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Meheut: "BeIN Sport perd plus de 300 millions d'euros"

Le patron de Canal Plus a défendu les audiences du "Grand journal"

Le patron de Canal Plus a défendu les audiences du "Grand journal" - -

Le patron de Canal Plus, invité sur BFM Business jeudi 6 juin, s'est en pris à la stratégie de la chaîne sportive du Qatar. Mais il a défendu la migration d'événements sportifs vers des chaînes payantes.

Une fois de plus, Canal Plus tire à boulets rouges sur BeIN Sport. Invité, jeudi 6 juin, de BFM Business, Bertrand Meheut a prédit que les pertes de la chaîne de sport qatarie "vont être supérieures à 300 millions d'euros la première année. Leur ambition n'est pas du tout de faire un résultat économique. C'est regrettable de voir ces dépenses sans fin en face desquelles il n’y a pas de revenus".

Interrogé sur les rumeurs d'un rachat de la chaîne cryptée par le Qatar, le président du groupe Canal Plus a jugé que cela ne serait "pas souhaitable", notamment "pour la collectivité", étant donné "le rôle culturel" joué par Canal.

"Le sport a un coût"

Quant au passage de compétitions sportives de chaînes gratuites vers des chaînes payantes, "c'est une tendance absolument normale", a estimé Bertrand Meheut, invité du Grand journal de BFM Business. "On ne peut pas offrir tout gratuitement à tout le monde. Pour avoir un spectacle de qualité, il faut que les ayants droits [Ndlr: les fédérations sportives] aient un revenu suffisant."

Il a rappelé que la législation française impose de diffuser en clair 21 événements sportifs d'importance majeure. "La France possède la liste la plus longue. Il n'y en a que 8 en Grande-Betagne et 9 en Allemagne", a-t-il souligné. 

"Le Grand Journal" reste en forme

Interrogé sur le départ de Michel Denisot du Grand Journal, le patron de Canal n'a pas voulu répondre. Mais, concernant l'audience de l'émission phare de la chaîne, il a assuré: "la baisse des audiences est une légende. Cette année, Le Grand Journal a réalisé la troisième plus forte audience de son histoire".

Et il ne s'émeut pas que Le Grand Journal se fasse dépasser par Touche pas à mon poste, sur la chaîne cousine D8 qui appartient aussi au groupe Canal Plus: "ce n'est pas un signe de faiblesse du Grand Journal. Cela ne m’a absolument pas surpris. Au contraire, c'est en ligne avec nos objectifs".

Non à LCI en gratuit

Canal Plus est aussi présent dans l'information en continu, avec sa chaîne gratuite iTélé, qui concurrence l'autre chaîne gratuite BFMTV (qui appartient au même groupe que ce site web) et la chaîne payante LCI (qui appartient à TF1).

Interrogé sur un passage de LCI en gratuit, Bertand Meheut a estimé que ce serait "une très mauvaise idée. Cette décison serait mauvaise, non pas pour protéger iTélé ou BFMTV. Mais, à partir de LCI qui souffre économiquement, il y aurait trois malades. Cela ne me semble pas raisonnable. La taille de la France ne permet pas de justifier économiquement trois chaînes gratuites. Et le CSA n’aurait pas attribué deux fréquences à des chaînes d'information gratuites s’il avait su [qu'il aurait fallu] en donner une autre quelques années plus tard".

La survie de la TNT

Interrogé sur la crise, Bertrand Meheut a expliqué être touché à deux titres. D'une part, au niveau des abonnements à Canal Plus et CanalSat. "Le consommateur est très prudent face à ses dépenses, donc nous sommes forcément impactés par la situation économique".

D'autre part, le groupe engrange moins de publicité sur ses chaînes gratuites (iTélé, D8, D17) et dans les tranches en clair de Canal. "Au premier trimestre, nous avons fait un peu mieux que le marché, qui a reculé de 14%". Le patron de Canal Plus a donc plaidé pour une "ouverture" de la publicité à la télévision, notamment aux secteurs jusqu'à présent interdits. "L’offre de chaînes s’est beaucoup élargie pour un marché de la publicité au mieux stable. Il faut donc ouvrir les possiblités pour que les 25 chaînes gratuites de la TNT puissent au mieux survivre, voire se développer".

Critique du rapport Lescure

Enfin, le patron de Canal a une fois de plus critiqué l'idée avancée par Pierre Lescure de proposer des films plus frais dans les offres de vidéo-la-demande (VoD).

"Je ne crois pas que la VoD ou la VoD par abonnement puissent financer le cinéma français. Le cinéma français est financé par les salles et les chaînes de télévision, gratuites et payante. Il ne faut pas déstabliser ces acteurs, il faut les conforter, ou sinon il n’y aura plus de cinéma francais. Dès lors, revoir la chronologie des médias pour bouleverser cet équilibre me semble périlleux".

Selon lui, "proposer des films vieux de 18 mois dans la VoD par abonnement n'influencera absolument pas le piratage. Le piratage a lieu très tôt, lors de la sortie en salles ou dans les semaines qui suivent".

Jamal Henni