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Cette Scop normande fabrique la route solaire de Ségolène Royal

La route solaire de Colas est fabriquée dans l'Orne, au sein d'une Scop. (image d'illustration)

La route solaire de Colas est fabriquée dans l'Orne, au sein d'une Scop. (image d'illustration) - Charly Triballeau - AFP

Colas a confié à la société coopérative et participative SNA la fabrication de la route solaire baptisée Wattway. Une activité qui permet de maintenir des emplois industriels à Tourouvre-au-Perche, un modeste bourg de l'Orne.

La route solaire Wattway est "made in France". Présenté fin 2015 à l'occasion de la COP21 ce revêtement photovoltaïque imaginé par Colas, une filiale du groupe Bouygues est produit par SNA, une petite structure située à Tourouvre-sur-Perche, dans l'Orne. C'est d'ailleurs dans cette commune de 3.400 habitants que Ségolène Royal a mis en service, ce mardi, le premier kilomètre de route solaire. 

Société participative et coopérative, SNA s'est engagée auprès de Colas à fournir 7.000 mètres carrés de dalles photovoltaïques destinées aux premiers parkings et routes solaires ouverts dans le monde. Pour Guy Monhée, le maire de la commune, ce contrat de deux ans est "une chance inespérée pour SNA et Tourouvre-au-Perche".

"L'espoir est réel"

La coopérative ouvrière, rescapée de la fabrication française de panneaux photovoltaïques et de CD, ne traite pas qu'avec Colas. Elle emploie actuellement 77 personnes en CDI et une vingtaine d'intérimaires pour Noël. En 2015, 40 postes avaient été supprimés par l'entreprise, qui est toujours en conflit à ce sujet avec d'anciens salariés. 

En redressement judiciaire depuis un an et toujours dans le rouge, la Scop espère sortir de cette procédure début février et dégager à nouveau des bénéfices en 2018, précise prudemment Hervé Emery, le PDG de l'entreprise. Celle-ci réalise 80% de son chiffre d'affaires dans les CDs et DVD, 10% dans les routes solaires (qui fournissent de l'activité à 23 salariés) et 10% dans les panneaux photovoltaïques classiques destinés aux toitures.

"L'espoir est réel. Le chiffre d'affaires 2016 devrait être supérieur à celui de 2015 (12 millions d'euros). Une première depuis 2005 et le déclin du marché des CD et DVD" précise Hervé Emery. 

La baisse des tarifs d'achat de l'électricité à tué des emplois 

Le chef d'entreprise rappelle que c'est à partir de 2010 que la société s'est diversifiée dans l'assemblage de panneaux solaires. À cette époque, sur les conseils de vendeurs allemands de machines à fabriquer les CDs, SNA investit 50 millions d'euros pour se lancer dans l'assemblage de panneaux photovoltaïques. Techniquement, la reconversion n'est pas si complexe car il existe de nombreux points communs entre les CDs et les panneaux solaires.

Directeur général de SNA depuis 2009, Hervé Emery se remémore que fin 2010 le gouvernement à décidé de baisser progressivement les tarifs de rachat de l'électricité solaire. "Avec en plus la concurrence des Chinois, des reportages en défaveur du solaire, des problèmes avec des panneaux concurrents mal fabriqués, on n'a plus vendu un seul panneau. Ca a été la catastrophe jusqu'en 2012" raconte-t-il. Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), 14.500 emplois ont été détruits dans la filière photovoltaïque entre 2010 et 2012. Soit près d'un poste sur deux en France.

Le photovoltaïque? "Une industrie sclérosée"

En 2015, la filiale de Bouygues s'est mise à chercher un fabricant pour ses routes solaires et n'a pas eu l'embarras du choix. "On avait consulté trois entreprises" indique Jean-Charles Broizat, le directeur de Wattway. "Quand vous faites un panorama de l'industrie photovoltaïque c'est catastrophique. Vous trouvez des pertes abyssales, une industrie sclérosée, dominée par l'Asie" poursuit-il. 

Si SNA s'en est sortie, c'est qu'elle ne s'est pas lancée dans le tout solaire et qu'elle a misé sur la qualité plutôt que de tenter de rivaliser avec les prix des concurrents chinois, assurent ses dirigeants. Pour continuer à se diversifier, elle va bientôt relancer la production de vinyle, abandonnée en 2003.

L'éventuel renouvellement du contrat avec Colas au-delà de décembre 2017 "dépendra des résultats de l'expérimentation" menée sur quatre sites français, dont deux se situent en région parisienne. 

A.M. avec AFP