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Pourquoi et comment les territoires vont réussir la transition énergétique

En 2050, l'énergie électrique pourra être 100% renouvelable et produite localement.

En 2050, l'énergie électrique pourra être 100% renouvelable et produite localement. - ©ADEME

Fin 2015, l’ADEME a publié son étude sur un mix électrique 100% renouvelable. Si cette étude scientifique «à caractère prospectif et exploratoire» donne des pistes techniques, il n’en reste pas moins que cette transition énergétique majeure ne se fera qu’avec et pour les territoires. Et avec tous les changements politiques que cela suppose

Un paysage énergétique profondément modifié

Un mix énergétique 100% renouvelable c’est une répartition différente, plus décentralisée, des productions d’énergies. Aujourd’hui, quelques endroits produisent toute l’énergie dont le pays a besoin. Demain, des régions actuellement importatrices d’énergie, pourraient devenir productrices pour elles-mêmes et pour d’autres régions. En quelque sorte, des «régions à énergie positive» pour reprendre un terme en usage dans le bâtiment.

Les flux d’énergies seraient donc modifiés en utilisant les ressources de chaque territoire. Pour être un peu caricatural, de l’énergie solaire dans le Sud, éolienne ou maritime sur la façade littorale. «Un réseau modifié, mais il ne s’agit pas de créer ou rechercher l’autarcie des régions» précise Damien Siess, Directeur adjoint Production et Énergies Durables à l'ADEME. «Chaque région peut devenir productrice, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’aura pas besoin des autres. Il faudra utiliser la complémentarité entre les régions. C’est à dire plus de réseaux pour jouer le jeu des excédents et déficits».

Il ne faut pas prendre non plus les enseignements de cette étude comme une démarche «top-down», car ce sera aux parties prenantes locales -citoyens, entreprises, élus-, d’identifier les opportunités et arbitrer les décisions. «Il n’y a pas de recettes magiques, il faudra arbitrer entre revenus locaux, développement économique et nuisances, conflits de voisinage. Ce qui nécessitera une planification locale et de faire des compromis» ajoute Damien Siess.

Les collectivités vont avoir un rôle étendu 

Le premier est celui de la planification, c’est-à-dire, à l’échelle régionale, définir les objectifs (éolien, réseaux de chaleur, solaire, …), la répartition des richesses et des profits et le financement local des investissements : public, semi-public (sociétés d’économie mixte) ou encore participatif. Plus de la moitié des projets liés aux énergies renouvelables en Allemagne ont aujourd’hui des financements locaux (agriculteur, riverain, …) C’est encore loin d’être le cas en France mais ce type de financement est amené à se développer.

Le deuxième, c’est l’incitation pour fédérer des projets de riverains ou d’acteurs locaux et éventuellement y injecter du financement.

Le troisième, sans doute plus limité, c’est la réglementation locale qui pourra intervenir sur des questions d’urbanisme. Les textes légaux nationaux couvrant largement les sujets tels que : nuisances sonores ou visuelles, impacts sur la faune, voisinage, interactions avec l’aviation, etc.

«Il ne faudra pas négliger le rôle du participatif. Intégrer les parties prenantes locales aux prises de décisions, sera une piste intéressante pour les élus locaux» complète Damien Siess.

Production décentralisée, mais à géométrie variable

À quoi ressemblera la le paysage de la production locale d’énergie électrique? «À du cas par cas» tranche Damien Siess. «Assurément une répartition plus homogène sur le territoire. Ceux qui produisaient très peu pourront demain produire plus d’énergie, en utilisant au mieux leurs ressources locales : vent, ensoleillement, mais aussi géothermie, forêts, méthanisation agricole…». Ce qui est moins prévisible, c’est la nature des sites de production. De l’unité de petite taille comme un panneau photovoltaïque sur un toit ou une éolienne dans un jardin, jusqu’à des unités, dont l’intérêt technique et économique imposera d’être plus massives. On pense à l’éolien marin ou aux fermes solaires. Le tout restera de la production décentralisée.

Damien Siess ajoute «qu’il ne doit pas y avoir de confusion entre les termes. La production peut être décentralisé au sens de la répartition géographique nationale, mais il continuera à exister des moyens de production renouvelable représentant des investissements de plusieurs dizaines ou centaines de millions d’euros. En ce domaine, pas de dogme, nous aurons besoin d’une combinaison de projets de granulométries variées ».

Conditions de la réussite

Pour assurer cette transition vers les territoires, la condition majeure est l’appropriation et la compréhension des sujets énergétiques par l’ensembles des acteurs locaux : territoires, entreprises, citoyens. C’est-à-dire comprendre ce qu’ils peuvent faire, chacun à leur échelle et ce qu’ils ont à y gagner.

«Il faut laisser faire le dynamisme local. Mieux, il faut l’encourager et le laisser se développer» affirme Damien Siess, «également promouvoir le droit à l’expérimentation, même s’il faut rester prudent sur certains sujets tels que les réseaux. Il faudra être souple et laisser aux territoires le soin de s’engager pour le développement de telle ou telle énergie locale, en promouvant le droit à l’expérimentation».

Il existe de nombreuses inconnues à date. Le monde de l’énergie est trop imprévisible et des données majeures, telles que le prix du carbone, empêchent de porter des certitudes sur cette configuration à plus de trente ans. Ce qui est plus intéressant, c’est la démonstration par cette étude que l’argument, entendu ici et là, que techniquement, nous ne serions pas capables de bâtir un réseau de production uniquement basé sur des énergies renouvelables, ne tient pas. La réponse tient dans notre capacité à réaliser un mix énergétique.

«Ce sujet a encore besoin de faire sa place dans les stéréotypes. Levons et partageons les vraies contraintes techniques, puis discutons ensuite économie et politique ! » conclut Damien Siess. 

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Les 5 conditions qui permettront le succès de la transition énergétique en France

Yves Cappelaire