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Faut-il donner une seconde chance à la taxe carbone?

Partisan de cette mesure, l'économiste Christian Gollier, directeur de la Toulouse School of Economics, fait partie de la commission qui conseillera Emmanuel Macron sur les grands défis économiques de l'après-crise. L'occasion de relancer la hausse de la contribution climat-énergie, gelée depuis la crise des gilets jaunes?

Le "monde d'après" va-t-il signer le grand retour de la taxe carbone? Véritable serpent de mer de la vie politique française, cette taxe est gelée depuis la crise des gilets jaunes fin 2018. Instaurée en 2014, la contribution climat-énergie (CCE dite taxe carbone) a été fixée initialement à 7 euros par tonne de Co² et est intégrée au prix final de l'essence, du diesel, du charbon, du fioul et du gaz naturel.

En principe, elle est payée par les entreprises comme les particuliers mais il existe de nombreuses exemptions (comme pour le secteur aérien ou maritime). Cette taxe devait ensuite augmenter régulièrement jusqu'en 2030, pour passer à 100 euros, comme le prévoyait la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Mais face au mouvement des gilets jaunes, le gouvernement a annulé la hausse prévue au 1er janvier 2019 et, depuis deux ans, la taxe carbone est toujours fixée à 44,60 euros par tonne de Co².

De fait, fin 2018, l'évolution des prix du baril (le Brent était à plus de 80 dollars le baril mi-octobre 2018) l'a rendue plus visible lors de la crise des gilets jaunes et le gouvernement a finalement renoncé à l'augmenter pour calmer la contestation sociale. Deux ans plus tard, une relance du mouvement de hausse pourrait être envisagée, d'autant qu'un de ses spécialistes (et fervent partisan), l'économiste Christian Gollier, fait partie de la fameuse commission de 26 économistes qui conseillera Emmanuel Macron sur les grands défis économiques de l'après-crise.

Pas d'exemptions pour les avions ou les taxis

"Je pense qu'il faut lui donner une seconde chance" juge ainsi le directeur de la Toulouse School of Economics sur BFM Business ce lundi. A condition de l'adapter "aux informations nouvelles qui sont apparues, notamment l'importance cruciale d'avoir un système d'incitations qui soit compatible avec la réduction des inégalités". En clair, de ne pas léser les gilets jaunes.

"La taxe carbone a cet avantage de pouvoir générer des recettes fiscales supplémentaires qui peuvent être distribuées (…) vers les agents économiques qui sont les plus vulnérables" poursuit Christian Gollier. "Cela n'avait pas été fait par la taxe carbone initiale et (...) il faut absolument redresser" cela.

Surtout, il faut aussi "empêcher certains agents économiques d'être exemptés de cette taxe" poursuit l'économiste, qui rappelle que cette exemption a été "un des éléments moteurs de la crise des gilets jaunes" puisque les automobilistes devaient la payer mais pas les avions ou les taxis.

Thomas Leroy