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La Fédération française de ski est-elle trop subventionnée?

Le ski rapporte 18% des recettes touristiques françaises, mais ses opérateurs publics ne s'en sortent pas sans subventions.

Le ski rapporte 18% des recettes touristiques françaises, mais ses opérateurs publics ne s'en sortent pas sans subventions. - Alain Caraco - Wikimedia - CC

En cette ouverture de la saison, la Cour des comptes s'attaque à la Fédération française de ski et à l'Ecole nationale des Sports de montagne. Deux opérateurs monopolistiques bien trop subventionnés selon elle.

La Cour des comptes dénonce les absurdités du financement de la filière française du ski. Dans un document adressé le 20 novembre au ministre de la Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner, et à son secrétaire d'Etat Thierry Braillard, elle rappelle que ce secteur rapporte 18% des recettes liées au tourisme en France.

Pour autant, les deux structures monopolistiques qui gèrent les compétitions et la formation (uniquement de haut niveau), ne peuvent rentrer dans leurs comptes sans s'adosser très largement au financement public.

Des subventions et du personnel payés par l'Etat

Il s'agit de la Fédération française de ski (FFS) et de l'Ecole nationale des sports de montagne (ENSM). "Ces deux structures sont très dépendantes des soutiens publics, en particulier de celui de l'État, et ont largement échappé jusqu'à présent à l'effort de réduction de la dépense publique", pointent les auteurs du rapport.

La FFS serait même, selon eux, la "fédération sportive qui perçoit la subvention la plus importante dans le cadre des conventions d'objectifs passées avec l'État". 

La Cour dresse ainsi la liste non exhaustive de l'argent public versé aux "grands opérateurs du monde blanc": 4,5 millions d'euros de subvention pour la FFS en 2013, 85 conseillers techniques sportifs payés par l'Etat mais détachés au sein de la Fédération en 2013, 12 millions d'euros de subventions du Centre national pour le développement du sport entre 2005 et 2012…

Des postes de fonctionnaires pour les skieurs de l'équipe de France 

En outre, l'Etat "réserve des emplois à certains sportifs de haut niveau dans l'armée et dans les services des douanes". En 2012-2013, cela représentait une petite soixantaine de postes de fonctionnaires, répartie entre skieurs de l'équipe de France

Ajoutez à cela les dotations des collectivités (Rhône-Alpes et Franche Comté en tête), et le soutien monétaire et en nature de Domaines Skiables de France, la chambre syndicale des exploitants de remontées mécaniques.

Des financements qui leur garantissent "une relative prospérité" quand bien même leur "environnement permet d'avoir accès à des ressources financières privées importantes", s'indigne la Cour des comptes. Point trop n'en faut, l'institution estime que "les conditions sont aujourd'hui réunies pour réduire les subventions qui sont accordées à la FFS sans que ses activités en soient affectées". 

Elle préconise notamment de mettre en place une stratégie volontariste pour conquérir et fidéliser les licenciés de la fédération "tout en n'excluant pas d'augmenter le prix des licences". Et surtout, de mobiliser davantage les acteurs privés de l'économie de la montagne, "les fédérations hôtelières, les grands opérateurs comme les gestionnaires de domaines skiables et de transports, ou des sociétés du secteur du tourisme, notamment". En somme, des acteurs issus du privé, qui ne participent absolument pas au financement de la fédération alors même qu'ils bénéficient de ses actions. 

Nina Godart