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Le champagne Pommery condamné pour avoir détruit une œuvre d'art

L'oeuvre intitulée "Salto Yano", une sculpture monumentale de 12 mètres de hauteur, a été détruite par une société de nettoyage mandatée par Pommery (photo: visuel de l'exposition "Expérience Pommery#10")

L'oeuvre intitulée "Salto Yano", une sculpture monumentale de 12 mètres de hauteur, a été détruite par une société de nettoyage mandatée par Pommery (photo: visuel de l'exposition "Expérience Pommery#10") - Vranken Pommery

La maison Vranken-Pommery, qui se revendique comme le champagne qui se boit dans les plus grandes manifestations artistiques du monde, a été condamnée pour avoir détruit une oeuvre d'art.

"Pommery est le champagne des manifestations prestigieuses du musée", assure la maison de champagne sur son site. Il ne risque pas de couler à la prochaine exposition d'Anita Molinero. Vranken-Pommery a été condamnée par le tribunal de Lille à payer 133.500 euros à la plasticienne pour avoir détruit sans son accord une de ses oeuvres commandée en 2012 pour l'exposition "Expérience Pommery", a-t-on appris mercredi de source judiciaire.

L'oeuvre intitulée "Salto Yano", une sculpture monumentale de 12 mètres de hauteur composée de matériaux industriels brûlés et déformés, avait été commandée à Anita Molinero pour la 10e édition de l'exposition d'art contemporain "Expérience Pommery#10" puis exposée quelques mois dans une crayère de la maison de champagne. Une manifestation artistique que l'entreprise mécène organise chaque année dans les caves, les villas et Crayères du domaine exploité par Paul-François et Nathalie Vranken.

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- © Antoine Espinasseau - Experience Pommery

Après l'avis des experts du service d'incendie de la Marne, qui avaient jugé les matériaux inflammables, "Salto Yano" avait été démonté et ses différents éléments stockés dans les locaux du domaine Pommery, en accord avec l'artiste. "Quand j'ai voulu récupérer mon oeuvre en 2014 pour une autre exposition, j'ai alors appris avec stupéfaction qu'elle avait été incinérée par une société de nettoyage à la demande de Pommery", a expliqué Anita Molinero.

"Je veux bien imaginer qu'au départ c'était une erreur, mais j'ai très mal pris la manière dont j'ai été traitée quand j'ai demandé réparation, c'est pour cela qu'il était nécessaire de porter cette affaire en justice", a-t-elle ajouté.

Dans son jugement du 24 septembre, le tribunal de grande instance de Lille, qui a reconnu une atteinte au droit de propriété d'Anita Molinero, a également pointé le "caractère humiliant pour l'auteur" de la destruction délibérée et totale de son oeuvre par une société de nettoyage.

La maison de champagne a décidé de faire appel de cette décision devant la cour d'appel de Douai. "Le tribunal a fait une appréciation très excessive du préjudice d'Anita Molinero, cette condamnation représente presque dix fois le prix jamais atteint pour une oeuvre de cette artiste", a estimé Eric Andrieu, l'avocat de Vranken-Pommery.

N.G. avec AFP