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Résultats en recul pour TDF

TDF a envisgé -mais en vain- de racheter les tours de E-Plus

TDF a envisgé -mais en vain- de racheter les tours de E-Plus - -

Le diffuseur pâtit de la fin de la TV analogique. Il enregistre toujours des marges de près de 50%, mais qui sont absorbées par les intérêts de la dette.

TDF, société non côtée, ne publie pas ses résultats. Mais BFM Business a obtenu ses comptes pour l'exercice clos fin mars 2012. Ils montrent que le chiffre d'affaires a encore reculé pour la troisième année consécutive. Ce recul est essentiellement dû à la chute des revenus de la télévision analogique, qui ont totalement disparu en France après le passage au tout numérique en novembre 2011.

Pour ne rien arranger, l'activité radio stagne, même si le télédiffuseur se targue de bons résultats. Sur l'appel d'offres lancé par Radio France pour 68 fréquences (dont 27 déjà diffusées par TDF), TDF en a remporté 46, et ses concurrents 15. Résultat: "les parts de marché en volume de TDF en FM sont donc au total restées globalement stables à 94% chez Radio France, et à près de 60% sur l'ensemble des radios privées". En outre, "les contrats avec Radio France portant sur la diffusion des ondes moyennes et des ondes longues ont été renouvelés respectivement jusqu’en 2015 et 2018", indiquent les comptes.

Certes, d'autres activités sont en forte croissance, mais sans parvenir à compenser ces baisses. Par exemple, les télécoms, où TDF a décroché un contrat avec Free pour fournir 2 000 sites d'émission. Et surtout la télévision numérique terrestre (TNT). Durant l'exercice, "TDF a préservé sa part du marché de la diffusion TNT en remportant 87% des sites mis en jeu en hébergement, et 75% en diffusion, maintenant ainsi sa part de marché globale à 86% en hébergement et 74% en diffusion", indiquent les comptes.

Enfin, le recul du chiffre d'affaires s'explique aussi par la revente de la filiale espagnole Axion au fonds français Antin pour 64 millions d'euros.

Marges absorbées par la dette

L'ex-TéléDiffusion de France reste très rentable, avec une marge brute d'exploitation de 42% (en recul de 2,5 points). Cette marge atteint même 47% en France (en recul de 3 points).

Toutefois, les comptes font apparaître un doublement des pertes nettes, à -305 millions d'euros. Explication: les bénéfices sont absorbés par le paiement des intérêts de la dette (548 millions). En effet, le diffuseur, lourdement endetté, est un des plus gros LBO (leverage buy out) du pays.

Rappelons que mi-2011, TDF a refinancé une partie de sa dette qu'il avait levée en 2007, repoussant une bonne partie des échéances d'un ou deux ans. En échange, les intérêts payés ont augmenté: ils s'élèvent désormais à 4% au-dessus de l'Euribor, au lieu de 2,25% à 2,75%.

Mais ce refinancement a laissé le montant de la dette à peu près inchangé. Surtout, l'essentiel de la dette doit désormais être remboursé début 2016. Le diffuseur doit donc toujours trouver une solution d'ici là. Il a envisagé de lever 500 millions d'euros en émettant des obligations, mais n'est toujours pas passé à l'acte. Une autre piste étudiée est de lever de l'argent en bourse.

En tous cas, cette sortie promet d'être complexe: "la valeur de TDF est aujourd'hui assurément inférieure à celle de 2007, et sans doute à peine supérieure à la valeur de sa dette. Autrement dit, la valeur des actions a fortement chuté, et une moins-value est donc à prévoir pour les actionnaires lors de la sortie", explique un créancier. "Les transactions dans le secteur ne donnent pas une telle indication, conteste un proche de TDF. Au contraire, la valeur devrait se maintenir au vu de ces transactions."

Toutefois, cette situation n'empêche par TDF d'étudier de nouvelles acquisitions. Il a ainsi été récemment un des candidats au rachat des tours de l'opérateur mobile allemand E-Plus, appartenant au néerlandais KPN. Selon Bloomberg, c'est finalement American Tower qui l'a remporté, pour une somme estimée entre 300 et 400 millions d'euros.

Le titre de l'encadré ici

|||Redressement fiscal
Le fisc avait notifié à TDF plusieurs redressements fiscaux qui étaient contestés par l'entreprise. Finalement, en décembre 2011, un accord a été trouvé avec Bercy sur le montant du redressement, qui s'élève en fin de compte à 2,6 millions d'euros. Parallèlement, TDF a réduit de 36 millions d'euros les impôts différés escomptés.

Le titre de l'encadré ici

|||Contre attaque
Attaqué sur ses tarifs trop élevés, TDF s'est défendu mardi 20 novembre. "Depuis 2004, la facture de diffusion de TF1 a été divisée par deux pour 6 chaînes au lieu d’une seule; celle de France Télévisions a été divisée par trois pour 6 chaînes au lieu de deux; et celle de M6 a baissé d’un tiers. Aujourd’hui, la facture des coûts de diffusion ne représente en moyenne que de 1 à 3 % du budget d’un groupe audiovisuel", a déclaré le diffuseur. Quant au coût de diffusion d'une nouvelle chaîne TNT en haute définition, il ne sera que de 10 millions d'euros par an, au lieu de 12 à 14 millions estimés en début d'année. Par ailleurs, le diffuseur assure avoir baissé ses tarifs de 15% depuis la régulation imposée par le gendarme des télécoms, l'Arcep. Enfin, il rappelle que la TV analogique représentait historiquement "près de 40% de son chiffre d’affaires sur l’activité télévision en France".

Jamal Henni