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Les frères ennemis Suez et Veolia appellent à plus d'investissements dans la transition écologique

Dans une tribune inédite, les patrons des deux géants de l'eau, des déchets et de l'environnement estiment que 27,5 milliards d'euros sur 5 ans seront nécessaires. Sur BFM Business, Bertrand Camus, directeur général de Suez explique pourquoi.

"Nous vivons un moment historique" lance ce jeudi sur BFM Business Bertrand Camus, directeur général de Suez. La crise du coronavirus a une nouvelle fois mis en exergue la nécessité de la transition écologique et le géant de l'eau et du traitement des déchets veut peser de tout son poids dans ce mouvement.

Mieux, le patron du numéro un mondial du secteur s'est fendue d'une tribune commune avec le PDG de son frère ennemi Veolia afin d'ouvrir le débat et d'appeler l'Etat à intensifier ses investissements.

Les deux groupes saluent ainsi "la percée verte" aux dernières élections municipales, "une bonne nouvelle à saluer, et un formidable défi à relever" mais aussi le travail de la Convention citoyenne pour le climat. "Nous sommes prêts à assumer toute notre part. Cependant, si la gestion des déchets et la transition vers une économie circulaire sont abordées, l'eau et la biodiversité sont insuffisamment prises en compte", écrivent-ils.

Ne pas passer à côté d'une opportunité

Pour eux, "la France passerait à côté d'une opportunité majeure de créer des dizaines de milliers d'emplois non délocalisables et de contribuer significativement à la transition écologique mondiale, si elle ne s'appuyait pas davantage sur ses industriels pionniers des services de l'environnement".

Or "le sous-investissement dans nos infrastructures environnementales (eaux, déchets) dégrade notre qualité de vie en même temps qu'il décourage les industriels français de l'environnement à investir pour conserver leur leadership mondial dans cette industrie stratégique", estiment-ils.

Ils évaluent les subventions annuelles supplémentaires nécessaires d'ici à 2025 "à 3,3 milliards d'euros pour l'eau, 1,75 milliard d'euros pour le traitement des déchets et 450 millions d'euros pour l'air". Soit 27,5 milliards d'euros sur 5 ans.

"La France peut vraiment devenir le leader de cette transition environnementale"

"Nous avons considéré en tant qu'industriels des services à l'environnement, que c'était le bon moment pour prendre une position forte sur ce sujet au moment où on discute de plans de relance et d'investissements pour préparer le monde de demain", complète Bertrand Camus sur BFM Business.

"Avec ces sommes mesurées (27,5 milliards d'euros sur cinq ans), représentant environ 0,1% du PIB annuel de la France, nous pouvons transformer la qualité de l'air que nous respirons, de l'eau que nous buvons et qui irrigue nos sols et nos cultures, de la terre dont nous ne sommes que des locataires. En ancrant la France dans l'économie circulaire, il est possible de réduire de près de 5% les émissions nationales annuelles de CO2 et d'économiser la consommation d'énergie d'environ 18 réacteurs nucléaires", peut-on encore lire dans cette tribune. 

"Il faut penser à investir dès maintenant pour pouvoir assurer la pérennité de ces services publics essentiels" souligne Bertrand Camus. "Il y a un besoin d'investissements supplémentaires constants sur le temps (...) et donc nous avons estimé que si on voulait vraiment faire un saut, et la France peut vraiment devenir le leader de cette transition environnementale, il faudrait investir en plus de ce qui est fait en régime permanent de l'ordre de 25 à 30 milliards d'euros sur 5 ans", explique le dirigeant.

Olivier Chicheportiche