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La Corée du Sud veut sortir du nucléaire: quel impact pour la filière française?

Le nouveau président sud-coréen Moon Jae-In a promis de renoncer aux projets de nouveaux réacteurs nucléaires, dans le cadre de sa politique visant à sortir le pays de l'atome.

Le nouveau président sud-coréen Moon Jae-In a promis de renoncer aux projets de nouveaux réacteurs nucléaires, dans le cadre de sa politique visant à sortir le pays de l'atome. - str-YONHAP-AFP

Le nouveau président sud-coréen Moon Jae-In veut renoncer aux projets de réacteurs nucléaires. Cette politique visant à sortir à terme de l'atome pourrait freiner l'agressivité à l'export de l'industrie locale, mais elle adresse également un nouveau signal négatif sur l'avenir du nucléaire mondial.

Le nouveau président sud-coréen Moon Jae-In a réitéré sa promesse de renoncer aux projets de nouveaux réacteurs nucléaires, dans le cadre d'une politique visant à sortir le pays de l'atome. Il avait fait campagne en promettant une sortie graduelle du nucléaire avec pour contrepartie le développement du solaire et de l'éolien. La Corée du Sud compte à ce jour 25 réacteurs nucléaires qui produisent 30% de l'offre énergétique du pays.

"Nous allons entrer dans l'ère post-nucléaire", a déclaré le président Moon dans un discours lors d'une cérémonie marquant le premier arrêt définitif d'un réacteur nucléaire dans le pays, le Kori-1, mis en service en avril 1978. "Je vais abandonner tous les projets de nouveaux réacteurs actuellement en cours et je ne prolongerai pas la vie des réacteurs actuels", a-t-il ajouté. 

De nombreux réacteurs sont situés près de zones résidentielles densément peuplées, a relevé le président, mettant en garde contre les "conséquences inimaginables" de l'éventuelle fusion du coeur d'un réacteur sud-coréen. Cette crainte a pour toile de fond la catastrophe de Fukushima au Japon qui a marqué l'opinion sud-coréenne quant aux risques associés au nucléaire.

Cet engagement présidentiel sur la sortie du pays de l'atome ne devrait pas aider la puissante industrie nucléaire sud-coréenne qui s'est structurée sur la réalisation du programme d'équipement en réacteurs du pays.

Le monopole d’État formé de Kepco et de sa filiale Korean Hydro and Nuclear Power (KHNP) avait soufflé en 2009 à l'industrie française menée par EDF, GDF, Areva et Total, une commande de 4 réacteurs pour 20 milliards de dollars, passée par les Émirats Arabes Unis.

Huit ans après cet échec de la filière nucléaire tricolore, dont le souvenir reste vivace, l'annonce du retrait progressif de l'atome du pays ne peut que freiner les ambitions exportatrices de l'industrie sud-coréenne. Cette dernière sera-t-elle la mieux placée pour vendre des réacteurs à l'export quand, dans son propre pays, le démantèlement des sites existants sera engagé?

Cette perspective d'un concurrent asiatique potentiellement affaibli pourrait faire les affaires de l'industrie française s'il n'y avait le nouveau message de sortie du nucléaire lancé par la Corée du sud. Or ce pays appartient au top 5 des pays mondiaux producteurs d'énergie nucléaire (où figurent les États-Unis, la France, la Russie et la Chine).

Cette sortie annoncée de l'atome s'ajoute au vote des électeurs suisses, le 20 mai dernier, qui ont décidé par référendum à 58,2% de tourner progressivement le dos au nucléaire et de favoriser les énergies renouvelables.

Heureusement pour la France et son industrie, le marché mondial reste porté par la Chine avec plus de 20 centrales nucléaires en construction et l'Inde avec ses cinq réacteurs en construction fin 2016 et 20 installations supplémentaires prévues. Sans compter le Royaume-Uni où le projet de construction de Hinkley Point, dans le sud de l’Angleterre, de deux réacteurs de type EPR, suit son cours.

Frédéric Bergé avec AFP