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Cette PME française veut surpasser Tesla dans les superchargeurs

Une borne de recharge rapide à Hong Kong avec un "coeur IES", installé par EV Power, un installateur de bornes chinois

Une borne de recharge rapide à Hong Kong avec un "coeur IES", installé par EV Power, un installateur de bornes chinois - BFM Business

IES s'est lancée en 2013 sur le marché très exigeant des bornes de recharge rapides. Trois ans plus tard, cette société employant 125 salariés a déjà installé 1.000 superchargeurs en Chine et travaille déjà sur de nouvelles solutions pour les bus.

Vous connaissez sûrement les superchargeurs de Tesla, ces bornes de charge rapides, qui permettent de recharger une voiture électrique en une dizaine de minutes, mais peut-être moins ceux d’IES. Et pourtant, cette entreprise montpelliéraine de 125 salariés, compte bien s’imposer dans ce marché en pleine croissance. Créée en 1992, IES fabriquait (et fabrique toujours) à l’origine des chargeurs embarqués pour des véhicules électriques industriels (chariots, nacelles, etc.). Ses clients historiques s'appellent Fenwick, Manitou ou encore Haulotte.

Forte de sa technologie, IES a donc décidé au milieu des années 2000 de l’étendre à l’industrie automobile, en équipant les modèles électriques des deux fabricants de voitures sans permis Axam et Ligier. Mais c’est surtout, en 2011, que cette société a commencé à se faire un nom dans l’univers très fermé de l’automobile, en équipant la Renault Twizy, la petite biplace de la marque au losange, avec ses chargeurs embarqués.

4 millions d'euros injectés dans la R&D

Cette première collaboration avec un géant de l'industrie automobile a amené l’entreprise à faire un choix stratégique: "Soit nous poursuivions dans les chargeurs embarqués, soit nous décidions de transposer notre technologie afin de créer des bornes de recharge externes. Et c’est cette dernière solution que nous avons retenue", souligne Michel Orville, co-fondateur et directeur général du groupe.

Un choix fort qui n’aurait certainement pas été possible sans le passé industriel de l’entreprise (où les chargeurs ont pu être testés dans des conditions extrêmes) et sans le rachat en 2013 par Eurazeo Croissance, qui a amené des moyens financiers supplémentaires. Car comme tout marché en forte croissance, d’importants investissements sont nécessaires. Ce que confirme le directeur marketing Jean-Benoît Moreau: "Aujourd’hui, la recherche et développement représente 25% de l’activité, soit environ 4 millions d’euros".

Des besoins importants

Une somme importante pour cette PME, qui a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 16 millions d’euros et qui table sur une croissance de 50% en 2016. Pour ce qui est du long terme, là encore, la société se montre très ambitieuse: "Nous visons un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros à l’horizon 2020, grâce à l’explosion de l’électrique en Chine et au développement des marchés nord-américain et européen", explique Jean-Michel Cornille, le nouveau président et CEO du groupe, arrivé dans les bagages d’Eurazeo.

Pour y parvenir, IES pourra effectivement compter sur un marché en plein boom. Même si les freins à l’achat restent nombreux (autonomie, prix, absence de bornes de recharge), il s’est vendu 565.000 véhicules "alternatifs" en 2015 (+85%), ce qui sous-entend un besoin important de bornes de recharge classiques et rapides.

Déjà 1.000 bornes installées en Chine

Un marché surpasse très nettement les autres: la Chine. Avec 247.000 véhicules électriques (utilitaires compris) vendus en 2015, soit près de 40% des ventes mondiales, la deuxième puissance économique de la planète est un marché très porteur. Pékin est en avance sur bon nombre de pays occidentaux. L'État subventionne à hauteur de 55.000 yuans (7.600 euros) l’achat de véhicules "propres". Des aides qui peuvent même être doublées par les autorités locales. Si en termes de volumes, ces achats ne représentent que 1% des ventes totales, le gouvernement affiche des objectifs élevées: 5 millions de véhicules "vert" d’ici 2020 et l’installation de 5 millions de bornes de recharge dont 1 million de superchargeurs.

Un marché gigantesque dont compte profiter IES. La société a d’ailleurs installé dès février 2014 une de ses filiales à Shanghai, après celles de Troy (près de Détroit) et de Munich (Allemagne). Mieux, une coentreprise a été créé en juillet 2015 avec Wanma, un installateur de bornes chinois, séduit par les prestations du groupe en formule E. Car IES est le fournisseur exclusif des bornes de recharge des monoplaces électriques (voir photo ci-dessous) depuis deux ans et vient de signer pour deux ans supplémentaires. En tout cas, les premiers pas en Chine sont très prometteurs. En l’espace de neuf mois, la société a déjà installé 1.000 bornes de charges rapides, soit autant que l’objectif annuel fixé par le gouvernement allemand.

Une formule E en train d'être chargée par une borne IES
Une formule E en train d'être chargée par une borne IES © IES

La France, premier marché européen de l'électrique

Si la société est résolument tournée vers la Chine, elle n’en oublie pas pour autant la France, qui est devenu le premier marché automobile pour l'électrique en Europe devant la Norvège. Et les récentes annonces de Ségolène Royal ont de quoi de donner le sourire à l’entreprise. Car à l’occasion du salon de l’automobile, la ministre de l’Environnement a annoncé vouloir déployer 1 million de points de recharge électriques dans les trois ans à venir. Cette déclaration n’est pas passée inaperçue chez IES. L'entreprise compte bien se tailler une part importante de ce gâteau. "Sur ces 1 million de points de charge, 900.000 seront destinés aux particuliers, mais surtout 100.000 points de charge devront être installés dans l’espace public, ce qui représente une vraie opportunité de développement pour nous", souligne Jean-Michel Cornille. Il faut dire que l’objectif de Ségolène Royal est ambitieux. Au 5 septembre dernier, la France ne comptait que 14.242 points de charge publics, répartis dans 4.292 stations.

IES vise aussi le marché du transport collectif. Notamment en Ile-de-France où la RATP s’est engagée à constituer un parc d’environ 80% de bus électriques (3.200 unités) et de 20% de bus à gaz renouvelable et non fossile à l'horizon 2025. Et sur ce segment aussi, l'entreprise est bien positionnée puisqu'elle collabore déjà avec les sociétés BlueBus, appartenant au groupe Bolloré, et BYD, un constructeur chinois. Ces deux sociétés, bien positionnées pour se partager ce juteux contrat, testent et rechargent leurs batteries à l'aide de superchargeurs IES, spécialement dimensionnés pour ce type d'engin (puissance de 65 et 100 Kwh, contre 25 et 50 Kwh pour les voitures). Un marché, qui est donc en pleine croissance, mais où Tesla a encore plusieurs bornes de retard...