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Nucléaire: le scénario d’EDF pour 2050

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Illlustration - AFP

Le groupe avait déjà ficelé son plan de transition énergétique visant à étaler la fermeture de ses centrales entre 2030 et 2050. Un scénario qui n'abaisserait la part du nucléaire dans la production électrique à 50% qu'à horizon 2040. Nous republions cet article datant de mai 2017, juste après l'élection d'Emmanuel Macron.

La transition énergétique est claire dans l’esprit d’EDF. Le groupe a déjà un plan bien ficelé pour respecter les engagements de la transition énergétique d’abaisser de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production électrique. Cette échéance avait été repoussée au-delà de 2025 par Nicolas Hulot. Son successeur François de Rugy déterminera "fin octobre" sa programmation pluri-annuelle de l'énergie (PPE). EDF compte remplir cet objectif mais pas avant… 2040!

Selon plusieurs sources, EDF dispose d’un scénario de référence qui consiste à prolonger la vie de ses centrales de 10 ans ou 20 ans. Elles produiraient ainsi de l’électricité jusqu’à l’âge de 50 ans ou 60 ans alors que la limite est aujourd'hui fixée à 40 ans. Comme elles ont toutes été construites en une dizaine d’années (entre 1980 et le début des années 1990), les arrêter toutes au même âge obligerait à les remplacer en seulement dix ans. 

Du coup, EDF prévoit d’étaler sur 20 ans -entre 2030 et 2050- l’arrêt des 58 réacteurs que compte le parc nucléaire français et donc leur renouvellement. Son plan prévoit de prolonger les 34 plus vieilles centrales (900 MW), construites au début des années 1980, à 50 ans soit jusqu’en 2030. Et d’allonger la durée de vie des 24 plus jeunes (1300 MW), construites vers 1990, à 60 ans c'est-à-dire jusqu’en 2050. Ce décalage permettra une transition de 20 ans pour arrêter progressivement les réacteurs actuels en les remplaçant au fur et à mesure par de nouvelles centrales.

Attendre le lancement des quatre EPR dans le monde

Le lancement du nouveau parc nucléaire français débuterait ainsi en 2030. Les dirigeants d’EDF estiment ne pas pouvoir aller plus vite. Ils souhaitent attendre le démarrage des quatre EPR en construction dans le monde. Le retard de celui de Flamanville, qui démarrera fin 2019, n'arrange pas ses affaires. En parallèle, courant 2019, l’électricien dévoilera les optimisations de l’EPR pour baisser ses coûts d’environ 30% par rapport aux premiers modèles qui ont coûté près de 10 milliards d'euros.

Enfin, en 2020, l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) rendra un avis sur ses conditions à la prolongation de durée de vie des centrales nucléaires. Il sera alors temps pour le gouvernement de valider cette trajectoire nucléaire pour les décennies à venir. Nul doute qu’il privilégiera un plan de marche favorable à EDF. Les travaux nécessaires pour exploiter les centrales dix ou vingt ans de plus seront alors lancés pour plusieurs années.

La construction du premier réacteur du nouveau programme nucléaire français pourra débuter vers 2023 pour aboutir vers 2030. Dans l’hypothèse où la consommation électrique n'augmenterait pas -ce qui est probable-, EDF prévoit de construire au moins six EPR pour commencer.

Des chinois pour financer le futur parc

Ce plan d’EDF équilibre ses contraintes industrielles et financières. La prolongation du parc actuel permet de gagner du temps, jusqu’en 2030, pour l’optimisation et la construction du nouvel EPR. Mais il offre surtout à EDF un bol d’air de 10 ans sur le plan financier en allongeant la durée d’amortissement des 58 réacteurs. Une opération qui lui permettra d’engranger environ 800 millions d’euros de marges supplémentaires par an. "Les prix de marché vont rester bas pendant encore cinq ans et le parc nucléaire permettra de produire à un prix encore rentable, explique un bon connaisseur du dossier. Ce n’est pas le moment de construire des EPR chers".

La prolongation des centrales françaises, appelée "grand carénage", est estimée à 45 milliards d’euros sur dix ans. Un investissement qu’EDF assumera seul. En revanche, il en sera autrement pour financer le futur parc, à partir de 2030. Le PDG du groupe, Jean-Bernard Levy, a toujours assuré qu’il chercherait à partager ces investissements d’environ 30 milliards d’euros avec des partenaires. Les chinois, toujours intéressés par le nucléaire français, regarderaient forcément. "Ils rêvent de construire des réacteurs chinois en France, explique une source. À défaut de le faire, ils se contenteraient d’être partenaires".

Matthieu Pechberty