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Déchets électroniques: recycler les métaux revient désormais moins cher que de les extraire

En 2016, le monde a produit 45 millions de tonnes de déchets électroniques, l'équivalent de 4500 Tours Eiffel.

En 2016, le monde a produit 45 millions de tonnes de déchets électroniques, l'équivalent de 4500 Tours Eiffel. - Charly Triballeau / AFP

Les objets électroniques du quotidien sont composés de métaux précieux qui sont presque toujours issus de l'extraction minière. Or, en plus d'être davantage écologique, extraire ces minerais des déchets électroniques revient enfin moins cher, selon une étude.

Nos appareils électroniques renferment des tas de métaux précieux. Sous les coques en plastique ou en carbone se cachent de l'or, de l'argent, du platine... et des métaux considérés comme "semi-précieux" comme le cuivre. Certes les quantités sont infimes dans chaque appareil, mais quand on sait qu'environ cinq millions de téléviseurs et 20 millions de smartphones sont écoulés chaque année rien qu'en France, l'ampleur est tout autre. 

Les métaux et composant chimiques présents dans un smartphone

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(L'infographie a été réalisée par l'ONG Ingénieurs sans frontières, disponible en version interactive en cliquant ici.)

Ces métaux proviennent en très grande majorité de l'extraction minière. Problème, celle-ci présente un coût écologique, parfois sociale, très important. Par exemple, le projet "Montagne d'Or", qui vise à ouvrir une mine d'or en Guyane d'ici 2019, a fait l'objet de critiques de la part de la Commission nationale consultative des droits de l'homme. Celle-ci pointe notamment l'usage de cyanure pour réaliser l'extraction, un procédé nocif pour l'Homme comme pour l'environnement. Or, si ce projet n'a pas encore vu le jour, certaines mines en activité présentent ce genre de risque.

Le kilo d'or issu du recyclage 24 fois moins cher en Chine

Au lieu de continuer à extraire, pourquoi ne pas recycler les métaux présents dans les objets jetés par leurs propriétaires? En 2016, le monde a produit 45 millions de tonnes de déchets électroniques, l'équivalent de 4500 Tours Eiffel, et on devrait dépasser la barre des 50 millions d'ici 2021, selon l'Union internationale des télécommunications, l'agence de l'ONU spécialisée dans la tech. Aujourd'hui, seuls 20% de ces déchets sont collectés et recyclés, le reste s'entasse dans des décharges à ciel ouvert et polluent les sols et nappes phréatiques des pays qui les accueillent, souvent en Afrique et en Asie. 

Si l'argument économique pouvait valoir à une époque, ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui. D'après une étude parue dans la revue scientifique Environmental Science & Technology, le coût du "minage urbain" (comprendre l'extraction des métaux issus des déchets électroniques) a fortement chuté et revient désormais bien moins cher que l'extraction minière traditionnelle. 

L'étude se concentre sur des structures chinoises, la République populaire étant en avance dans ce secteur. Là-bas, un kilo d'or extrait dans des mines traditionnelles coûte 38.000 dollars, contre 1591 dollars pour l'or extrait des déchets en 2015, soit 24 fois moins. Pour le cuivre, le rapport est respectivement de six dollars contre 1,68 dollar la même année, soit 3,5 fois moins. 

Certes, le secteur bénéficie de larges subventions publiques en Chine. Néanmoins, hors subventions, les coûts réels de l'extraction des mines urbaines se chiffrent à 6829 dollars pour le kilo d'or et 5,68 dollars le kilo de cuivre en 2015, soit des montants toujours inférieurs à l'extraction traditionnelle.

J.-C.C.