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Faut-il taxer les jeux de hasard ?

Les gains de l'Euromillions pourraient être taxés à 15%, si la demande du député Yann Galut aboutit.

Les gains de l'Euromillions pourraient être taxés à 15%, si la demande du député Yann Galut aboutit. - -

Un député socialiste propose de taxer les gains issus des jeux de hasard, au dessus de 30 000 euros. La Française des jeux, elle, craint pour son business.

Alors que les 169 millions d’euros gagnés par un habitant des Alpes-Maritimes, il y a une semaine, font encore saliver les joueurs de la France entière, un député a décidé de jouer les rabat-joie. Le député socialiste Yann Galut a, en effet, demandé dans une récente question écrite au gouvernement, le 23 octobre, de taxer les gains aux jeux d'argent et de hasard. Il précise que cette taxation visait les gains de plus de 30 000 euros à hauteur de 15 %.

"Au moment où des efforts sont demandés à tous les Français dans un climat de crise économique et sociale, de forte dégradation des comptes publics, de chômage, de licenciement, de dépôts de bilan et de la hausse de la pauvreté", assure l'élu du Cher, "les sommes de plus en plus exorbitantes à certains jeux de hasard ont quelque chose d'indécent".

La taxe rapporterait 100 millions d'euros par an, selon la FDJ

Du côté de la Française des jeux (FDJ), on ne l’entend pas de la même oreille. Même si les joueurs sont plus nombreux d’année en année, l’établissement considère que cette taxe éventuelle "fait prendre le risque que les joueurs jouent moins. Ces derniers savent bien qu’ils sont déjà taxés sur leur mise, que sur deux euros, c’est un euro qui est réellement joué. Taxer les gains en plus des mises pourrait conduire un déséquilibre." En clair: l’Etat, actionnaire à 72% de la FDJ, pourrait bien récupérer de l’argent qu’il perdrait par ailleurs.

Même si l'opposition des joueurs à une nouvelle taxe reste à prouver (ils seront sûrement peu à renoncer à un gain possible de plusieurs millions d’euros, même taxé à 15%), reste la question du revenu issu de cette taxe. Yann Galut avoue aisément qu'il ne l’a pas encore évalué. Mais il compte bien effectuer une étude d’impact, et consulter "Bercy ainsi que la Française des jeux". Cette dernière a, de son côté, fait ses propres calculs, et l’estime à 100 millions d’euros par an.

Mais que tous les futurs (gros) gagnants se rassurent, l’objectif du député socialiste était simplement de "poser le débat", en vue d’éventuellement "déposer des amendements lors du Projet de loi de finances 2014".

La FDJ devrait donc continuer à pouvoir verser "2,7 milliards d'euros par an à l'intérêt général".

Le titre de l'encadré ici

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Sur les jeux de hasard, l'Etat se taille (déjà) la part du lion

Actuellement, les gains aux jeux d'argent (Loto, Euro Millions, paris hippiques et sportifs en ligne ou dans les points de vente de la Française des Jeux ou du PMU) sont nets d'impôts.

La FDJ redistribue 95% des mises, dont environ 30% à la collectivité (donc à l’Etat) et 65% aux joueurs. Les 5% restant sont eux redistribués à l’Etat (72%, à hauteur de sa part dans l'entreprise) ainsi qu’à diverses associations.

Yann Duvert