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"L'exception culturelle" française est-elle un gouffre financier?

Secteur largement subventionné en France, les métiers de la culture sont pourtant générateurs de revenus et d'attractivité pour le pays, assure le nouveau panorama de France Creative. Etat des lieux.

La culture, combien de divisions? 675.000 emplois en France, soit "pratiquement le double de l'industrie automobile" détaille sur BFM Business Jean-Noël Tronc, président de la Sacem et cofondateur de France Creative. Avec le cabinet EY, ce regroupement des acteurs de toutes les filières des secteurs culturels et créatifs vient de publier son troisième panorama du secteur culturel en France.

Loin des clichés, "la contribution de l'économie de la culture à la croissance et au rayonnement de ce pays n'a cessé de se renforcer depuis l'étude précédente en 2015 et celle d'avant en 2013", explique Jean-Noël Tronc, qui était invité sur le plateau de "12H, l'Heure H" jeudi. "Beaucoup de Français ont fini par penser que la culture est une sorte de problème. Des secteurs déclinants qui auraient, soi-disant, raté le numérique, qui coûterait soi-disant cher, qui seraient soi-disant subventionnés."

47,5 milliards d'euros de valeur ajoutée

En réalité, les chiffres sont plutôt impressionnants : le secteur culturel représente 91,4 milliards d'euros de revenus (2,3% du PIB français) en 2018, soit un poids comparable à celui de l’industrie agro-alimentaire et 1,9 fois plus élevé que celui de l’industrie automobile. En ne retenant que la valeur ajoutée (production totale culturelle diminuée des consommations intermédiaires, c’est-à-dire de l’ensemble des produits ou services transformés ou consommés au cours du processus de production), on atteint tout de même 47,5 milliards d'euros.

"Et cette estimation du poids de la culture ne prend pas en compte les retombées économiques indirectes, en particulier le tourisme", souligne l'étude du ministère de la Culture sur laquelle se base le panorama de EY et France Creative. "L'économie de la culture, c'est deux fois, en taux de croissance, la croissance moyenne des exportations françaises" poursuit Jean-Noël Tronc.

Un secteur largement subventionné

En réalité, il faut tout de même tempérer ces chiffres. D'abord parce qu'ils sont le résultat d'une définition large de la culture où le cinéma, les jeux vidéo mais aussi la publicité sont pris en compte comme des industries culturelles et créatives (ICC).

Ensuite, parce que le secteur culturel est largement subventionné par l'Etat, comme le détaille une annexe au projet de loi de finances pour 2020 baptisée "Effort financier de l'Etat dans le domaine de la culture et de la communication". En 2020, les dépenses directes (subventions) et indirectes (niches fiscales) de l’État dans le domaine de la culture et de la communication représenteront près de 14,2 milliards d'euros, avec une part particulièrement importante pour l'audiovisuel public (3,8 milliards d'euros).

Le budget 2020 du ministère de la Culture
Le budget 2020 du ministère de la Culture © Ministère de la Culture

A cela il faut ajouter les dépenses des collectivités locales, évaluées entre 7,6 milliards d'euros et 9,3 milliards d'euros par an pour ce secteur. Enfin, on pourrait encore y ajouter le coût du régime des intermittents du spectacle dont le déficit atteint chaque année environ un milliard d'euros, selon un rapport de la Cour des comptes daté de 2012.

Tout cumulé, les retombées restent néanmoins positives pour le pays, et plus particulièrement dans les territoires où, par exemple, les festivals restent des leviers importants pour l'activité de certaines zones rurales. Un euro de chiffre d'affaires dans le secteur du spectacle vivant musical et de variété signifie un euro de retombées économiques au niveau local, souligne le panorama.

Thomas Leroy