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Pour les artistes il y a bien pire que le piratage, selon Jean-Michel Jarre

Pour Jean-Michel Jarre, compositeur et président de la Cisac, la juste rémunération des auteurs ne dépend pas seulement de la lutte contre le piratage.

Pour Jean-Michel Jarre, compositeur et président de la Cisac, la juste rémunération des auteurs ne dépend pas seulement de la lutte contre le piratage. - Thomas Samson - AFP

Selon une étude du cabinet EY co-publiée pour la Cisac, le secteur de la culture pèse plus de 2.000 milliards de dollars dans le monde, soit plus que l’industrie mondiale des télécoms. Dans ce contexte, Jean-Michel Jarre propose de réinventer un modèle économique plus profitable aux artistes.

La culture c’est du divertissement, mais pas seulement, loin de là. Comme le signalent l'Unesco et le Cisac (Confédération internationale des droits d’auteurs et compositeurs), il s’agit d’une industrie très particulière. Dans un panorama réalisé par le cabinet EY (ex-Ernst & Young) dévoilée à l'Unesco ce jeudi 3 décembre, le premier réalisé au niveau mondial, le Cisac, présidé par le compositeur Jean-Michel Jarre a pu quantifier pour la première fois le poids mondial de ce secteur.

L’activité pèse 1.250 milliards de dollars, soit 1,5 fois de plus que l’industrie des télécoms, et représente 3% du PIB mondial. Elle emploie 29,5 millions de personnes, soit près de 5 millions de plus que dans l’industrie automobile. Précisons que ces chiffres regroupent 11 secteurs (publicité, architecture, édition, jeux, musique, cinéma, presse, arts vivants, radio, TV et arts graphiques) sur les cinq continents.

Une économie puissante créée par et pour les humains

Pour Irina Bokowa, directrice générale de l’UNESCO, cette puissance est à prendre "très au sérieux". Pour elle, cette industrie va au-delà du divertissement, selon l’expression américaine [entertainment, NDLR]. "Les pays misent sur la culture pour bâtir leur économie, mais aussi, c’est un facteur de cohésion sociale qui ne peut être une marchandise régie par les règles de l’OMC". Même vision pour Jean-Michel-Jarre : "Derrière ce secteur économique, n’oublions pas qu’il y a des humains. C’est ce qui fait que la culture n’est pas seulement un marché."

Quand bien même, sa puissance est impressionnante sur tous les continents. L’Asie Pacifique se positionne en tête (743 milliards de dollars de revenus pour 12,7 millions d’emplois), devant l’Europe (709 milliards et 7,7 millions d’emplois) et les États-Unis (620 milliards et 4,7 millions d’emplois). Quant à l’Afrique, en dernière place, elle génère un revenu de 58 milliards de dollars pour 2,4 millions d’emplois.

Face à ces chiffres, d’aucuns s’interrogent sur le péril numérique qui a longtemps été présenté comme une menace pour la culture. Dans leur étude, le Cisac et l’Unesco affirment le contraire. La dématérialisation des contenus et le développement des appareils mobiles (smartphone, tablettes) ont été un véritable levier pour la culture.

Numérique: le meilleur comme le pire

Les biens culturels numériques pèsent 30,6 milliards de dollars aux États-Unis, 16,1 milliards en Asie-Pacifique et 15,4 milliards en Europe. Sur ce point, Jean-Michel Jarre apporte quelques nuances. "Avec le numérique, on a distillé dans l’esprit du public que les contenus culturels devaient être aussi gratuit que l’air qu’on respire. Les plateformes ont joué de cela avec des services en apparence très "fair" (juste, en français) mais qui en fait ne le sont pas du tout. Ces groupes sont côtés en bourse, génèrent des milliards de dollars, mais laissent à peine aux artistes de quoi se payer une pizza, et encore sans anchois. Il y a des ajustements à faire."

Quant au piratage, le créateur d’Oxygen apporte aussi un éclairage neuf. "C’est un peu court de penser que la juste rémunération des auteurs dépend de la lutte contre la piraterie. Le plus important est d'inventer un modèle économique qui ne permettra plus aux GAFA (acronyme des géants de l’internet Google, Apple, Facebook et Amazon) de vendre la culture comme des yaourts. La piraterie est certes un problème, mais ce n’est pas le principal et ce le sera de moins en moins."

Dans son dernier rapport, le Forum d’Avignon note néanmoins que l’effet du piratage n’est pas négligeable. Il aurait amputé l’industrie culturelle mondiale d’un revenu de 25 milliards de dollars et détruit 200.000 emplois entre 2008 et 2011. Les États-Unis, patrie des GAFA, seraient les plus pénalisés avec une perte économique de 12,5 milliards de dollars et la perte de 71.000 emplois par an.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco