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Le torchon brûle entre les "héritiers" de Fantômas et Thomas Langmann

Le film d'André Hunebelle de 1964 avec Jean Marais est un des films de chevet de Thomas Langmann

Le film d'André Hunebelle de 1964 avec Jean Marais est un des films de chevet de Thomas Langmann - Gaumont

Le producteur rêve depuis près de 20 ans de tourner un remake de la fameuse trilogie des années 60 dans laquelle Jean Marais interprétait Fantômas et Louis de Funès, Juve. Mais Thomas Langmann est en conflit judiciaire avec les ayants droit.

Quand il était petit, Thomas Langmann se délectait de Fantômas, une trilogie tournée dans les années 60 avec pour principales stars Louis de Funès et Jean Marais. Devenu producteur, le fils de Claude Berri tente donc de réaliser son rêve de gosse: produire une nouvelle adaptation du célèbre feuilleton littéraire d'avant-guerre. 

Dès 1999, il achète les droits auprès des héritiers de Marcel Allain et Pierre Souvestre, les deux créateurs du personnage. Ce premier contrat prévoit que les ayants droits toucheront un minimum garanti de 228.000 euros, plus un pourcentage des recettes, notamment 0,5% des entrées en salles. 

Budget record

Car Thomas Langmann voit grand. Pour le budget du film, les montants évoqués oscillent entre 45 et 70 millions d'euros. Thomas Langmann songe à confier le rôle-titre à Jean Reno, José Garcia ou Benoît Poelvoorde. Jamel Debbouze est pressenti pour le rôle de Juve. 

En mai 2009, le projet semble enfin se débloquer: un film en 3D est annoncé à la une du Film français avec Vincent Cassel devant la caméra, et Christophe Gans derrière. Las! En 2011, Vincent Cassel jette l'éponge: "Quand on se lance dans un film à 70 millions d'euros, il faut un scénario impeccable. Ce qui n'était toujours pas le cas", déclare à l'époque l'acteur à VSD. 

Problème: le contrat initial prévoyait aussi une date butoir pour le tournage et la sortie du film. Ces échéances n'étant pas tenues, ces dates butoir sont plusieurs fois repoussées. En échange, Thomas Langmann accepte de payer un million d'euros supplémentaires aux ayants droit: 500.000 euros en 2007, puis 500.000 euros en 2011. Le paiement de cette dernière somme doit être échelonné sur trois ans.

L'histoire tourne au vinaigre

L'histoire tourne au vinaigre lors du versement de la quatrième échéance (137.500 euros). Thomas Langmann demande à étaler les paiements, puis traîne les pieds pour payer. Les ayants droit, réunis dans une société baptisée Fantomas SARL, saisissent alors le tribunal de commerce. La Petite Reine, la société de Thomas Langmann "reconnaît sa dette et sollicite des délais pour s'en acquitter. [...] Cependant, la société ne rapporte pas la preuve de difficultés économiques et financières suffisamment sérieuses pour justifier un étalement de sa dette", tranchent les juges.

De fait, la société de Thomas Langmann a visiblement les moyens de payer: sa trésorerie s'élève à 1,3 million d'euros fin 2014. Et elle produit actuellement l'un des films les plus chers de l'année: la suite de Stars 80, avec un budget de 21 millions d'euros... En mai dernier, le tribunal a donc condamné le producteur à payer la quatrième échéance, en étalant les paiements sur un an.

Toutefois, le dernier contrat prévoyait que le film sorte en salles avant fin mars 2016. Cette date étant passée, le contrat a donc apparemment expiré. Un nouveau contrat devrait donc être négocié, mais cela semble difficile vu la dégradation des relations entre les ayants droit et le producteur, qui envisage de jeter l'éponge. "C'est tellement compliqué... Je vais peut-être finir par lâcher", déclarait-il il y a un an au Parisien

Contacté, Thomas Langmann s'est refusé à tout commentaire, tandis que Christine Bernard, actionnaire et avocate de Fantomas SARL, n'a pas répondu.

NB: cet article a été modifié par rapport à une première version, qui estimait de manière erronée le montant total du contrat à environ 3 millions d'euros.

Les résultats de Fantomas SARL (en euros)

Chiffre d'affaires 2007: 395.000 2008: 150.000 2009: 315.000 2010: 171.400 2011: 205.000 2012: 241.400 2013: 334.700

Résultat net
2007: +250.000 2008: +109.000 2009: +201.000 2010: +113.500 2011: +129.500 2012: +155.100 2013: +114.600

Dividendes nets
2006: 31.500 2007: 130.200 2008: 150.000 2009: 175.800 2010: 110.000 2011: 121.086 2012: 118.293 2013: 17.145

Actionnaires
Jean-Roger Wastiaux: 35% Philippe Bernard: 18,3% Christine Bernard: 18,3% Caroline Bernard: 18,3% Nicole Wastiaux épouse Bernard: 10%

Source: comptes sociaux

Jamal Henni