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Johnny Hallyday gérait sa fortune comme la cigale de la fable

VIDÉO - L'idole des jeunes gagnait plusieurs millions d'euros par an, mais, très généreux avec ses proches, il dépensait sans compter. D'où des dettes et des redressements fiscaux plus que conséquents.

Toute sa vie, Johnny Hallyday a tiré le diable par la queue, ou presque. Certes, l'idole des jeunes gagnait plusieurs millions d'euros par an. Mais il menait grand train, couvrant de somptueux cadeaux ses proches mais aussi lui-même. Au total, il dépensait entre 2,5 et 5 millions d'euros par an, selon un ancien conseiller fiscal cité dans les Inrocks. Revue de détail. 

1- Ses revenus

Il est impossible de reconstituer précisément les revenus de Johnny, qui étaient de toutes façons très variables: de 1 à 10 millions d'euros par an, selon les Inrocks. Voire même jusqu'à 16 millions d'euros, selon les estimations de Capital.

Toutefois, on a une idée précise de ce que lui versait sa maison de disques. En effet, tous les détails ont été révélés lors d'un procès qui l'a opposé en 2004 à Universal Music, son producteur depuis 1961. À cette occasion, la major a indiqué lui avoir versé 46,8 millions d'euros depuis 1985: 37 millions pour ses disques, plus 9,6 millions pour le merchandising et la publicité. Soit en moyenne un peu moins de 2,5 millions d'euros par an.

Le contenu de son dernier contrat avec la major datant de 2002 a aussi été dévoilé: Johnny recevait une avance de 1 million d'euros par album en studio, et de 500.000 euros par album live. En outre, à partir de 2,5 millions d'exemplaires vendus, il touchait une redevance de 25% sur les ventes de nouveaux albums, et de 7% à 8% sur les chansons de plus de deux ans (contre 17% à 18% dans le contrat précédent). Par exemple, en 2013, le back catalogue ayant généré 11 millions d'euros de chiffre d'affaires, Johnny en a reçu 7%, soit 622.242 euros.

À cela s'ajoutent les revenus des concerts. L'infatigable rocker en effectuait en moyenne 55 par an. À titre d'exemple, lors de la tournée des Vieilles canailles, il recevait 150.000 euros par date, soit au total 2,5 millions d'euros, selon Paris Match.

Les revenus des concerts étaient perçus via diverses sociétés. Pour la tournée Flashback, 20% des revenus atterrissaient chez Artistes et Promotion SAS, qui a ainsi reçu 6,3 millions d'euros en 2006, ce qui lui a permis de lui verser un dividende de 4,5 millions. Pour la tournée M'arrêter là, 80% des recettes étaient perçues par la société Navajo EURL, qui a ainsi reçu 12,5 millions d'euros en 2009. Enfin, les revenus de la tournée Jamais seul finissaient chez Mamour SARL, qui a ainsi reçu 12 millions d'euros en 2012, et reversé à la star un dividende de 5,3 millions d'euros. 

En revanche, Johnny n'était en général ni l'auteur des paroles ni de la musique. Il ne percevait donc rien à ce titre. En outre, il n'avait pas racheté à son producteur les droits de ses chansons (plus d'un millier), comme l'ont fait certains chanteurs.

Toutefois, il possédait quand même les droits sur 93 chansons, détenus via sa société Pimiento Music SAS, qui exploitait aussi son image. Entre 2006 et 2010, cette société lui a versé en moyenne 140.000 euros de dividendes par an.

Enfin, Johnny mettait un peu de beurre dans ses épinards en faisant de la publicité. Par exemple, en 2003, Legal lui a versé 167.694 euros HT pour utiliser son nom, sa signature et sa photo sur ses boîtes de café dans le cadre d'un concours intitulé "Gagnez la Harley Davidson de Johnny Hallyday".

Surtout, le rocker a été l'égérie d'Optic 2000 entre 2002 et 2011, rémunéré pour cela entre 300.000 et un million d'euros par an, selon le Figaro. Avant d'être sèchement remercié par l'opticien, qui ne cacha point les motifs de sa décision: "L'image de Johnny qui vit entre Los Angeles et la Suisse ne nous correspond plus. L'air du temps a changé: on est passé des années fric et des années stars à des années citoyennes, des années de crise".

Enfin, depuis l'âge de 62 ans, Johnny avait aussi droit à une retraite (il était considéré comme un salarié de ses maisons de disques, et ses contrats étaient formellement des CDD). Son montant n'est pas connu.

2- Son patrimoine immobilier

Johnny détenait encore plusieurs maisons. D'abord, la villa Savannah à Marne-la-Coquette, où il est décédé, achetée grâce à un prêt de 4,9 millions d'euros accordé par Universal. En outre, une demeure dans le quartier huppé de Pacific Palisades à Los Angeles. Enfin, une villa sur l'île de Saint-Barthélémy (Antilles françaises), qui a été endommagée par l'ouragan Irma.

Pour éponger ses dettes à Universal, il a dû revendre à la major la nue-propriété de la Lorada (sa maison à Ramatuelle) et de son hôtel particulier dans le 16ème arrondissement de Paris. Son chalet Jade à Gstaad (Suisse), qui aurait coûté 3 millions d'euros, a été revendu en 2015, selon une source proche de la famille citée par l'AFP.

3- Ses dettes

Ses revenus couvrant à peine son train de vie dispendieux, Johnny s'est endetté, essentiellement auprès d'Universal. Entre 1978 et 1996, la major lui a accordé plus de quinze prêts, pour un total de plus de 15 millions d'euros. Le taux des prêts allait de 4% à 9,5%, soit "5 ou 6 points de moins que le taux exigé par les banques", selon Universal.

Universal lui a ainsi prêté de quoi régler son ardoise auprès du fisc à la fin des années 70; ou acheter sa maison à Marnes-la-Coquette; ou bien encore un yacht (revendu depuis). Lors du procès contre Johnny, Universal a expliqué:

"En 1996, M. Johnny Hallyday voulut acheter un yacht pour son usage personnel. Nul établissement bancaire ne voulait financer un tel investissement, qui nécessitait un prêt de 5,3 millions d'euros, que nul sinon Universal n'était à même d'accorder à M. Johnny Hallyday. Devant l'insistance de l'artiste, Universal accéda une fois de plus à sa demande".

Pour rembourser ses prêts, Johnny reversait à Universal une partie (jusqu'à 90%) des redevances sur les ventes de disques, et a aussi revendu moult actifs à la major: ses droits sur les produits dérivés, son nom, la marque Johnny Hallyday, son site internet, des biens immobiliers... Johnny a fini de rembourser Universal vers 2003.

4- Ses démêlés avec le fisc

Toute sa vie, Johnny a eu des démêlés avec le fisc. Pour certains, cela pourrait même expliquer le soutien public qu'il a apporté à plusieurs politiques (VGE, Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy). "Johnny Hallyday s'engage peut-être pour des raisons très prosaïques: il vaut mieux être proche de l'administration fiscale", supposait le journaliste Michaël Darmon dans le documentaire Une épreuve d'artistes.

Pourtant, c'est sous les présidences Giscard et Sarkozy que Johnny a subi des redressements fiscaux douloureux. Sous Giscard, le fisc exige le remboursement de 15 millions d'euros d'arriérés, que Johnny n'a fini de payer que dans les années 1990, notamment grâce à un prêt d'Universal en 1978. Suite à ce redressement, il est condamné le 1er avril 1977 à dix mois de prison avec sursis et 3000 euros d'amende.

En 1991, il crée une société, Smet Dom EURL, pour profiter de la loi Pons qui permettait de déduire de ses impôts 100% d'un investissement dans les Dom-Tom. Cette société prend des parts dans Sterne Immo II SNC, qui détient la moitié de l'hôtel Sterne (devenu la villa Delisle) dans la commune de Saint-Pierre sur l'île de la Réunion. Mais l'affaire tourne mal...

En 2007, Johnny décide de prendre le chemin de l'exil: il devient résident fiscal suisse, puis américain à partir de 2013. Mais il doit continuer à payer des impôts sur ses revenus générés en France. Toutefois, il met en place un montage d'optimisation fiscale concernant ses sociétés françaises Artistes et promotions SAS et Pimiento Music SAS. En 2007, leur propriété est transférée vers une holding luxembourgeoise, qui appartient elle-même à une autre holding immatriculée au Liberia, et contrôlée par Johnny lui-même. Grâce à ce montage, les dividendes de ces deux sociétés échappent à l'impôt en France, au Luxembourg, et très probablement au Liberia.

Mais Johnny se fait rattraper par le fisc, qui effectue en décembre 2010 des raids surprises au siège d’Artistes et promotion SAS à Vaucresson, et chez son avocat marseillais Renaud Belnet -qui contestera ce raid, mais en vain (cf décision ci-dessous). Les enquêteurs saisissent notamment un document intitulé: "Note sur les aspects fiscaux de l’organisation de la tournée des stades de 2009". L’année suivante, le fisc notifie deux redressements pour la période 2007-2009. Il inflige même des pénalités de +80% pour "abus de droit", estimant que le chanteur avait voulu délibérément échapper à l'impôt. Le premier redressement porte sur Artistes et promotions SAS et s’élève à 2,54 millions d'euros (pénalités incluses), selon les comptes de cette société. Le second porte sur Pimiento Music SAS et s’élève à 139.105 euros (pénalités incluses), indique une décision de justice (cf. ci-dessous). Selon le Canard enchaîné, le total des sommes réclamées s'élèverait même à 9 millions d'euros, mais ce chiffre est contesté par l'avocat du chanteur.

Johnny conteste ces redressements en justice. En mars 2015, le tribunal administratif accepte de ramener les pénalités de 80% à seulement 40%, mais maintient le reste des redressements (cf. décision ci-dessous). Johnny fait alors appel –la procédure est toujours en cours.

5- Ses héritiers

Selon certaines sources, Johnny laisserait derrière lui un patrimoine total (immobilier compris) estimé à près de 100 millions d'euros. 

Ses héritiers vont aussi continuer à recevoir les redevances sur les chansons de l'idole. Toutefois, celles-ci tomberont dans le domaine public 70 ans après leur enregistrement. Soit dans seulement 13 ans pour son premier tube, Souvenirs souvenirs...

Concernant la retraite de Johnny, le conjoint marié survivant et les ex-conjoints non remariés peuvent prétendre à une pension de réversion, qui s'élève à 60% des droits du défunt (à partager entre les différents ayants droit), indique Audiens, qui assure la protection sociale des artistes.

Rappelons que Johnny s'était marié quatre fois (avec Sylvie Vartan, Babeth Etienne, Adeline Blondieau et Laeticia Boudou), et a quatre enfants (David Hallyday, Laura Smet, Joy Nguyen Mai Huong et Jade Bui Thi Hoa). Prudent, il s'était marié avec Laeticia sous le régime de la séparation des biens.

Contactés, ni l'avocat de Johnny, Me Ardavan Amir-Aslani, ni l'avocat de Renaud Belnet Me Bertrand de Haut de Sigy, n'ont répondu. 

Les sociétés françaises de Johnny Hallyday

Artistes et promotion SASU

Activité: droits sur l'activité et l'image
Actionnaire: Nerthus Invest SA (Luxembourg), contrôlé par Johnny Hallyday
Création: 1980
Chiffre d'affaires (2013): 164.000 euros
Résultat net (2013): +7.400 euros
Président: Johnny Hallyday (2005-07), Pierric Carbonneaux Le Perdriel (2007-15), Elyette Boudou (2015-...)

Pimiento Music SAS
Activité: droits sur l'image et des chansons
Actionnaire: Nerthus Invest SA (Luxembourg), contrôlé par Johnny Hallyday
Création: 2002
Chiffre d'affaires (2013): 0 euros
Résultat net (2013): +77.000 euros
Président: Johnny Hallyday (2005-07), Pierric Carbonneaux Le Perdriel (2007-12), Elyette Boudou (2012-...)

Navajo SARL
Activité: concerts
Actionnaire: Johnny Hallyday (100%)
Création: 2007
Chiffre d'affaires (2013): 0 euros
Résultat net (2013): -484.300 euros
Gérant: Pierric Carbonneaux Le Perdriel (2007-12), Elyette Boudou (2012-...)

Mamour SARL
Activité: concerts
Actionnaire: Johnny Hallyday (100%)
Création: 2010
Chiffre d'affaires (2013): 0 euros
Résultat net (2013): +6.795.500 euros
Gérant: Laeticia Hallyday (2011-14), Elyette Boudou (2012-...)

SCI SLJ
Activité: immobilier
Associés: Johnny Hallyday, Laeticia Hallyday, Jade Smet
Création: 2007
Gérant: Pierric Carbonneaux Le Perdriel (2007-12), Elyette Boudou (2012-...)

Gabriel SCI
Activité: immobilier
Associés: Jean-Claude Darmon, Johnny Hallyday, Hoda Djadda, J.C. Darmon Conseil, SARL SIVA
Création: 2010
Gérant: Jean-Claude Darmon

JH Films SARL
Activité: cinéma
Création: 2003
Liquidation: 2007
Chiffre d'affaires (2006): 0 euros
Résultat net (2006): -6.000 euros
Gérant: Johnny Hallyday (2003-07), Pierric Carbonneaux Le Perdriel (2007-08)

Smet Dom EURL
Activité: hôtellerie à la Réunion
Actionnaire: Johnny Hallyday (100%)
Création: 1991
Liquidation: 2007
Chiffre d'affaires (2005): 0 euros
Résultat net (2005): 0 euros
Gérant: Johnny Hallyday (2005-06), Pierric Carbonneaux Le Perdriel (2006-07)

Jamal Henni