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Des experts de la responsabilité sociale et environnementale doutent de la sincérité de leur employeur

Malgré le scandale du diesel, l'automobile fait partie des secteurs les moins impliqués sur les enjeux sociaux et environnementaux.

Malgré le scandale du diesel, l'automobile fait partie des secteurs les moins impliqués sur les enjeux sociaux et environnementaux. - Dave Parker - CC

Une grande partie des experts en responsabilité sociale des entreprises estiment que celles pour qui ils travaillent cochent des cases pour respecter la loi, mais sans réellement s'impliquer pour améliorer leur impact social et environnemental.

De grandes entreprises que leurs propres experts en développement durable et social ne jugent pas très sincères, et des enjeux de transformation pas réellement pris au sérieux. C'est un des aspects mis en lumière par l'enquête de Birdeo, le cabinet de chasseurs de tête spécialisé dans ces nouveaux métiers liés à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises.

À une époque où le consommateur se veut citoyen, et se préoccupe de l'éthique de production de ce qu'il consomme, une grande partie des entreprises se contentent de "cocher les cases" pour respecter le règlement. C'est particulièrement vrai dans des secteurs pourtant touchés par des crises de confiance, comme l'automobile face au scandale du diesel ou l'agriculture intensive confrontée à la défiance vis-à-vis des pesticides et à l'indignation contre la maltraitance animale.

La pérennité économique en dépend

Il y a pourtant de bons élèves très visibles, comme Valeo, qui se prépare à la fin du diesel d'ici trois ans. Ou Kering, le groupe de luxe qui détient par exemple Gucci et Saint Laurent, très en avance sur ces sujets et dont les équipes travaillent déjà sur une éventuelle interdiction du cuir.

Mais sous la surface de l'eau, la partie immergée de l'iceberg n'en est pas là, comme en attestent les quelques 800 sondés par Birdeo. Des experts dont la mission porte sur les défis écologiques et sociétaux de long terme que leur employeur devra relever.

Ils sont ainsi plus de 9 sur 10 à juger que le développement durable ne pèse qu'en partie ou pas du tout sur la stratégie business de l'entreprise pour laquelle ils travaillent. Alors que pour 65% d'entre eux; la capacité d'innovation de leur groupe en dépend, et surtout, pour 61% des sondés, sa pérennité économique est en jeu.

Plus l'entreprise a de salariés, moins elle est sincère?

Et les moins bons élèves sont les grandes entreprises. Plus le groupe emploie de salariés, et plus le sondé qui travaille pour lui juge "insincères" ses engagements en la matière.

"Les grandes entreprises ont commencé bien avant les petites à s'intéresser au développement durable, mais sous l'effet de contraintes législatives", souligne Caroline Renoux, la fondatrice de Birdeo. Des obligations de mesurer leur impact social et environnemental, imposée par la loi NRE depuis 2004, ou l'obligation de publier leur bilan carbone depuis le Grenelle de l'environnement.

À l'inverse, les PME qui se sont engagées bien plus tardivement pour améliorer leur impact social et environnemental font des efforts beaucoup plus importants. "Elles y accordent proportionnellement plus de moyens", affirme Caroline Renoux, tout en assurant que cette stratégie leur permet d'être beaucoup plus innovantes et performantes que les autres.

Nina Godart