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Qui est ce milliardaire tchèque qui rachète des journaux français?

Czech Media Invest édite notamment le tabloïd 'Blesk'

Czech Media Invest édite notamment le tabloïd 'Blesk' - -

L'oligarque tchèque Daniel Kretinsky a racheté cette semaine Marianne et sept magazines de Lagardère: Elle, Version Femina, Art & Décoration, Télé 7 Jours, France Dimanche, Ici Paris et Public.

Il s'appelle Daniel Kretinsky. Il est né en 1975 à Brno, la deuxième plus grande ville de République tchèque. Il a fait ensuite des études de droit. Forbes estime sa fortune à 2,6 milliards de dollars, soit la cinquième de son pays.

Cette semaine, il s'est pris d'une passion subite pour la presse française, via son groupe Czech Media Invest. Mercredi 18 avril, Lagardère a annoncé qu'il lui vendait sept magazines: Elle, Version Femina, Art & Décoration, Télé 7 Jours, France Dimanche, Ici Paris et Public. "Les salariés et le management de ces titres et leurs expertises sont un atout majeur pour Czech Media Invest qui a fait de la France un pilier de sa stratégie", assure le communiqué. Selon le Figaro, le prix de vente serait compris entre 40 et 60 millions d'euros. Soit une bouchée de pain par rapport au chiffre d'affaires: 265 millions d'euros, selon les analystes d'Oddo. Le groupe d'Arnaud Lagardère ne conserve que Paris Match, le Journal du Dimanche, et la marque Elle, commercialisée sous licence et qui rapporte ainsi une vingtaine de millions d'euros par an.

Jeudi 19 avril, Marianne a annoncé que Czech Media Invest proposait de racheter 91% de son capital. L'hebdomadaire a publié un communiqué, avec les mêmes propos rassurants que Lagardère: "Les salariés et le management de Marianne et leurs expertises sont un atout majeur pour Czech Media Invest, qui demandera à Yves de Chaisemartin de garder les fonctions de PDG et directeur de la publication". L'hebdomadaire (24 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2015) avait déposé son bilan fin 2017, mais le tribunal de commerce avait ensuite accepté un plan de continuation. Il compte aujourd'hui 46 salariés, contre 69 il y a trois ans. Yves de Chaisemartin détenait 86% du capital.

Passion soudaine et inexplicable

Czech Media Invest était apparu sur le devant de la scène mardi 17 avril, lorsqu'il avait racheté au même Lagardère ses radios dans quatre pays de l'est (République tchèque, Slovaquie, Pologne, Roumanie) pour 73 millions d'euros.

Au demeurant, cette soudaine passion pour la presse française reste inexplicable. Jusqu'à présent, Daniel Kretinsky n'avait aucune activité en France, et ses activités étaient essentiellement cantonnées à son pays d'origine. Ces rachats ne vont même pas lui permettre de récupérer l'édition tchèque de Elle, qui appartient à Hearst et Burda. "Czech Media Invest est continuellement à la recherche d'occasions intéressantes d'investissement, autrement dit d'actifs médias de qualité pour un bon prix", a juste indiqué à l'AFP Daniel Castvaj, un membre de la présidence et porte-parole de Czech Media Invest. "Daniel Kretinsky est libéral, pro-occidental et veut bâtir un groupe de presse européen depuis la France", a ajouté Yves de Chaisemartin dans le Figaro.

Des journaux et de l'électricité

L'intérêt de Daniel Kretinsky pour les médias remonte à 2013, lorsqu'il a racheté la filiale tchèque de Ringier Axel Springer Media AG. Il met ainsi la main sur le tabloïd Blesk (l'éclair), inspiré du quotidien allemand Bild, créé en 1992 par Ringier. Il détient aussi trois autres quotidiens (le tabloïd people Aha!, le sportif Sport, et l'économique E15), et l'un des principaux hebdomadaires, Reflex.

CNC (Czech News Center), principale filiale de Czech Media Invest, revendique 3,5 millions de lecteurs, dans ce pays de 10,6 millions d'habitants. En 2016, CNC a réalisé un bénéfice net de 19 millions de couronnes (751.000 euros) sur un chiffre d'affaires de 1,88 milliard de couronnes (74 millions d'euros).

Czech Media Invest, qui se présente comme "le premier opérateur industriel de médias en République tchèque", édite aussi des livres et distribue des journaux. Il est détenu par Daniel Kretinsky (50%), le financier slovaque Patrik Tkac (40 %) et Roman Korbacka (10 %).

Mais la fortune de Daniel Kretinsky vient de l'énergie, où il détient 94% de l'électricien EPH (Energeticky a Prumyslovy Holding), n°7 européen. EPH contrôle une cinquantaine de sociétés en République tchèque ainsi qu'en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Hongrie, en Italie et en Slovaquie, avec un total de 25.000 employés. L'énergéticien s'est fait connaître par le rachat à travers l'Europe de centrales à charbon. Il a réalisé en 2016 un bénéfice net de 800 millions d'euros sur un chiffre d'affaires de 4,9 milliards. Un analyste du groupe financier Cyrrus, Lukas Kovanda, a pointé son "expansion agressive s'appuyant sur une dette énorme".

Enfin, Daniel Kretinsky est président du club de football du Sparta de Prague.

Jamal Henni