BFM Eco

Comment va se dérouler le démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim?

La centrale nucléaire de Fessenheim

La centrale nucléaire de Fessenheim - Sébastien Bozon

Après des années de débats et de multiples reports, la doyenne des centrales nucléaires françaises a cessé de fonctionner cette semaine. Mais il faudra attendre 2040 à en croire le calendrier pour qu’elle disparaisse définitivement du paysage.

Installée en bordure du Rhin, près de l’Allemagne et de la Suisse, la centrale nucléaire de Fessenheim a cessé de produire de l’électricité. Son deuxième et dernier réacteur a été éteint lundi, après 43 ans de service. Sa fermeture faisait partie des promesses de campagne de François Hollande en 2012, mais a fait l’objet de nombreuse négociations, notamment avec son exploitant EDF, avant d'être actée en avril 2017.

La centrale nucléaire va encore faire partie du paysage alsacien pendant plusieurs décennies puisqu’il faut maintenant procéder à son démantèlement. Une première pour EDF, car s’il a déjà commencé ce type de chantier pour des réacteurs de première génération (ceux utilisant la technologie graphite-gaz), jamais aucune unité de production de type réacteur à Eau sous pression (REP) n’a été démantelée. De ce fait, le montant de l’opération fait l’objet d’une large estimation, entre 350 et 500 millions d’euros. Mais le processus est lui bien cadré.

Cinq ans pour préparer le démantèlement

Le démantèlement d’une centrale doit faire l’objet d’une enquête publique et d’un décret qui acte l'ensemble des opérations techniques et des procédures administratives effectuées en vue d'atteindre l’état final défini. Ce n’est qu’alors que l’autorité de sureté nucléaire déclasse définitivement la centrale et la retire de la liste des installations nucléaires.

La séquence de démantèlement de Fessenheim
La séquence de démantèlement de Fessenheim © EDF

Pour Fessenheim, EDF estime à cinq ans le temps nécessaire pour la préparation au démantèlement (durée estimée pour l’obtention et la mise en application du décret de démantèlement à compter du dépôt du dossier).

Au cours de cette période, les combustibles usés et neufs, les déchets radioactifs vont être évacués vers des centres de stockage adaptés à leur nature. Un inventaire des matières dangereuses sera aussi mené, avec le repérage d’amiante et des analyses radiologiques. Cette phase servira aussi à préparer les accès et les zones de circulation pour permettre aux engins de chantier de démonter les installations.

Les bâtiments démolis et les fosses comblées

EDF estime que cette phase de préparation sera achevée en 2025. Dès lors, s’ouvrira le chantier de démantèlement qui doit mener au "retour à l’herbe" ou "green field", autrement dit le site doit retrouver sa nature d’avant construction en 2040. Pour Fessenheim, EDF vise la démolition de tous les bâtiments jusqu’à une profondeur d’un mètre au-dessous du niveau du sol.

Pour cela, les équipements vont être déposés et découpés, les bâtiments nucléaires assainis, puis démolis, les cavités seront comblées par des gravats issus de la démolition et les sols réhabilités. Ce sont près de 380.000 tonnes de déchets qui vont devoir être évacués, dont 94% de déchets conventionnels qui seront au maximum valorisés, le béton sera transformé en remblais et l’acier recyclé.

Reste la question de la reconversion économique du territoire. Fessenheim employait 750 personnes à temps plein et 300 prestataires. Seuls 60 salariés d’EDF vont rester jusqu’en 2024 pour conduire l’opération de démantèlement. La centrale offrait des retombées économiques et fiscales importantes pour le petit village de 2500 habitants. Des projets d’implantation d’une usine Tesla, puis d’une usine de batteries électriques avaient été évoqués, mais abandonnés.

Finalement, c’est un fabricant de ganulés de bois qui va s’installer dans le village et redynamiser la région : entre 350 et 700 emplois temps plein seront créés pour l'édification et l'exploitation des lieux et dans la filière forêt-bois.

Coralie Cathelinais Journaliste BFM Éco