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Prada entame une cure de rajeunissement en recrutant le designer Raf Simons

La maison italienne Prada a annoncé que son emblématique styliste et directrice Miuccia Prada coopérera avec un nouveau co-directeur créatif, le designer Raf Simons. Le but: continuer à redonner un coup de jeune à la marque.

C'est un transfert de prestige que s'apprête à connaître la grande maison de mode italienne Prada. A partir du 2 avril 2020, Miuccia Prada, l'emblématique styliste du groupe, coopérera avec un nouveau co-directeur créatif, le designer Raf Simons.

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Le couturier belge, âgé de 52 ans, dispose de prestigieuses références. En plus d'avoir créé sa propre marque (Raf by Raf) ce dernier a évolué depuis le début de sa carrière au sein de grandes maisons à l'instar de Jil Sander, de Dior et de Calvin Klein. En intégrant le groupe Prada, Raf Simons travaillera donc en étroite collaboration avec Miuccia Prada sur les collections et tous les processus créatifs de la marque. Une première collection commune devrait ainsi voir le jour en septembre prochain lors de la fashion week milanaise.

L'annonce de cette nomination a cependant créé la surprise en pleine semaine de la mode à Milan. Elle vient s'ajouter à un climat d'anxiété latent où le coronavirus est venu perturber les défilés.

Anticiper les changements

Une annonce qui constitue un tournant pour le groupe, a souligné Patrizio Bertelli, le mari de Miuccia Prada et patron de la marque, à l'occasion d'une conférence de presse. "C'est la première fois dans l'histoire de la mode que deux stylistes aussi importants et de cette envergure travailleront ensemble", a-il assuré. "Le groupe Prada a toujours été capable d'anticiper les changements mondiaux du secteur global de la mode et nous le démontrons encore aujourd'hui".

De son côté, Miuccia Prada, 70 ans, a tenu à mettre les points sur les "i" en rappelant qu'elle n'était pas venue "annoncer" sa "retraite", encore moins sa succession, mais qu'il s'agissait pour elle de donner "un souffle nouveau" à ses collections. "Nous nous apprécions, nous nous respectons et nous avons hâte de voir où cette collaboration nous mènera", a-t-elle poursuivi.

"Nous nous connaissons depuis longtemps, depuis 2005 quand j'étais à la tête de Jil Sander. Depuis lors, nous avons commencé à échanger sur le thème de la mode, de la politique, de l'art. L'année dernière, après mon départ de Calvin Klein. Nous avons renforcé ce dialogue jusqu'à donner vie à ce projet", a déclaré, de son côté, Raf Simons.

Renforcer son identité

De fait, si les deux créateurs aspirent, disent-ils, à "remettre la créativité au cœur du système mode", c'est aussi parce que la maison Prada a décidé de se concentrer sur ses propres marques (Prada, Miu Miu, Church's et Car Shoe) pour unifier sa distribution, renforcer son identité de marque et composer avec un secteur que la maison italienne juge trop complexe et trop fragmenté.

Le groupe, qui vend maroquinerie, chaussures, lunettes et autres vêtements de luxe dans 70 pays (637 points de vente en propre), distribue également ses produits par le biais d'un réseau de boutiques multimarques et de grands magasins minutieusement sélectionnés.

"Fashion Pact"

Au premier semestre 2019, le groupe Prada a réalisé un chiffre d'affaires de 1,570 milliard d'euros (+2% par rapport à la même période en 2018). Dans un communiqué mettant en exergue sa stratégie et ses résultats, Patrizio Bertelli rappelait la nécessité d'inscrire la maison italienne dans "une croissance durable des revenus et des marges que nous ciblerons en renforçant le patrimoine culturel de nos marques, essentiel à l’avenir de notre groupe".

Une croissance durable qui passe par le numérique et l'inscription de Prada dans une démarche plus responsable. De fait, à l'instar d'autres acteurs du secteur comme LVMH et Kering, respectivement numéros 1 et 2 mondiaux du luxe, la maison italienne aspire à réduire son empreinte écologique.

En août 2019, plus d'une trentaine de groupes du monde de la mode s'étaient réunis afin de définir des objectifs en matière d'impact environnemental. L'industrie textile figure parmi les filières les plus polluantes au monde. Emmenées par François-Henri Pinault – patron du groupe de luxe Kering, près de 150 marques dont Prada s'étaient engagées dans une démarche durable globale en marge du sommet du G7 de Biarritz. Au final, plusieurs objectifs avaient été mis sur la table en matière de respect de la biodiversité, de préservation des océans et d'impact climatique. Parmi ces ambitions, celle de faire en sorte d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 pour la filière.

Julie Cohen-Heurton avec AFP