Un effet domino à craindre?

Un article de l'accord permet certes de renier ses engagements, mais seulement "trois ans après l'entrée en vigueur du texte", qui vient d'intervenir, le 4 novembre dernier. Ce retrait ne peut prendre effet qu'un an après en avoir formulé la demande. Concrètement donc, les États-Unis ne peuvent légalement sortir de l'accord de Paris avant 2020, date prévue de la fin de mandat de Donald Trump.

Reste qu'aucune sanction n'est prévue en cas de non-respect de ces règles. "Le Canada a bien quitté Kyoto" rappelle Teresa Ribera, directrice de l'Institut du développement durable, à l'AFP. Pour elle, le scénario d'une rupture unilatérale des États-Unis n'est pas improbable, et pourrait avoir des conséquences sur l'engagement des autres pays. Comme lorsque Bush avait refusé de signer le protocole de Kyoto en 2001, encourageant ainsi le Canada, le Japon et la Russie à s'en retirer eux aussi.

Nina Godart