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Pourquoi les prix des oeuvres d'art n'ont pas fini de battre des records

Ce tableau de Picasso pourrait engendrer un nouveau record.

Ce tableau de Picasso pourrait engendrer un nouveau record. - Eduardo Munoz Alvarez - AFP

"Femmes d'Alger", ce tableau signé Picasso et vendu aux enchères chez Christie's ce 12 mai, est devenu l'oeuvre d'art la plus chère jamais vendue par adjudication. Et cette envolée des prix n'est pas prête de s'arrêter. Explications.

Le monde de l'art est en ébullition. "Femmes d'Alger" (version O), une oeuvre majeure de Pablo Picasso, mis aux enchères dans la nuit du 11 au 12 mai par Christie's a battu le record de l'oeuvre la plus chère jamais vendue. elle a été adjugée à 179,36 millions de dollars lors d'une vente qui a vu tomber dix records mondiaux.

Les experts de la maison de vente avaient estimé ce tableau à 140 millions de dollars. Mais comme c'était probable, les acquéreurs potentiels se sont battu pour l'acheter. Ce chef d'oeuvre a ainsi détrôné le tryptique qui détenait jusque-là le record du monde de l'adjudication la plus élevée, "Trois études de Lucian Freud", de Francis Bacon, vendu 142,2 millions de dollars, par Christie's également, en novembre 2013.

Et encore ne s'agit-il que d'un record pour une vente aux enchères. De gré à gré, c’est-à-dire lorsque la transaction est réalisée directement entre le vendeur et l'acheteur, les prix des oeuvres d'art moderne atteignent des sommes encore plus faramineuses. Ainsi, un tableau de Gauguin aurait été acquis 300 millions de dollars par le Qatar en début d'année, selon le New York Times.

Mais comme l'explique Thierry Ehrmann, fondateur d'Artprice, les records des ventes qui se font de gré à gré sont plus sujets à caution: "Ils ne reflètent pas forcément l'offre et la demande. La vente publique, en revanche, fixe définitivement le prix. Le prix, établi par l'enchère finale, devient opposable aux tiers. Il est incontestable".

Un musée par jour s'ouvre dans le monde

Et des prix non contestables, c'est ce que recherchent en priorité les musées, qui sont en train de devenir les acteurs majeurs du marché de l'art. "Il s'est créé plus de musées entre 2000 et 2015 que durant tout le XIXème et XXème siècle", s'enthousiasme Thierry Ehrmann. "Il s'ouvre actuellement un musée par jour".

Une véritable industrie se crée. Et elle va entraîner une inexorable inflation des prix. Les musées deviennent un véritable marché économique. Une industrie en quête permanente d'oeuvres d'art. "Un musée a besoin d'un minimum de 3.000 à 4.000 œuvres de qualité muséale pour être crédible", souligne le fondateur d'Artprice. Et surtout quelques tableaux spectaculaires qui attireront les visiteurs et rentabiliseront ainsi le musée.

Le fondateur d'Artprice donne l'exemple de la Joconde. "18% des visiteurs viennent exclusivement pour voir ce tableau phare". A tel point que, si ce tableau était à vendre, "il serait évalué entre 1,8 et 2,2 milliards d'euros, juste grâce aux entrées qu'il génère au Louvre".

Cyrille Coiffet président d’Expertissim, confirme cet élargissement de la demande et en souligne l'origine: "30% des acheteurs, dans ces ventes exceptionnelles, sont Asiatiques. C'est une première". La Chine ouvre beaucoup de nouveaux musées qui sont des facteurs d'attractivité culturelle. "Ils y exposent le patrimoine qu'ils possèdent déjà. Et achètent en masse des oeuvres haut-de-gamme".

Les Chinois ne sont pas les seuls gros acheteurs. Les pays du Golfe le sont également, précise Cyrille Coiffet. Un Louvre va ouvrir à Abu Dhabi, ainsi qu'un Guggenheim.

Vers le milliard de dollars?

Pour s'offrir une ou deux poules aux œufs d'or, ces nouveaux musées sont prêts à payer très cher. "Dans les années 1980, les tableaux les plus chers se vendaient 10 millions de dollars. Au cours des années 2000 la barre des 100 millions de dollars a été franchi. Et le 5 février 2015, un nouveau cap symbolique a été franchi avec ce prix révélé par The New York Times: 300 millions de dollars pour ce Gauguin discrètement acquis par le Qatar. Et je pense qu'on devrait franchir le milliard de dollars très prochainement" prévient Thierry Ehrmann.

Des sommes qui laissent démunis les plus riches des particuliers. "Le collectionneur privé ne navigue pas dans ces eaux-là, souligne le patron d'Artprice. Il se heurte à un raisonnement économique qui l'exclut d'office: un musée pourra faire grimper les enchères à des niveaux astronomiques s'il sait qu'un tableau lui assurera une rentabilité ultérieure"

https://twitter.com/DianeLacaze Diane Lacaze Journaliste BFM Éco