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Les intermittents du spectacle tiennent à leur statut, comme leurs employeurs

La pièce 'Cendrillon' mise en scène par Julien Alluguette

La pièce 'Cendrillon' mise en scène par Julien Alluguette - -

Le statut d'intermittent du spectacle doit être renégocié d'ici la fin de l'année. Le gouvernement a promis qu'il ne serait pas remis en cause, évitant ainsi toute perturbation des festivals d'été. Car artistes et techniciens sont y sont très attachés, comme leurs emloyeurs. Témoignages.

Julien Alluguette, comédien et metteur en scène

"Je suis intermittent depuis 7 ans, d’abord comme comédien, et depuis un an comme directeur de compagnie et metteur en scène, ce qui demande énormément de temps et d’argent, car les théâtres ne sont prêts à accueillir votre spectacle que si vous avancez un minimum garanti sur les recettes.

Je suis assez blessé qu'une certaine presse présente les intermittents comme se la coulant douce entre deux cachets. En réalité, ce temps est utilisé pour des activités artistiques qu’il serait difficile de rémunérer: lire des scénarios, répéter des rôles, chercher un théâtre où jouer sa pièce…

Sans le statut d’intermittent, je serai obligé de trouver d’autres ressources via un petit boulot. Mais comment pourrais-je alors me libérer pour des essais, des auditons, des répétitions?

Il y a bien sûr des choses à revoir dans le statut d’intermittent. Il regroupe deux mondes très différents: des artistes qui ont une activité très irrégulière, et d’autres qui sont quasi-permanents. En outre, les allocations ne sont pas plafonnées, alors qu’on peut se demander si on en a vraiment besoin au-delà d’un certain niveau de revenus annuels.

Mais dans toutes les professions, n’y a-t-il pas des abus possibles? Ne peut-on pas décider de se mettre à vivre des allocations chômage durant deux ans?

Mais supprimer le statut produirait des dégâts gigantesques: ce serait une catastrophe à la fois pour ceux qui en bénéficient et pour la culture. Beaucoup de productions de qualité disparaîtraient. Et beaucoup de jeunes renonceraient à devenir artistes, un métier qui deviendrait un métier de luxe".

Le PDG d'une importante société de production d'émissions de flux

"Dans les grands télé-crochets que vous regardez le soir à la télévision, 90% des équipes sont des intermittents. Cela va jusqu'au directeur de production.
Cela peut se comprendre pour les équipes mobilisées ponctuellement, par exemple pour les soirées en direct. Mais même la préparation de l'émission est faite par des intermittents, alors que c'est une fonction qui s'étale sur plusieurs mois.

Selon les textes, la fonction d''assistant de production' peut être occupée par un intermittent. Les producteurs l'utilisent donc de façon très extensive, pour des tâches très variées et parfois peu artistiques, comme par exemple le chauffeur de la production.

Le principal risque pour l'employeur est la requalification en CDI du contrat d'un intermittent employé de manière permanente. Ces dernières années, le nombre de contrôles a augmenté".

Pierre-Louis Umdenstock, monteur et réalisateur

"J’ai commencé à travailler comme assistant monteur il y a deux ans. J’ai accumulé suffisamment d’heures pour accéder au statut d’intermittent il y a 4 mois.

Le statut d’intermittent est nécessaire pour plusieurs raisons. D'abord, la grande mobilité du secteur fait que nos métiers sont peu adaptés au CDI.

Ensuite, je peux très bien me retrouver sans travail du jour au lendemain, par exemple si l’émission sur laquelle je travaille s’arrête.

Enfin, je me retrouve avec beaucoup de contrats à certaines périodes, et avec beaucoup moins à d’autres selon la demande.

Je ne suis pas un privilégié. Mon statut d’intermittent me permet de survivre à peine, et nous vivons dans l'incertitude de faire suffisamment d'heures chaque année pour bénéficier du statut. Nous faisons des métiers difficiles. Souvent, il faut travailler en oubliant les horaires inscrits sur nos contrats, simplement parce que la diffusion n'attend pas.

Le statut me permet aussi de prendre du temps dans les mois plus calmes pour développer mes projets en tant que réalisateur au sein du collectif L’Atelier 321. C’est cela que je veux vraiment faire. Pour moi, l’intermittence est donc un moyen, et non une fin"

Jamal Henni