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Le gouvernement veut garantir l'indépendance éditoriale de Canal+

Vincent Bolloré avec l'ancien patron de Canal Plus Bertrand Meheut

Vincent Bolloré avec l'ancien patron de Canal Plus Bertrand Meheut - Kenzo Tribouillard AFP

Suite aux interventions de Vincent Bolloré, le gouvernement prépare un amendement pour imposer l'indépendance éditoriale de la chaîne cryptée.

Le gouvernement a enfin décidé de se saisir du problème Canal Plus. Précisément, la ministre de la Culture prépare un amendement pour imposer une clause d'indépendance éditoriale dans la convention passée entre la chaîne cryptée et le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel).

"Aujourd’hui, on voit bien que des intérêts privés peuvent mettre en péril l’indépendance des rédactions. Or le CSA n’a pas les moyens d’agir", a déclaré mercredi 14 octobre Fleur Pellerin à Europe 1.

Pourquoi le gendarme est impuissant

Le CSA est impuissant pour plusieurs raisons. D'abord, la convention de Canal Plus ne contient aucune clause d'indépendance éditoriale, contrairement aux conventions de TF1 ou M6. Certes, il existait bien une telle clause dans le passé, mais elle a mystérieusement disparu en 2005...

Dès lors, pour introduire une telle clause, le gendarme de l'audiovisuel doit avoir l'accord de Canal Plus. Problème: Vincent Bolloré ne veut pas en entendre parler. Le nouveau président du conseil de surveillance de Vivendi et de Canal Plus a longuement expliqué pourquoi lors de son audition par le CSA le 24 septembre.

Bolloré nie toute censure

Premier argument de l'industriel breton: il n'y a pas de "fondement juridique" permettant d'imposer un tel durcissement de la convention. Second argument: Vincent Bolloré a rappelé qu'il était encore minoritaire au conseil de surveillance de Vivendi, et que ce dernier s'opposerait à un tel durcissement. Troisième argument: cela donnerait raison à ceux qui mènent actuellement une campagne de "déstabilisation" contre l'industriel breton, qui a cité nommément le producteur Renaud Le Van Kim.

Surtout, Vincent Bolloré a assuré de son "impartialité" politique, et martelé qu'il n'y avait aucun problème d'indépendance éditoriale. Qu'on l'accuse d'intervenir ou de censurer un programme n'est qu'"affabulation" et "contre vérité", a-t-il juré. Il a notamment assuré que ce n'était pas lui qui avait décidé de déprogrammer le documentaire controversé sur le Crédit Mutuel. Vincent Bolloré a donc conclu que rien de sérieux ne justifierait un durcissement de la convention. CQFD.

Bolloré lâche un hochet

Toutefois, face aux demandes pressantes de plusieurs membres du CSA, le nouvel homme fort de Vivendi a lâché un hochet: la création d'un "comité d'éthique garantissant l'indépendance éditoriale et de l'information". Mais les membres de ce comité seront choisis par Canal Plus, et celui-ci n'aura pas de pouvoir contraignant. Alors que la convention passée avec le CSA est un texte contraignant à respecter sous peine de sanctions... 

Pas dupe, Fleur Pellerin jugerait un tel comité d'éthique "inopérant car à la solde de l'actionnaire". La ministre voudrait aussi légiférer sur le sujet, en accordant au CSA un droit de regard sur la composition de ces comités. 

Jamal Henni