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Tourisme: Lourdes en plein cataclysme

L'État juge que Lourdes "pâtit" d'une présence "excessive" des commerces religieux.

L'État juge que Lourdes "pâtit" d'une présence "excessive" des commerces religieux. - Chief Moamba - Flickr - CC

En perte d'attractivité, la ville de Lourdes cherche une nouvelle voie pour attirer des touristes qui ne soient pas forcément des pèlerins ou des malades. Les religieux, notamment italiens, désertent en masse.

Lourdes cherche sa voie pour compenser la baisse constante du nombre de pèlerins et de malades, son fondement même depuis la première apparition de la Vierge à Bernadette Soubirous, dont le sanctuaire fête jeudi le 158e anniversaire.

Dans la majestueuse basilique souterraine Pie X, quelque 10.000 personnes se sont massées pour cette première fête de la saison. "Une fête patronale et la fête mondiale des malades", a souligné Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes, qui a célébré une messe en six langues au cours de laquelle il a appelé "à regarder la misère en face". La cérémonie a été ouverte par la procession des pèlerinages présents à Lourdes, une trentaine, venus de toute l'Europe, suivis de 500 prêtres. "On est habituellement plus nombreux", ont relevé Christall et Lebeau, deux clowns-pèlerins dans des costumes multicolores.

"Lourdes ne s'est pas vu descendre"

La baisse de fréquentation à Lourdes n'est pas nouvelle. "Depuis des années, on disait: 'On a cinq millions de visiteurs, c'est extraordinaire!' Lourdes ne s'est pas vu descendre, n'a pas réagi. Elle a gardé son image désuète", juge Josette Bourdeu, maire PRG de Lourdes depuis 2014, après 25 ans à droite. Une note récente de la sous-préfecture dresse un bilan sévère: entre 2009 et 2014, elle observe une "diminution concomitante" des arrivées (-24%), des nuitées (-23%) et du nombre d'établissements (-25%).

Dans cette ville de 15.000 habitants, qui compte 220 magasins de souvenirs et 159 hôtels (4.600 emplois saisonniers), les entreprises touristiques se portent "de plus en plus en plus mal". Résultat: chute du "chiffre d'affaires de 9% et du résultat comptable de 61%", relève l'étude. Et de craindre à "l'horizon de trois ans" pour l'avenir de 60 hôtels, victimes notamment d'une "spirale déflationniste" avec un prix des nuitées "le plus bas de France".

Les Italiens partent en Bosnie

La baisse des pèlerinages et celle de la durée des séjours sont sans aucun doute liées à la crise économique, notamment en Espagne et Italie qui apportaient le plus fort contingent d'étrangers. Mais elles s'expliquent aussi par les comportements des touristes. Ils délaissent souvent les groupes, privilégiant les voyages individuels plus axés sur la découverte que sur le religieux.

Les difficultés sont également la conséquence de la nouvelle concurrence cultuelle. À Medjugorje (Bosnie-Herzégovine) en particulier, les apparitions de la Vierge attirent de plus en plus d'Italiens. "On a perdu la moitié de notre clientèle transalpine", estime Pascale Fourticq, directrice de l'office de tourisme. Douzième cité touristique française, Lourdes veut réagir. Sans altérer le pèlerinage, qui doit rester son coeur de métier, la ville veut développer le "tourisme spirituel" qui peut lui apporter une clientèle plus aisée.

"On avait des clients low-cost qui ne permettaient plus de travailler. Il faut suivre l'évolution des goûts", explique Benoît Casterot, président de l'Union des métiers de l'industrie hôtelière, qui a fait le pari de la montée en gamme avec son établissement qui va passer de 3 à 4 étoiles. Mais il espère aussi "une visite du pape François" qui ferait beaucoup de bien à l'économie comme en 2008 avec Benoit XVI.

Le tourisme spirituel comme alternative

À terme, l'ambition est de transformer la ville en "référence européenne" du tourisme spirituel, selon Pascale Fourticq. Début octobre, Lourdes organise le premier salon sur ce thème avec des tour-opérateurs du monde entier. Les autres acteurs français du secteur (Mont-Saint-Michel, Lisieux, Chartres...) sont conviés.

La cité mariale se veut également plus accueillante afin de faire sortir les gens du sanctuaire. Cependant, pour Josette Bourdeu, "l'ADN de la ville doit rester le malade". À cet égard, elle veut obtenir le label "destination pour tous" qui pourrait relancer fortement la fréquentation, selon les experts. Il s'agit de faciliter partout la circulation des handicapés en fauteuil, des invalides et des familles avec poussettes.

Mais la réforme et les travaux ne seront pas faciles à faire accepter. L'été dernier, Josette Bourdeu avait été critiquée par les cafetiers et marchands du temple en exigeant qu'ils libèrent de l'espace sur les trottoirs. Or, dans sa note, l'État juge aussi que Lourdes "pâtit" d'une présence "excessive" des commerces religieux.

N.G. avec AFP