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Quand la mafia trouve ses intérêts dans les énergies renouvelables

En Sardaigne, sous ces serres solaires devait être cultivé de l'aloès créant ainsi des emplois. Aujourd'hui, seules des mauvaises herbes sont présentes.

En Sardaigne, sous ces serres solaires devait être cultivé de l'aloès créant ainsi des emplois. Aujourd'hui, seules des mauvaises herbes sont présentes. - Giuseppe Cacace - AFP

Grâce à sa situation géographique et à son ensoleillement, la Sardaigne est grande terre productrice d'énergies renouvelables. Problème, les aides financières accordées suscitent la convoitise d'entreprises mal intentionnées.

La Sardaigne est la deuxième plus grande île de Méditerranée après la Sicile. Avec ses plages et ses collines, elle constitue un cadre idyllique pour les vacanciers. Mais le secteur du tourisme ne suffit pas à faire tourner l’économie locale. L’île est ravagée par la pauvreté et le chômage. Près de 70% des jeunes sardes sont sans activité.

Afin de faire repartir la croissance économique de ce territoire, l’Italie a lancé un grand programme de développement des sources d’énergies renouvelables. En quelques années, des centaines de mètres carrés de panneaux solaires ont vu le jour, et de nombreuses éoliennes ont été érigées dans le centre de l’île. Pour assurer le développement, l’installation et l’exploitation de ces sources d’énergie, le gouvernement italien a décidé de fortement subventionner ce secteur. Un choix qui a eu des répercussions sur les ménages italiens. Leur facture d'électricité a, en moyenne, flambé de 90 euros. 

Rosetta Fanari, gérante d'une fabrique de ricotta, s’est dotée, à titre professionnel, d’un système de chauffage solaire. Cependant, elle est opposée "à la réalisation de méga-installations qui profitent seulement aux multinationales et pas à la population locale". Mais comme elle, beaucoup de Sardes se rendent peu à peu compte que certains investissements ne leur profitent pas. 

Des dérives pointées du doigt par les habitants

L'exemple-type est la ferme solaire de Narbolia, dans l’ouest de l'archipel. Ici, 1.600 serres sont recouvertes au total de 107.000 panneaux photovoltaïques. Au-delà de la production d’énergie, cette installation devait permettre la culture de l’aloès et ainsi créer une soixantaine d’emplois. Or la société chinoise qui a remporté le contrat n’a embauché que quatre personnes. Mais empoche annuellement 6 millions d’euros de subventions et 3 millions d’euros liés à la vente de l’énergie produite. Pietro Porcedda, activiste environnemental en est sûr : "toutes ces sommes ne seront jamais réinvesties ici". 

Les autorités conscientes du problème 

Du côté de la justice italienne, par la voix de la procureure sarde, Mauro Mura, ont reconnaît l'existence d'enquêtes et de procédures en cours. Des investigations lancées contre certaines sociétés soupçonnées d'avoir profité de subventions destinées aux agriculteurs, alors même qu'elles n'ont jamais produit de biens agricoles.

En juillet 2013, l'organisme de police criminelle intergouvernemental Europol avait mis en garde les pays européens sur ces pratiques. L’agence constatait alors que "la mafia investit de plus en plus dans les énergies renouvelables afin de profiter de prêts de d’aides généreuses. Ce qui permet de blanchir les revenus issus d'activités illégales". Une nouvelle manne donc pour ces organisations, qui n'est pas sans rappeler celle qui concernait, il y a quelques années, le domaine de la collecte des déchets.

A.M. avec AFP