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L’extension de Roland-Garros, un coûteux projet qui divise

Roland-Garros souhaite s'agrandir pour garder sa position parmi les tournois du Grand Chelem.

Roland-Garros souhaite s'agrandir pour garder sa position parmi les tournois du Grand Chelem. - -

Roland-Garros souhaite s’étendre pour garder son attrait international. Mais le plan de la fédération, approuvé par la Mairie de Paris, ne satisfait pas les riverains, qui proposent une alternative, légèrement plus coûteuse.

Les Serres d’Auteuil n’accueilleront pas les Mousquetaires. Vendredi 1er mars, le tribunal administratif de Paris a rejeté le projet de la Fédération française de tennis et de la Mairie de Paris, qui prévoyait une extension du Village Roland-Garros dans les Serres d’Auteuil d’ici 2018.

Alors que la Mairie de Paris et la fédération ont annoncé faire appel de la décision, riverains et opposants ont proposé un projet alternatif. Plus question d’empiéter sur les Serres, construites en 1897 et classées monument historique. A la place, leur projet consiste à couvrir une partie de l’autoroute A13, et à annexer l’avenue de la Porte d’Auteuil.

Quitter Paris coûterait deux fois plus cher qu'une extension

L’histoire remonte à 2010. Roland-Garros a besoin de place et doit se moderniser, pour rester au niveau des autres tournois internationaux. Une installation en Ile-de-France est alors envisagée. Mais la fédération avance que le coût serait multiplié par deux en cas de délocalisation. Le 11 juillet 2011, la Mairie de Paris donne son accord pour un projet d’extension dans les Serres d’Auteuil.

Celui-ci prévoit, entre autres, la destruction du court n°1, pour le reconstruire à la place des ateliers de la Ville de Paris, dans les Serres. Cette destruction permettra d’agrandir et d’aérer l’espace entre les courts. Le projet provoque un tollé chez les riverains et les associations de sauvegarde du patrimoine.

Un loyer de trois millions d'euros par an

La semaine dernière, le tribunal administratif de Paris leur a donné raison, et a jugé le nouveau loyer négocié avec la fédération trop faible. L’accord prévoit un loyer de trois millions d’euros par an jusqu’en 2018, puis six millions par an pendant 99 ans, pour l’ensemble du site. Actuellement, la fédération paye 1,6 million d’euros par an.

Mardi 5 mars, la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France (SPPEF), opposée au projet, a présenté un plan alternatif. Pour Alexandre Gady, président de la SPPEF, la volonté de rester à Paris est incompréhensible. "C’était leur condition et nous l’avons respecté, mais c’est la dernière chance d’étendre Roland-Garros, après il faudra partir en-dehors de Paris", a-t-il déclaré à BFMBusiness.com.

La couverture de l'A13 pour 6.000 euros du m²

Ce projet alternatif permettrait une extension de 13.400 m², contre 9.435 m² pour celui de la fédération. Mais les contraintes en termes de circulation seraient plus lourdes, puisqu’il faut couvrir une partie de l’A13 et de dévier la circulation de l’avenue de la Porte d’Auteuil. L’espace créé pourrait accueillir cinq des courts annexes, qui seraient déplacés pour agrandir l’espace intérieur. Le court n°1 serait surélevé pour gagner 1.200 places.

Mais la Mairie de Paris affirme que le coût de couverture de l’autoroute est bien trop élevé. Une idée que rejette fermement le président de la SPPEF : "L’argument économique comme quoi la couverture de l’autoroute coûterait trop chère est bidon !"

"La Ville de Paris réalise actuellement des travaux de couverture semblable au niveau de la Porte des Lilas, et la facture est de 4.000 euros du m². Ici, comme il s’agit d'installations sportives, nous tablons sur 6.000 euros du m²", explique-t-il.

Une économie de 50 millions par rapport au projet initial ?

La SPPEF estime le coût à 53 millions d’euros, dont 42 millions seraient consacrés à la couverture de l’autoroute, dans le prolongement du tunnel actuel. Dans son projet original, la fédération de tennis estimait, elle, que le déplacement du court n°1 dans les Serres coûterait entre 45 et 50 millions d’euros.

Le projet alternatif serait donc légèrement plus cher, mais satisfait les riverains. De son côté, le coût total du projet présenté par la fédération est estimé à 273 millions d'euros.

Audrey Dufour