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Orange: l'ex-patronne de la filiale cinéma contre-attaque

'Timbuktu', qui vient de recevoir sept César, a été co-produit par Orange Studio du temps où Frédérique Dumas était à sa direction.

'Timbuktu', qui vient de recevoir sept César, a été co-produit par Orange Studio du temps où Frédérique Dumas était à sa direction. - Le Pacte

Frédérique Dumas, limogée il y a un an de la direction d'Orange Studio, dépose deux plaintes au pénal contre les dirigeants de l'opérateur télécoms.

La guerre est désormais totale entre Orange et Frédérique Dumas, l'ancienne patronne de sa filiale cinéma Orange Studio (ex-Studio 37).

Il y a un an, l'opérateur téléphonique avait mis à la porte Frédérique Dumas avec fracas. Aujourd'hui, la productrice de cinéma contre-attaque, et porte plainte au pénal son ancien employeur.

Faux et harcèlement

Précisément, elle a porté plainte pour "harcèlement moral" contre le PDG Stéphane Richard, et pour "faux et usage de faux" contre plusieurs dirigeants: Christine Albanel, Serge Laroye, Elie Girard, Marie-Christine Lambert, et tant que complice, Stéphane Richard. Cette dernière plainte est effectuée via une citation directe devant le tribunal de grande instance de Paris.

La première plainte (qu'Orange dit ne pas avoir encore reçue) se base sur des propos négatifs sur le bilan et le départ de Frédérique Dumas. Notamment, Stéphane Richard, interrogé en avril dernier sur France Inter, avait assuré: "il y a eu un certain nombre de divergences et de problèmes de comportement, qui ont amené à une séparation que j'assume tout à fait". 

Procès verbal contesté

Quant à la seconde plainte, elle porte sur les motifs utilisés par Orange pour justifier le renvoi de Frédérique Dumas. "Frédérique Dumas était en désaccord avec la stratégie générale de réduction des coûts, qui s'appliquait notamment à la filiale cinéma", justifie l'avocate d'Orange, Claudia Chemarin. Ce que Frédérique Dumas conteste: "aucune stratégie, ni aucun plafond de dépenses annuelles ne m'ont été proposés par Orange, donc il n'y a jamais eu de débat là-dessus, et a fortiori aucune opposition de ma part".

Plus particulièrement, le débat porte sur le conseil d'administration de la filiale cinéma du 24 septembre 2013. Le compte-rendu de ce conseil, rédigé par Orange, assure que ce jour-là, l'opérateur a décidé d'un plafond de dépenses annuelles, et que Frédérique Dumas s'y est opposée.

Ce que l'intéressée conteste: "aucun plafond n'a été décidé ce jour-là. Le seul point adopté était un gel des investissements à durée indéterminée. J'en possède de nombreuses preuves, d'où ma plainte pour 'faux et usage de faux'". Son avocat, Me Thibault de Montbrial, enfonce le clou: "c'est la première fois que je vois les administrateurs d'une filiale d'un groupe coté attester faussement du déroulement d'un conseil d'administration. Et c'est effarant qu'une ancienne ministre s'y soit prêté. Cela en dit long sur le management du groupe!" Mais l'avocate d'Orange persiste et signe: "ce compte-rendu est le reflet exact ce qui qui s'est dit ce jour-là".

Déjà deux autres procédures

Quatre mois après ce conseil, Frédérique Dumas a été révoquée de son mandat social de directrice générale. Une révocation qu'elle juge abusive, et qu'elle a contestée devant le tribunal de commerce de Paris, réclamant des dommages et intérêts. Parallèlement, Orange l'a aussi licenciée, ce que l'intéressée conteste aussi aux prud'hommes.

Rappelons que Frédérique Dumas a été remplacée par son bras droit, Pascal Delarue, puis par David Kessler, ancien conseiller culturel de François Hollande à l'Elysée. Celui-ci doit présenter sa nouvelle stratégie dans les prochains mois, sans doute au Festival de Cannes.

Ironie de l'histoire, ce sont les successeurs de Frédérique Dumas qui reçoivent aujourd'hui les prix reçus par les films lancés sous sa direction, comme Saint Laurent, Les héritiers, 24 jours, et surtout Timbuktu. En effet, vu les délais de production, les films actuellement à l'affiche ont été décidés avant qu'elle soit limogée...

Jamal Henni