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Cette usine écolo fournit de l'énergie aux Français depuis 50 ans

L'usine marémotrice de la Rance a été inaugurée le 26 novembre 1966.

L'usine marémotrice de la Rance a été inaugurée le 26 novembre 1966. - Thomas Bregardis - AFP

Construite dans les années 1960 à la demande du général de Gaulle, l’usine marémotrice de la Rance produit une énergie renouvelable et sans déchet pour 250.000 foyers.

L'usine marémotrice de La Rance, située en Ille-et-Vilaine entre les villes de Saint-Malo et Dinard, est unique dans le paysage énergétique de la France. La construction de ce prototype, produisant de l'électricité à partir de l'énergie des marées, est une décision du général de Gaulle qui a inauguré l'installation fin 1966.

"À l'époque, la France avait une volonté très forte d'indépendance énergétique", marquée également par les débuts du nucléaire, rappelle Michaël Allali, directeur EDF hydroélectricité pour le secteur Bretagne-Normandie. 

Depuis les années 1960, le nucléaire a prospéré en France mais l'énergie marémotrice, elle, s'est encalminée. Bien qu'elle ait fait quelques émules à l'étranger, l'usine de la Rance reste unique en France. Sa production d'électricité, qui pourrait être encore améliorée en modernisant les installations, est loin d'être négligeable.

Avec ses 24 turbines de 5,35 mètres, aux pales orientables selon le sens de la marée, cette usine de 240 mégawatts (MW) pourvoit en moyenne aux besoins de 250.000 foyers. Soit l'équivalent d'une ville comme Rennes. Et parfois même nettement plus.

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Lors de la "marée du siècle" du 21 mars 2016, l'usine "a produit l'équivalent de la consommation des villes de Rennes et Nantes !", se félicite EDF qui exploite cet ouvrage. 

L'envasement de l'estuaire de la Rance, point de friction 

Pour les besoins de l'usine, l'embouchure de la Rance a été fermée par un barrage d'une longueur de 750 m, surmonté d'une route. Ce qui a raccourci d'une trentaine de kilomètres le parcours entre Dinard et Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) qui se font face sur la mer.

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- © Thomas Bregardis - AFP

Mais le barrage a aussi accentué l'envasement de l'estuaire de la Rance et modifié le milieu, assurent ses détracteurs, photos et croquis à l'appui. Si personne ne remet en cause l'usine, plusieurs centaines de personnes ont encore manifesté sur le site fin novembre, exigeant un plan d'action pour débarrasser l'estuaire des sédiments accumulés.

En 1966, "les conséquences environnementales n'ont pas été prises en compte" 

"Nous demandons que soient gérées les conséquences environnementales qui n'ont pas été prises en compte lors de la construction car c'était une autre époque", résume Didier Lechien, le maire (UDI) de Dinan (Côtes d'Armor) et président de Cœur Émeraude, une association qui rassemble collectivités, acteurs socio-professionnels et associatifs réclamant un plan de gestion des sédiments sur 25 ans. "Dans l'estuaire, EDF (à qui l'État a accordé une concession jusqu'en 2043) assume son obligation d'entretien du chenal de navigation", rétorque Michaël Allali.

"L'envasement concerne prioritairement le domaine public maritime", du ressort de l'État, et entrave la navigation, insiste le président de Cœur Émeraude. Ce dernier se félicite cependant de l'implication récente du ministère de l'Environnement qui a mis en place une réflexion pour réduire l'impact environnemental du barrage.

"Il y a très peu d'installations aussi innovantes dans le monde"

Quoiqu'il en soit, 50 ans plus tard, "il y a très peu d'installations aussi innovantes dans le monde", constate directeur EDF hydroélectricité pour le secteur Bretagne-Normandie. La Corée du Sud en a bien construit et mis en service en 2011 une usine marémotrice un peu plus importante (254 MW). "Mais elle produit moins car elle ne fonctionne que dans un seul sens, alors que la Rance fonctionne à marée montante et descendante".

En Grande-Bretagne, le projet privé d'usine marémotrice géante -un barrage de 22 km de long- à l'embouchure de la Severn, dans le sud-ouest du royaume, semble avoir du plomb dans l'aile. Le consortium d'investisseurs a examiné à la loupe l'usine de la Rance, seul précédent en Europe et qui constitue à ce titre un retour d'expérience majeur. Une délégation est encore attendue très prochainement en Bretagne, selon le représentant d'EDF.

Et en France? "Il faut des conditions très particulières pour permettre l'installation d'une usine ce type", souligne le responsable d'EDF, comme de très fortes amplitudes de marées, un estuaire long, doté d'une embouchure étroite. "Il y a très peu de sites en France à réunir ces trois éléments". 

Avec une amplitude de 13,50 m, les marées dans ce secteur figurent parmi les plus importantes au monde. Les seuls véritables autres sites propices en France se situent... dans la baie du Mont-Saint-Michel.

A.M. avec AFP