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TOUT COMPRENDRE – Faut-il craindre des coupures d'électricité cet hiver?

L'alimentation en électricité pourrait être fragilisée cet hiver, a prévenu RTE.

L'alimentation en électricité pourrait être fragilisée cet hiver, a prévenu RTE. - Frederik Florin - AFP

Le gestionnaire du réseau de transport d'électricité RTE s'attend à un hiver compliqué alors que la consommation d'électricité en France augmente tous les ans. Ce vendredi, il a appelé les Français à réduire leur consommation d'électricité en raison du froid.

Vers un black-out hivernal? Depuis plusieurs mois, EDF et RTE mettent en garde contre la possibilité de tension sur les lignes électriques cet hiver, entre la forte consommation attendue et une production compliquée. Ce vendredi, le gestionnaire du réseau électrique a même invité les Français à réduire leur consommation entre 7 heures et 13 heures en raison du froid.

> Quels sont les risques de coupures de courant ?

RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité en France prévient depuis plusieurs mois: l'hiver - et principalement le mois de février - s'annonce "difficile" pour le réseau. La première quinzaine de février correspond généralement au pic de froid en France, c'est donc à ce moment-là que la demande sera la plus importante.

"Mais cela dépendra en réalité de deux facteurs", explique Pierre-Louis Brenac, directeur Energie chez Sia Partners. "Il faudrait d'abord une vague de froid intense sur toute la France," à savoir des températures négatives dans l'Hexagone qui pousseraient les chauffages à plein régime. Deuxième critère, des énergies renouvelables très peu disponibles: concrètement, un manque de vent sur le parc éolien - qui ne représente que 2% de la production – suffirait à pénaliser la production totale dans un contexte de forte demande. Dans ce double contexte, RTE et EDF anticipent des coupures éventuelles car "un degré en moins, cela correspond à une hausse de la consommation 2400 mégawatts soit l'équivalent de la production de deux centrales nucléaires" poursuit Pierre-Louis Brenac. Et tous les systèmes tourneront à déjà plein régime, y compris les dernières centrales à charbon.

> Quelles formes prendront ces éventuelles coupures ?

Première indication: aucun service essentiel au pays (hôpitaux, SNCF, gestion de l'eau etc.) ne seront concernés par des coupures. En réalité, RTE et EDF anticipent les tensions et les planifient à l'avance. "Les premiers concernés sont les industriels" indique Pierre-Louis Brenac. Certaines entreprises se sont déjà portées volontaires : en cas de coupures, elles toucheront une compensation financière. Mais, dans un second temps, tous les autres groupes industriels peuvent être concernés, si nécessaire, par des coupes temporaires.

Enfin, en ultime recours, les particuliers peuvent être concernés par des coupures. "C'est un scénario extrême" prévient Pierre-Louis Brenac. Dans ce cas, l'électricité de certains quartiers de villes pourrait effectivement être interrompue, par intermittence et pour des tranches de deux heures par exemple.

L'enjeu de ces procédures graduelles est justement d'éviter les black-out, c’est-à-dire, des surtensions sur les câbles, qui provoquent des coupes automatiques.géantes.

> Y aura-t-il des régions particulièrement concernées ?

Sauf accident, les principales agglomérations, et notamment la région parisienne, ne seront pas touchées car elles bénéficient d'une très bonne alimentation. Au contraire, il existe des "péninsules électriques", à commencer par la Bretagne. Non seulement la région ne possède pas de centrale nucléaire, mais elle ne bénéficie pas non plus d'un très bon maillage.

> Comment explique-t-on les tensions sur le réseau ?

Historiquement, la France a choisi de faire la part belle au nucléaire et donc à l'électricité. "Par rapport aux autres pays européens, la France compte beaucoup de chauffages électriques", indique Pierre-Louis Brenac. A cela, il faut ajouter une consommation toujours plus importante, année après année. Du côté des particuliers, la multiplication des objets connectés augmente la consommation tandis que les industries ont lancé des grands mouvements de décarbonation pour privilégier l'électricité aux énergies fossiles.

A cette tendance, il faut ajouter deux facteurs. Le premier est la nécessité d'entretenir les centrales nucléaires. Ainsi, au moins quatre centrales seront indisponibles cet hiver pour des maintenances indispensables, mais aussi pour les rechargements en combustible. Le deuxième facteur, c'est la crise du Covid-19, qui a justement interrompu temporairement les maintenances et désorganisé en partie le planning déà serré. A cela, il faut encore ajouter les incidents, peu graves mais fréquents, qui obligent à interrompre la production.

> La fermeture de la centrale de Fessenheim a-t-elle un lien avec des éventuelles coupures ?

Forcément, en situation de tension sur le réseau, l'apport d'une centrale supplémentaire aurait donné plus de marges à RTE. "Mais cela ne signifie pas que son arrêt va entrainer des coupes. D'autant qu'on a eu le temps de s'organiser pour cela" corrige Pierre-Louis Brenac. La fourniture a déjà été en grande partie compensée.

> Faudra-t-il s'habituer à ces tensions sur le réseau ?

"2022 devrait se passer beaucoup mieux" tranche d'emblée Pierre-Louis Brenac. Grâce aux vaccins, on peut imaginer la fin de la crise financière et donc une meilleure organisation du réseau l'année prochaine. Ensuite, la part des énergies renouvelables va encore augmenter. "Beaucoup de chantiers sont en cours" rappelle le spécialiste. Eolien, hydraulique, gaz… la part des alternatives va continuer d'augmenter. En attendant l'arrivée de l'EPR de Flamanville d'ici 2024.

L'autre enjeu des prochaines années sera le stockage de l'électricité pour compenser le manque de soleil ou de vent qui pénalise les énergies renouvelables. RTE teste actuellement des batteries géantes pour y répondre.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business