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Nice-Matin repris par ses salariés

Le groupe comprend trois quotidiens: Nice Matin, Var Matin et Corse Matin

Le groupe comprend trois quotidiens: Nice Matin, Var Matin et Corse Matin - Valery Hache AFP

Le tribunal de commerce a retenu l'offre des salariés pour la reprise du quotidien régional, écartant celle du belge Rossel.

Le tribunal de commerce de Nice a annoncé vendredi 7 novembre avoir retenu la candidature de la coopérative des salariés de Nice-Matin pour la reprise du quotidien régional, optant pour le scénario qui préserve le plus grand nombre d'emplois.

Les salariés, qui ont créé une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), deviennent les actionnaires du groupe Nice-Matin, qui va devoir procéder à 159 départs "volontaires" (14,5% des effectifs).

Selon leur projet, la gestion serait déléguée à un directoire présidé par Robert Namias (ex-TF1), venu s'exprimer au siège la semaine dernière au grand dam de Rossel.

Les salariés ont rassemblé un financement de 14,2 millions d'euros, dont 8 millions en vendant à l'homme d'affaires Bernard Tapie 50% de Corse-Matin et des murs d'agences. Bernard Tapie, propriétaire de la Provence détenant déjà 50% de Corse-Matin, met ainsi la main sur 100% du quotidien corse. Elle a aussi levé 460.000 euros de dons, via un site internet et une vente aux enchères. Elle a enfin récolté 2,3 millions d'euros grâce à une partie des salariés qui ont accepté de ponctionner leur 13e mois.

Dans leur proposition, les salariés ambitionnent d'arriver à une part de 20% dans le numérique dans le chiffre d'affaires, dans sept à dix ans. Internet ne représente encore que 2,5% du chiffre d'affaires global. 

Les salariés entendent maintenir les 14 éditions différentes des titres Nice-Matin, Var-Matin et Monaco-Matin (160.000 exemplaires au total).

Les offres rejettées

Le tribunal n'a pas retenu deux offres concurrentes: celle de Georges Ghosn (ex-propriétaire de France Soir), et surtout celle de l'éditeur belge Rossel, allié au richissime groupe monégasque de BTP Marzocco, et au Franco-libanais Iskandar Safa. Ce trio mettait sur la table 30 millions de fonds extérieurs, et promettent 20 millions d'investissements sur trois ans notamment dans le numérique. Leur projet prévoyait 376 départs, soit un tiers des effectifs, avec des catégories laminées comme les ouvriers techniques. 

Devant une banderole rouge de la CGT, "Sauvons nos emplois", des représentants syndicaux de Nice-Matin avaient prévenu lundi que "des actions" seraient menées si Rossel l'emportait. Les ouvriers de l'imprimerie avaient aussi annoncé la couleur fin octobre en publiant le titre Monaco Matin sur fond rouge, pied de nez au monégasque Marzocco.

Soutien des politiques

Même le député-maire UMP de Nice, Christian Estrosi, avait apporté la semaine dernière un soutien implicite aux salariés, visiblement ravis. "Les salariés, dont chacun peut comprendre l'inquiétude et la colère, ont proposé un projet de reprise qui est désormais soutenu par des actionnaires privés. Ce projet est celui qui préserve le maximum d'emplois", avait-t-il insisté, en soulignant qu'il faisait personnellement "de l'emploi et de la croissance ses maîtres-mots".

Le Conseil régional PACA, présidé par le socialiste Michel Vauzelle, a fait voter un prêt de 2 millions d'euros pour la coopérative.

Face à cela, le trio Rossel-Marzocco-Safa avait adressé dimanche une lettre aux plus de mille employés, en insistant sur leur langage de transparence. Selon eux, le projet de coopérative déboucherait rapidement sur d'autres plans sociaux, ce qui serait "désastreux". "Est-il légitime aujourd'hui de fonder un financement sur des ventes d'actifs à prix bradés au moment où Nice-Matin a besoin de se garder un trésor de guerre?", s'interrogent-ils aussi. Jacques Hardoin, directeur général du groupe la Voix du Nord racheté par Rossel, diffuse sur les réseaux sociaux une tribune concluant que "la coopérative n'est pas le bon modèle" en raison de son "immobilisme lié aux méthodes de gouvernance". Il juge aussi que les actionnaires d'un groupe de presse doivent avoir suffisamment d'assise financière pour "préserver l'indépendance du journal des pressions politiques et économiques".

Le groupe Nice-Matin (jusqu'à présent propriété de Groupe Hersant Médias), composé de trois titres tirant à 160.000 exemplaires, a été placé en redressement judiciaire fin mai. En huit ans, la diffusion du titre Nice-Matin en nombre d'exemplaires par jour a chuté de 23%, celle de Var-Matin de 13%.

J. H. avec AFP