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Les falsifications sont une"pratique historique" chez Areva

L'ASN a relevé un nombre impressionnant d'irrégularités liées à Areva

L'ASN a relevé un nombre impressionnant d'irrégularités liées à Areva - Philippe Lopez - AFP

Le président de l’autorité de sûreté nucléaire a relevé une centaine de fraudes sur le site du Creusot. Il s’attend à en déceler d’autres dans plusieurs usines d’Areva. Il a annoncé avoir saisi le procureur de la République.

Areva ment depuis des décennies. C’est en substance le message qu’a délivré mardi soir Pierre-Franck Chevet, le président de l’autorité de sûreté nucléaire (ASN). Devant les parlementaires de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPESCT), il s’est exprimé sur les falsifications de documents qu’Areva a transmis à son client EDF et au gendarme du nucléaire.

Au total, ses équipes ont relevé 430 dossiers irréguliers dont 88 concernent des pièces dans une vingtaine de réacteurs français en avril 2016. L’ASN reconnait toutefois qu’un seul élément, à Fessenheim, peut poser un problème pour la sûreté. EDF a reconnu mener des tests complémentaires dans la centrale alsacienne. 19 autres dossiers falsifiés ont été repérés sur le chantier de l’EPR de Flamanville. En cours de construction, il ne présente pas dans l’immédiat de danger. Pierre-Franck Chevet a annoncé qu’il avait saisi le procureur de la République pour lui signaler ces manquements qualifiés d’"inacceptables" par la direction d’Areva elle-même.

Devant des parlementaires médusés, l’autorité de sûreté nucléaire a détaillé quelques exemples des fraudes réalisées dans l’usine de forge du Creusot. A Fessenheim, en 2008, on voit clairement sur la présentation que malgré l’impossibilité de couper une "chute" métallique, il est conclu de "poursuivre la fabrication" (graph 1). A Gravelines, des résultats d’essais mécaniques sont modifiés dans le dossier transmis à l’ASN (graph2).

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"la purge n’est pas finie"

Pierre-Franck Chevet n’a pas hésité à qualifier ces falsifications de "pratiques historiques" chez Areva qui durent "depuis plusieurs décennies". Selon nos informations, la centaine de falsifications trouvées par l’ASN s’étalent des années 1970 à 2012. "Elles ne conduisent pas toutes à des problèmes techniques sur des éléments des réacteurs. Mais peuvent parfois ne concerner que des documents modifiés sans conséquences sur la sûreté" explique un proche d’Areva. La poursuite des recherches de l’ASN fera la lumière complète sur ces points. Quoi qu’il en soit, le géant du nucléaire et l’autorité de sûreté ont décidé d’étendre leurs audits à la totalité des 10.000 dossiers d’éléments fabriqués au Creusot. Ils remonteront jusqu’aux années 1960.

Le président de l’ASN a d’ores et déjà prévenu que "cette purge était nécessaire et n'était pas finie". Il estime que ses équipes passeront encore deux ans à vérifier l’ensemble des dossiers "page par page". "C'est une forme d'évidence pour moi, on va trouver d'autres anomalies ou irrégularités", a-t-il lâché devant les parlementaires. Et d'insister sur le fait que les falsifications chez Areva risquaient de ne pas circonscrites à l’usine du Creusot. Elle prévoit ainsi d’étendre ses recherches à celle de Saint-Marcel (Bourgogne) et de Jeumont (Nord).

Matthieu Pechberty