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Engie pris en tenaille entre les Etats-Unis et la Russie

Isabelle Kocher, la directrice générale d'Engie et Alexei Miller, le patron de Gazprom.

Isabelle Kocher, la directrice générale d'Engie et Alexei Miller, le patron de Gazprom. - ERIC PIERMONT / AFP

Donald Trump s’oppose au gazoduc North Stream2 auquel le groupe français participe. Engie ne veut pas s’exposer aux sanctions américaines mais veut soigner sa relation avec les russes et Gazprom.

Engie se retrouve piégé par Donald Trump. En marge du sommet de l’Otan, le président américain s’est opposé au projet de gazoduc Northstream2, qui relie la Russie à l’Allemagne sous la mer Baltique, en contournant l’Ukraine et la Pologne. Si rien n’a été décidé, il a menacé de sanctions les entreprises européennes qui participaient à ce projet.

Engie se retrouve en première ligne. Le groupe détient 10% du projet aux côtés de Gazprom (51%), du néerlandais Shell et de l’allemand Uniper (E.On). Pour le moment, il continue à soutenir ce projet qui doit voir le jour fin 2019. Mais les tensions politiques sèment le doute. "Pour le moment, nous ne changeons pas notre position mais suivons la situation de près, reconnait un proche du groupe avant de préciser que des sanctions américaines relanceraient le débat". Quoi qu’il en soit, "nous respecterons la réglementation américaine", assure une autre source. Engie est présent aux Etats-Unis et souhaite surtout s’y développer davantage. C’est notamment la volonté de son nouveau président Jean-Pierre Clamadieu. Mais il n’est pas question de se plier aux ordres américains.

L’Elysée pas très chaud

Engie doit aussi ménager ses relations avec la Russie. Elles sont fortes et anciennes, depuis trente ans pour l’ancêtre Gaz de France. Chaque année, le Français achète pour environ 3 milliards d’euros de gaz russe à Gazprom. "Arrêter le projet implique de se fâcher avec les russes, décrypte un bon connaisseur. Et personne ne le souhaite". Pourtant, Gazprom commencerait à douter de la capacité des européens à résister à la pression américaine.

Et particulièrement d’Engie. Car sa participation au gazoduc North Stream2 n’a jamais créé le consensus en interne. Le projet avait été porté par l’ancien PDG Gérard Mestrallet, estimant qu’il était indispensable d’y être présent pour solidifier la relation avec Gazprom. La directrice générale, Isabelle Kocher, n’est pas de cet avis… Il y a plusieurs mois, elle a manifesté son désintérêt en ne se rendant pas à une réunion avec le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, et Gerhard Schröder, l’ancien chancelier allemand, qui préside la société du premier gazoduc Northstream et milite pour le deuxième.

Plusieurs sources proche d’Engie racontent qu’elle ne sait pas comment justifier une sortie de ce projet hautement politique. Pourtant, l’Elysée ne serait pas très favorable au projet. "Macron estime que l’alliance des français au gazoduc serait un cadeau fait aux russes sans contreparties politiques", explique un bon connaisseur du dossier. Une volet politique semble donc indispensable pour maintenir la France et Engie dans Northstream2.

Matthieu Pechberty