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La France pourrait se passer du nucléaire en 2050... mais avec de nombreux défis à relever

L'usine de Cherbourg va produire l'éolienne en mer la plus puissante du monde.

L'usine de Cherbourg va produire l'éolienne en mer la plus puissante du monde. - Humza Deas - GE

Le gestionnaire du réseau RTE et l'Agence internationale de l'énergie ont publié un rapport sur la faisabilité technique d'un mix "à forte ou très forte" part d’électricité d’origine renouvelable en France. Une bascule faisable (mais coûteuse) avec encore quelques inconnues à résoudre. 

Se passer du nucléaire pour une électricité totalement verte ? Beaucoup en rêvent, beaucoup en doutent. Le gestionnaire du réseau RTE et l'Agence internationale de l'énergie se sont donc penchés dans un rapport sur le cas français, qui a la spécificité d'avoir choisi l'atome après les chocs pétroliers des années 1970. 

Si l'énergie nucléaire a le mérite d'être décarbonée, le vieillissement du parc français et l'accident de Fukushima en 2011 ont accentué la pression politique pour un mix énergétique plus diversifié. Premier objectif acté par la France: réduire la part du nucléaire à 50% d'ici 2035. Début 2021, le renouvelable représentait 10% environ du mix énergétique français.

Mais le rapport a souhaité évaluer la faisabilité technique d'une électricité "à forte ou très forte" part renouvelable en 2050. En clair, se passer du nucléaire pour favoriser les éoliennes, panneaux photovoltaïques et systèmes hydrauliques. Pour ses auteurs, pas d'obstacles insurmontables mais des challenges techniques à relever. 

Faire face aux variations de production

D'abord parce qu'une centrale nucléaire et une éolienne ne fonctionnent pas de la même façon, il faudra trouver une façon de stabiliser le système. "Contrairement aux centrales classiques, les parcs éoliens et les panneaux photovoltaïques sont reliés au réseau par des convertisseurs de puissance", explique le rapport. "Si plusieurs solutions techniques existent pour surmonter cette difficulté, elles se trouvent toutefois à différents stades de maturité." En clair, "des solutions existent mais n'ont pas encore été évaluées à grande échelle". 

Autre problème à résoudre : les fluctuations de la production. Les éoliennes tournent davantage en hiver, le photovoltaïque fonctionne mieux en été. Comment faire pour les jours sans vent ou la nuit ? Il faudra trouver des solutions : batteries pour des stockages à grande échelle, réseaux de transport d’interconnexion transfrontalière bien développés et pilotage très strict des moyens de production pour gérer au mieux la consommation. 

Reste le facteur clé, celui des coûts. Si le rapport ne s'y attarde pas (de nouvelles études spécifiques arriveront plus tard, indique-t-il), il souligne que "les coûts peuvent être substantiels" et que "l’atteinte de ces exigences a des implications techniques et sociales profondes." L'autre solution reste une modernisation du parc nucléaire avec le développement en parallèle des énergies renouvelables.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business