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Micropolluants: des solutions en avance sur la réglementation

L'usine de traitement eaux usées de Kerran

L'usine de traitement eaux usées de Kerran - Saur

Des molécules dangereuses pour la santé humaine sont présentes dans l’eau de consommation sous la forme d’un cocktail peu ragoutant. Des solutions de traitement efficaces et abordables existent d’ores et déjà, mais elles gagneraient à être portées par une législation européenne qui se fait attendre.

L'apparition d'un mauvais cocktail

Depuis plusieurs décennies, les milieux aquatiques, lacs et rivières notamment, ont dû faire face à différentes phases de pollutions liées à l’azote et au carbone. En réponse, l’industrie de traitement des eaux a, au fil des années, développé des solutions luttant efficacement contre l’eutrophisation de l’eau, c’est-à-dire un phénomène "d’étouffement" des milieux aquatiques, qui décimait la biodiversité, principalement les poissons.

Ces problèmes étant derrière nous, on a pu constater et mesurer une amélioration de la faune aquatique dans les grands fleuves français.

Mais aujourd’hui, un nouveau problème vient perturber cette belle photographie. La mesure des milieux aquatiques se faisant plus fine et plus précise, il est possible de détecter le très petit, le moléculaire. Et de constater qu'une nouvelle forme de pollution vient impacter la santé des écosystèmes et des humains: les micropolluants.

Ceux-ci sont issus de la pharmacie, du nettoyage, de la chimie, et ne sont pas ou peu gérables par les centres de traitement des eaux actuels. On retrouve donc un véritable cocktail, toujours différent, dans les rivières et les lacs, qui a la particularité de perturber les systèmes endocriniens et de reproduction.

Le charbon actif, véritable piège à molécules

Une des solutions prometteuses que développe le groupe Saur, consiste à traiter en fin de cycle d’épuration, donc avant rejet dans le milieu naturel ou alimentation du réseau d’eau potable, l’eau qui sort des stations. Un système de filtration au charbon actif permet de piéger littéralement les molécules dangereuses, dont la taille est comprise entre 10 et 10 µ, et de les détruire ensuite par incinération.

Plus techniquement, l’eau est propulsée à travers un lit de charbon actif –un charbon qui a reçu un traitement de vapeur- dont la concentration, de 2 à 20 grammes par mètre cube, dépend de la pollution de l’eau entrante. Celle-ci remonte, puis est récupérée par un système de goulotte. Une installation standard peut traiter 100 m3 / heure.

"Aucune molécule n’est réfractaire au charbon", précise Fabrice Nauleau, directeur recherche et développement de Saur, ce qui laisse un grand champs d’opérations potentielles pour l’entreprise qui peut s’adresser aussi bien aux collectivités locales, dans le cadre de la distribution d’eau potable, qu’aux entreprises privées, qui souhaitent maîtriser leurs rejets polluants.

Selon les configurations, l’implantation d’une unité de traitement à charbon actif -baptisée CarboPlus- représente un investissement compris entre 5 et 10% du prix total de la station d’épuration.

Un contexte réglementaire qui se fait désirer

Face à un problème à la fois environnemental et de santé publique, il faudra sans doute attendre la réglementation européenne ou nationale pour généraliser le traitement des micropolluants. À date, l’Europe ne fait état que d’une directive cadre (DCE) sur l’eau, qui vise à "l’atteinte du bon état des masses d’eau". Quand il s’agit de traiter une cinquantaine de molécules potentiellement problématiques, la posture est assez timide.

Mais c’est sans doute de ce dernier point que vient le problème. S’il est facile d’identifier l’azote ou le carbone comme polluants, trouver les micropolluants, les mesurer, évaluer leurs impacts sanitaires et environnementaux sont autant de questions auxquelles il est compliqué de répondre aujourd’hui de façon précise et exhaustive, ce qui retarde d’autant la définition d’un cadre réglementaire.

Sans doute, faudra-t-il s’inspirer de nos voisins suisses qui ont décidé de prendre le problème à bras-le-corps et de traiter l’intégralité de leurs eaux potables… en majorant le prix du mètre cube.

Yves Cappelaire