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Quand Sepp Blatter finance un film à sa gloire avec Gérard Depardieu

Thierry Frémaux, Sepp Blatter, Gérard Depardieu et Frédéric Auburtin lors du festival de Cannes 2014

Thierry Frémaux, Sepp Blatter, Gérard Depardieu et Frédéric Auburtin lors du festival de Cannes 2014 - AFP Valery Hache

SÉRIE DE NOËL: LES STARS DANS LE PRÉTOIRE. La FIFA a claqué 20 millions d'euros pour raconter son histoire dans un film que (presque) personne n'a vu...

Nous allons vous parler d'un film que vous n'avez sûrement pas vu. Malgré son gros budget (22 millions d'euros, soit le 2ème plus gros budget du cinéma français en 2014) et ses stars (Gérard Depardieu, Tim Roth...), il n'est pas sorti en salles, il n'est pas passé à la télévision, il est juste sorti en vidéo-à-la-demande.

Ce n'est pas non plus un chef d'oeuvre. Il est essentiellement constitué de discussions dans des bureaux, à peine égayées par de brèves images d'archives des coupes du monde passées. Pour le Guardian, cette "propagande stalinienne de la FIFA" est "un film ridicule, une honte, un pur excrément, une hagiographie absurde". Pour le New York times, c'est un film "malhonnête, un des plus irregardables de l'histoire récente".

United passions est donc loin d'être un film passionnant. En revanche, son histoire l'est. Sa particularité est d'avoir été financé par l'Azerbaïdjan et surtout par la FIFA -c'est apparemment le seul film produit à ce jour par la fédération, mis à part des documentaires.

Pour ce film vu par personne ou presque, la FIFA a claqué 20 millions d'euros. Contactée, la fédération déclare que cette somme "a été imputée sur le budget de la coupe du monde 2014", budget qui a été "dûment approuvé par le congrès 2010 de la FIFA". Problème: c'est en 2013 que la FIFA a décidé d'investir dans le film, indique sa productrice déléguée Louisa Maurin. Et il n'y a nulle trace du film dans les comptes publiés par la FIFA...

Pire: la FIFA avait à l'origine de grandes ambitions pour le film. "Le projet initial était de projeter le film dans les stades juste avant les matches de la coupe du monde 2014 au Brésil", raconte Marc Thibaud, éphémère producteur exécutif du film.

Finalement, le film n'est sorti en salles que dans seulement 13 pays. Explication de Christine Gozlan, productrice exécutive du film: "les délais ont été trop courts pour organiser une sortie en salles dans la plupart des pays. Le film n’a été prêt qu’en avril 2014. Or la FIFA voulait une sortie en juin 2014 pour la coupe du monde".

Mais, même dans les pays où il est sorti en salles, le film a fait un flop. Aux États-Unis, projeté dans 10 salles, il n'a engrangé que 607 dollars de recettes (soit environ 70 entrées), et quitté l'affiche au bout d'une semaine.... Il a un fait un peu mieux en Russie, avec 168.000 dollars de recettes. Un flop dû à la quasi-absence de budget promotion: moins de 20.000 euros, selon le réalisateur Frédéric Auburtin. "Comme si ceux qui avaient élaboré le film ne souhaitaient pas qu’il soit vu par le plus grand nombre...", suppose Marc Thibaud.

1-Un film pro-FIFA

Mais un malheur n'arrive jamais seul. En mai 2015, le scandale de la corruption à la FIFA éclate. L'opprobre rejailli sur le film, dont le destin est alors définitivement scellé.

Car le décalage est flagrant entre les turpitudes à la une des journaux et l'histoire aseptisée à l'écran. Les dialogues offrent des répliques savoureuses:

Robert Guérin (premier président de la FIFA): "Ce titre de président de la FIFA ne rapportera ni gloire ni argent" .
Jules Rimet (3ème président de la FIFA): "la FIFA est pauvre". Sepp Blater (8ème président de la FIFA): "désormais, nous devrons être exemplaires en tous points [concernant l'argent des sponsors]. La moindre manquement à l'éthique sera sévèrement puni. Il y a quelques brebis galeuses". Et plus tard: "je n'ai rien à me reprocher."

Certes, la corruption est furtivement évoquée, mais sans donner d'explication, ni désigner de coupable.

Surtout, le personnage de Sepp Blatter (joué par Tim Roth) n'a que des qualités: il paye de sa poche les salaires quand les caisses sont vides, il ramène des contrats de sponsoring juteux, il parcourt infatigablement le monde, il plaide pour l'Afrique...

C'est Sepp Blatter lui-même qui a raconté ses faits d'armes aux scénaristes, comme l'explique la productrice exécutive Christine Gozlan: "Il y a eu plusieurs réunions sur le scénario, où Sepp Blatter racontait son parcours, avec moult anecdotes, dont certaines figurent dans le film".

Mais, selon elle, "le film n’est pas à la gloire de Sepp Blatter. Certes, c’est un film politiquement correct, qui n’aborde pas les affaires de corruption, avec quelques sous-entendus quand même. Mais comme la FIFA finançait le film, je ne vois pas comment le film aurait pu être critique vis-à-vis de la FIFA" La productrice déléguée Louisa Maurin abonde: "A l’époque, rien ne permettait de suspecter Sepp Blatter, il n’y avait pas de preuves tangibles contre lui, tous les jugements l’avaient blanchi".

Elle assure: "Les scénaristes ont été libres de faire ce qu’ils voulaient. La FIFA n’est pas intervenue sur le scénario, et n’a demandé aucune modification, sauf la correction d’une erreur factuelle". Christine Gozlan abonde: "La FIFA, lorsque le premier montage lui a été présenté, n’a pas fait couper de scènes, mais a juste demandé des petits changements sur des détails, comme les cigarettes… C’est bien Frédéric Auburtin et lui seul, en tant que scénariste et réalisateur, qui décidait du montage final".

Pour sa part, Frédéric Auburtin a varié au fil du temps. D'abord, il a prétendu que la FIFA "n'avait pas eu droit de regard". Ensuite, il a admis que la fédération avait exigé "ni juges, ni procès" dans le scénario. Puis au montage, "la FIFA a demandé de petits changements, qui se sont accumulés petit à petit. A la fin, le film est devenu totalement pro-FIFA", ajoute-t-il,

Toutefois, toutes ces proclamations d'indépendance sont contredites par le contrat avec la FIFA (disponible ci-dessous), qui démontre que les auteurs étaient bien tenus en laisse:

"Le producteur délégué s’engage à communiquer à la FIFA, pour accord écrit préalable, le scénario définitif. La FIFA dispose d’un droit de contrôle et de rectification du contenu historique.
Le producteur délégué s’engage à communiquer les éléments artistiques du film à la FIFA, qui dispose d’un droit de regard, et sera pleinement associée aux différentes étapes de réalisation et de montage. Le producteur délégué s’engage à tenir compte des observations et des remarques formulées par la FIFA, sous réserve du droit moral des auteurs. Toutefois, la FIFA ne saurait entraver la liberté artistique du producteur délégué et/ou des auteurs. Dans l’hypothèse où existerait un désaccord entre la FIFA et le producteur délégué sur un ou plusieurs éléments artistiques, ils s’efforceront de parvenir à un accord dans un sens de nature à servir les intérêts de la FIFA. La FIFA visionnera la copie de travail du film, et pourra demander des modifications, [sauf] sur les éléments artistiques. Le producteur délégué et la FIFA conviendront d’une version définitive, que le producteur délégué ne pourra pas modifier sans le consentement écrit préalable de la FIFA".

2-Nos amis les Azéris

Hormis la FIFA, le reste du financement de United passions a été apporté par l'Azerbaïdjan, via Promocean LLC, une société au capital de 95 euros qui n'a jamais produit d'autre film.

Pourquoi diable un tel investissement? "L’Azerbaïdjan voulait développer ses studios de cinéma", assurent les productrices Louisa Maurin et Christine Gozlan. Mais ces studios sont embryonnaires, et le pays ne possède qu'un seul stade. Résultat: "il était impossible de tourner le film là-bas", explique Christine Gozlan. Finalement, une seule scène sera tournée dans le pays, avec des enfants jouant au football sur le terrain vague, scène qui sert de fil rouge au film. Mais ce ne sont même pas des enfants azéris: "il fallait des enfants sachant jouer professionnellement au foot, donc nous les avons fait venir de Paris", dit Christine Gozlan.

Pour cette courte scène, le budget prévoit 5 jours de tournage, et des dépenses de 1,35 million d'euros. Une somme gigantesque qu'on ne retrouve assurément pas à l'écran. On se demande donc comment a été dépensé tout cet argent. Mais Christine Gozlan refuse de donner le détail des dépenses, indiquant juste que 800.000 euros ont finalement été dépensés dans le pays...

3-Une bonne affaire pour certains

Si United passions a été un fiasco financier pour ceux qui l'ont financé, en revanche cela été une très bonne affaire pour ceux qui ont fabriqué le film, qui ont tous été grassement rémunérés. Et cette rémunération était versée que le film sorte en salles ou pas, qu'il soit vu par des millions de gens ou par personne...

En pratique, le budget indique que les trois stars du film (Gérard Depardieu, Tim Roth et Sam Neill) se sont partagés à parts égales 1,86 million d’euros. Soit 619.000 euros brut chacun, ou environ 500.000 euros net. En retour, notre Gégé national a dû tourner 21 jours.

Il a aussi obtenu d'être co-producteur du film à hauteur de 15%. Cela sans mettre un euro dans le film, mais en apportant uniquement son carnet d'adresses et son savoir-faire, comme l'indique son contrat (disponible ci-dessous):

"DD Productions [la société de Gérard Depardieu] fait apport en industrie de son savoir-faire:
-DD Productions [apportera] son réseau de partenaires à l’étranger, et son concours à la recherche de financements à l’étranger -DD Productions [apportera] son savoir faire pour la conception artistique des éléments promotionnels (affiche…), bonus DVD, produits dérivés... -DD Productions sera en charge d’accompagner, à ses frais, les présentations du film à l’étranger (marchés professionnels, festivals), et de contribuer à la notoriété du film à l’étranger

En pratique, Gérard Depardieu a obtenu une projection du film au festival de Cannes 2014. Certes, c'était une projection en plein air gratuite sur la plage, mais cela a permis de faire une montée des marches avec Sepp Blatter, et de mettre le label Festival de Cannes - sélection officielle sur l'affiche...

De son côté, le réalisateur Frédéric Auburtin a touché 270.000 euros HT, indique son contrat. Les sociétés de production de Louisa Maurin et Christine Gozlan se sont partagées 1,5 million d'euros (Christine Gozlan indique que sa société a touché 500.000 euros, tandis que Louisa Maurin refuse de répondre).

Mais ce n'est pas tout. Si le film avait été un succès, la FIFA, Louisa Maurin, Gérard Depardieu, Frédéric Auburtin... avaient en outre droit à une partie des recettes nettes après amortissement (RNPP). Mais le film ayant été un fiasco, ils n'ont rien touché à ce titre. 

A noter que plusieurs autres personnes ont précédemment travaillé sur le projet, et été rémunérées pour cela. Yves Boisset a ainsi touché 87.000 euros pour une version du scénario qui n'a finalement pas été retenue. De même, Luc Besson a reçu 649.646 euros pour un scénario qui a aussi fini à la poubelle. A l'origine, le célèbre réalisateur devait même diriger le film, et toucher le double...

Parmi tous ces heureux élus, un seul a renié le film: Tim Roth a refusé de faire la promotion du film, l'a qualifié d'"affreux", et avoué avoir accepté pour l'argent: "j'ai deux enfants à l'université".

4-Une mauvaise affaire pour d'autres

Mais tous n'ont pas profité des millions de la FIFA. Écartés du magot, ils sont allés réclamer leur part du gâteau en justice, générant une demi-douzaine de procédures.

Un premier procès a été engagé par le duo à l'origine du projet, Frank Lipsik et Michel Poulain, qui éditaient des K7 vidéo des championnats de football. Ce sont eux qui, au début des années 2000, ont convaincu Sepp Blatter de faire un film historique, puis Luc Besson de l'écrire et de le réaliser. Mais ils ne sont pas arrivés à financer ce projet, notamment car la FIFA refusait d'y mettre un sou. "Sepp Blatter nous a dit que les statuts de la FIFA lui interdisaient de financer un film de fiction", raconte Frank Lipsik.

Le duo cède alors ses droits sur le projet à un producteur de musique, Alain Puglia, qui missionne son avocat, Jean-Marc Guazzini, qui en parle à son ex-femme, Louisa Maurin, qui en parle à sa patronne d'alors, Isabelle Adjani.

Isabelle Adjani et Louisa Maurin prennent alors une option sur le projet, et tentent à leur tour de trouver de l'argent. Certes, Louisa Maurin "n'a jamais rien produit et ne connaît rien au foot", comme le dira Frédéric Auburtin. Mais elle a un solide réseau dans le 7ème Art, pour avoir créé et dirigé le Festival du film de Paris.

Finalement, Isabelle Adjani et Louisa Maurin renoncent à leur option, qui expire au bout de deux ans. Mais neuf mois plus tard, Louisa Maurin signe dans son coin un contrat avec la FIFA pour produire le film tout seule. De ce contrat naîtra United passions, dont Frank Lipsik et Alain Puglia sont donc totalement exclus. Furieux, le duo réclame en justice 7,5 millions d'euros à la FIFA, Sepp Blatter et Louisa Maurin. Celle-ci se défend: "J’ai rendu leur option, et donc je ne leur dois rien. Surtout, United passions raconte l'histoire de la FIFA, c'est un scénario totalement différent de celui de Luc Besson, qui inventait une histoire du football". En juin 2017, la justice française s'est déclarée incompétente, renvoyant l'affaire à un tribunal arbitral de Zurich, juridiction prévue dans le contrat de 2002 entre la FIFA, Frank Lipsik et Michel Poulain (cf. jugement ci-dessous). L'affaire est en cassation.

Retour en 2012. Dans sa quête d'argent, Louisa Maurin contacte une connaissance, Pascale Perez, consultante qui travaille régulièrement pour l'Azerbaïdjan. L'ex-République soviétique accepte de mettre 5 millions d'euros à condition que le tournage se déroule dans le pays. La FIFA décide finalement de débloquer 10 millions d'euros. Enfin, un producteur américain, George Edde, promet d'apporter 10 autres millions, soit de quoi boucler le financement.

Parallèlement, Louisa Maurin constitue son équipe. Elle fait appel à de vieilles connaissances, les frères Thibaud: Michel pour le scénario et la réalisation, et Marc pour la production exécutive. Yves Boisset est appelé à la rescousse pour le scénario.

Reste le casting. "Louisa Maurin a dit aux Azéris être en discussions avec François Cluzet pour jouer Sepp Blatter, Patrick Bruel pour jouer Jules Rimet, Eric Cantonna ou encore John Malkovich. En réalité, tous avaient refusé de jouer dans le film, sauf François Cluzet", raconte Marc Thibaud. "Ces noms étaient des idées en l’air, je ne les ai jamais contactés", dément Louisa Maurin.

Finalement, la productrice sollicite Gérard Depardieu pour le rôle de Jules Rimet. Certes, notre Gégé national ne ressemble pas du tout au créateur de la coupe du monde de football, qui était petit et maigre. Mais il connait bien l'Azerbaïdjan: il y a tourné le film Maupassant, puis le documentaire Retour au Caucase. Il a rencontré le président Aliyev, donné une interview au journal de sa fille, et tourné une publicité financée par Bakou sur la cuisine azérie.

Gérard Depardieu accepte: "je suis convaincu que les retombées du film seront spectaculaires", assure-t-il à Louise Maurin (cf. sa lettre ci-dessous). Mais il demande à confier la réalisation à son vieux complice Frédéric Auburtin, qui l'a dirigé dans trois films, un téléfilm, et des publicités (pour la cuisine azérie, pour la banque Sovietskiy...). En plus, Frédéric Auburtin est un footeux, ce qui ne gâte rien.

"Gérard Depardieu demande aussi à ne pas travailler avec Yves Boisset avec qui il a un vieux conflit", indique Marc Thibaud. Louisa Maurin vire alors sa première équipe: exit Yves Boisset et les frères Thibaud. Elle leur paye leur scénario et leurs dépenses, mais pas les 300.000 euros HT prévus à l'origine pour la production exécutive du film. Les frères Thibaud lui réclament donc cette somme en justice, mais ont été déboutés en première instance comme en appel, les juges estimant qu'ils ont suffisamment été payés pour ce qu'ils ont effectivement fait (cf. jugements ci-dessous). L'affaire est aussi en cassation. 

Entretemps, la nouvelle équipe abandonne l'idée de tourner tout le film en Azerbaïdjan. Bakou réduit alors son apport de 5 à 2,5 millions d'euros. Parallèlement, alors que le tournage approche, les 10 millions que devaient apporter la société de George Edde n'arrivent toujours pas. En catastrophe, la FIFA accepte donc, juste après le début du tournage, d'apporter 10 millions de plus... "Les 10 millions de George Edde n’étaient que du vent", dit Louisa Maurin. "C'est diffamatoire et totalement infondé", répond l'avocat de George Edde, Thierry Daou.

D'où une dernière série de procès. Louisa Maurin dit avoir attaqué George Edde au pénal pour "tentative d’escroquerie" et au civil pour "faute", réclamant 4,7 millions d'euros de dommages. L'avocat de George Edde se dit "tout à fait serein". Selon lui, "il s'agit de relations strictement commerciales qui n’ont pu aboutir en raison de l’inexécution de Mme Maurin de certaines de ses obligations. Cela ne peut en aucun cas recevoir de qualification pénale". Selon Louisa Maurin, ces deux procédures sont "toujours en cours". Mais l'avocat de George Edde prétend qu'au civil "Mme Maurin a été déboutée à Paris et devant le juge anglais". Toutefois, il ne veut pas fournir ces décisions de justice, ni même donner leur date...

Quoiqu'il en soit, ce film maudit ne semble pas avoir porté chance à ses protagonistes. Depuis, ni la FIFA ni Louisa Maurin n'ont produit d'autre film, et Frédéric Auburtin n'en a pas réalisé de nouveau.

Contactés, l'Azerbaïdjan (par l'intermédiaire de son ambassade et de son avocat), Gérard Depardieu (par l'intermédiaire de son agent), Luc Besson, et Yves Boisset n'ont pas répondu, tandis que Frédéric Auburtin n'a pas souhaité s'exprimer. 

Retrouvez les autres épisodes de la série ici.

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Chronologie de l'affaire

1986: création du Festival international du film de jeunesse, organisé par une association dont la déléguée générale est Louisa Maurin

1993: le festival devient le Festival du film de Paris

2000: l'association confie l'organisation du festival à la société LDO Organisation (rebaptisée ensuite LM Festivals), dirigée et détenue par Louisa Maurin

2000: Sepp Blatter invite à déjeuner à la FIFA Frank Lipsik et Michel Poulain, qui lui propose de faire un film historique à l'occasion du centenaire de la FIFA en 2004

11 juillet 2002: la ville de Paris retire sa subvention au festival du film de Paris, suivie par le CNC

24 septembre 2002: contrat entre la FIFA, Taxigram (société de Michel Poulain et Frank Lipsik), Dog Productions (société de Luc Besson) et le fonds britannique Duet AM Ltd pour produire un film d'un budget de 14,24 millions d'euros, co-produit par la FIFA, Taxigram et Duet, écrit et co-réalisé par Luc Besson. Taxigram est producteur délégué, Dog est producteur exécutif.

Début 2003: Luc Besson remet un scénario intitulé le Ballon

Mai 2003: dans un rapport, l'inspection générale de la ville de Paris relève des dysfonctionnements dans la gestion de l'association du Festival du film de Paris

22 juin 2004: LM Festivals, société organisatrice du Festival du film de Paris, se place en liquidation judiciaire, déclarant un passif d'un million d'euros. Une plainte pour "banqueroute" est déposée puis classée sans suite.

2005: le festival tente une ultime édition sous le nom de Festival du film de Paris-Ile de France avec une subvention de la région. Dans un rapport, la chambre régionale des comptes estime que l'association n'a pas respecté les règles des marchés publics

2006: liquidation de Taxigram, les droits sur le projet sont repris par la société Enelem de Frank Lipsik

27 juillet 2008: Eurosur (société d'Alain Puglia) reprend les droits de Duet sur le projet

21 avril 2010: Enelem et Eurosur accordent une option de deux ans à Louisa Maurin et Isia Films (société d'Isabelle Adjani dont Louisa Maurin est la directrice)

6 octobre 2010: Isabelle Adjani et Louisa Maurin créent MA Production, présidée par Louisa Maurin

25 juin 2011: Louisa Maurin quitte la présidence de MA Production, remplacée par Isabelle Adjani, la société est rebaptisée Leia Films

7 octobre 2011: Louisa Maurin crée sa société Leuviah Films

10 octobre 2011: Leuviah Films confie la production exécutive du film à Oversea Production SARL (société des frères Thibaud)

9 mars 2012: contrat entre Leuviah Films et Promocean (société appartenant à l'Azerbaïdjan) pour produire un film d'un budget de 27 millions d'euros, dont 5 millions apportés par Promocean. Oversea Production est producteur exécutif, et Michel Thibaud réalisateur.

21 avril 2012: expiration de l'option d'Isabelle Adjani et Louisa Maurin

19 octobre 2012: accord de Gérard Depardieu pour participer au film

26 novembre 2012: Louisa Maurin résilie son contrat avec Oversea Production

22 janvier 2013: contrat entre la FIFA et Leuviah Films pour produire un film d'un budget de 27 millions d'euros, dont 10 millions apportés par la FIFA et 5 millions par Promocean

7 juin 2013: contrat de co-prodution entre Leuviah Films et Keller Edde Studios LLC (société de George Edde), qui doit apporter 5,5 millions d'euros

8 juillet 2013: nouveau contrat de co-prodution entre Leuviah Films et Keller Edde Studios LLC, qui doit apporter 10 millions d'euros

12 juillet 2013: la société britannique Sy Communications Ltd devient Leuviah Films International Ltd. Louisa Maurin prend 51% du capital aux côtés de George Edde, qui détient 49% (le 15 septembre 2013, Nadeem Hayat prend 11,1% du capital, diluant Louisa Maurin à 45,3% et George Edde à 43,5%)

17 juillet 2013: contrat de co-production entre Leuviah Films et DD Productions (société de Gérard Depardieu). DD Productions a droit à 20% des recettes nettes part producteur (RNPP), pourcentage ramené à 15% par avenant du 10 septembre 2013

29 juillet 2013: début du tournage

12 septembre 2013: contrat entre la FIFA et Leuviah Films, pour produire un film au budget de 23,5 millions d'euros, intégralement financé par la FIFA

18 septembre 2013: avenant au contrat entre la FIFA et Leuviah Films. La FIFA réduit son apport à 20 millions d'euros, Promocean apporte 3,5 millions

19 septembre 2013: contrat entre Leuviah Films et Promocean, représenté par la société suisse International Service Corp LT de Pascale Perez. Promocean réduit son apport à 2,5 millions d'euros

Fin octobre 2013: fin du tournage. Le coût final est de 21,8 millions d'euros, dont 19,3 millions apportés par la FIFA

18 mai 2014: projection sur la plage Macé au Festival de Cannes

12 juin 2014: début de la coupe du monde au Brésil

24 juin 2014: saisi en référé, le tribunal de grande instance de Paris déboute Oversea Production

26 juin 2014: sortie vidéo en France

15 janvier 2015: saisi au fond, le tribunal de grande instance de Paris déboute Oversea Production, qui fait appel

Fin mai 2015: le scandale de la FIFA éclate

5 juin 2015: sortie aux Etats-Unis

17 mars 2016: la cour d'appel de Paris déboute Oversea Production, qui se pourvoi en cassation

7 juillet 2016: le tribunal de grande instance de Paris déboute Enelem et Eurosur, qui font appel

9 juillet 2017: la cour d'appel de Paris déboute Enelem et Eurosur, qui se pourvoient en cassation

Jamal Henni