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Deezer milite pour une plus juste rémunération des artistes

Alors que le streaming musical s'impose face aux ventes physiques, le groupe français veut faire évoluer le mode de rémunération des artistes, en reversant le produit de l'abonnement de chaque abonné à ceux qu'il a réellement écoutés, et non plus de façon globale.

Deezer veut faire bouger les lignes dans l'univers de la musique à la demande, ou streaming. La société, qui propose aujourd'hui un catalogue de plus de 56 millions de titres, promeut un mode de répartition plus équitable des royalties que perçoivent les artistes sur les titres diffusés.

Mercredi, Deezer a dévoilé une initiative, #MakeStreamingFair, pour défendre un modèle fondé sur les écoutes individuelles des utilisateurs de Deezer, et non sur la popularité globale des artistes. Comment cela fonctionnerait ? Imaginons un utilisateur, avec un abonnement à 10 euros par mois, n'écoutant que de la musique classique. Pourtant, ses 10 euros seront répartis en fonction du volume d'écoute globale sur la plateforme: ils financeront donc avant tout du rap, de l'électro, de la variété, etc. Selon le nouveau système que défend Deezer, ses 10 euros seraient reversés uniquement aux interprètes de musique classique qu'il écoute. (Pour simplifier le calcul, nous avons supposés que 100% du montant de l'abonnent sont redistribués, en réalité Deezer en reverse environ 70%).

Un modèle encore au stade de la simulation

À ce jour toutefois, les majors de l'industrie musicale n'ont pas adopté le principe d'une rémunération fondée sur les écoutes individuelles (ou user-centric payment system, UCPS). Deezer propose à ses abonnés un outil leur permettant de vérifier quelle part de leur abonnement revient effectivement aux artistes qu'ils écoutent, et combien ces derniers recevraient si le système était appliqué. "Avec UCPS, ce que vous payez sera reversé uniquement aux artistes que vous écoutez", indique la firme. Selon Deezer, ce système plus juste favoriserait la création locale et la diversité des genres musicaux, quelle que soit la notoriété des artistes.

En outre, les comptes frauduleux n’auraient plus la capacité de détourner les revenus générés par les écoutes des abonnés, seuls les vrais artistes étant rémunérés.

Un marché du streaming qui explose

Une modification qui fait figure de révolution dans un monde du streaming où se bousculent les mastodontes (Spotify, Apple Music, etc.), tandis que certains artistes pointent régulièrement le fait que les plateformes ne les rémunèrent pas suffisamment. Or, l'industrie du streaming par abonnement (en opposition au streaming gratuit avec des acteurs comme Youtube par exemple) se porte bien.

Pour la première fois en France, les supports numériques ont généré l'an passé un chiffre d’affaires supérieur à celui des supports physiques (335 millions d'euros contre 256 millions d'euros). Ce qui permet au secteur entier de rebondir. En 2018 et pour la troisième année consécutive, le marché tricolore de la musique enregistrée a augmenté de 1,8% pour atteindre 735 millions d'euros, selon le Snep (le principal syndicat des producteurs).

Outre-Atlantique, la filière a affiché une croissance de 12% sur un an en 2018. Là-bas, le streaming musical a généré pas moins de 9,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires l'an passé. Soit 75% des revenus issus de l'industrie musicale américaine. Entre 2015 et fin 2018, le nombre d'abonnés payants à des services de musique en ligne a tout bonnement quintuplé.

"Le marché du streaming croît rapidement, c'est le moment de changer de modèle", souligne la plateforme française de distribution numérique. "Nous voulons nous assurer que le plus grand nombre d'artistes bénéficient de cette croissance".

Julie COHEN-HEURTON