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Comment TF1 et LVMH ont perdu leur chemise avec Harvey Weinstein

Harvey Weinstein et Tarak ben Ammar entourent Yasmine al-Masri, Rula Jebreal et Freida Pinto à Doha en 2010

Harvey Weinstein et Tarak ben Ammar entourent Yasmine al-Masri, Rula Jebreal et Freida Pinto à Doha en 2010 - AFP Karim Sahib

Lors de la création du studio des frères Weinstein en 2005, TF1 y avait investi 12,8 millions d'euros, et LVMH environ 5 millions. Une participation qui ne vaut plus rien aujourd'hui.

"Nous devons nous intéresser à qui finance la machine à viol: TF1, WPP, Goldman Sachs, Technicolor". Tel est le tweet publié le 14 octobre par l'actrice Rose McGowan, très en pointe dans l'affaire Harvey Weinstein qu'elle accuse de viol.

Les sociétés citées sont les actionnaires de The Weinstein Co, le studio des frères Weinstein. Ces actionnaires avaient investi dans cette mini-major à sa création en 2005. À l'époque, les frères Weinstein, après avoir vendu leur studio précédent Miramax à Disney, avaient fait le tour de leurs relations pour financer un nouveau studio, avec l'aide de la banque Goldman Sachs.

Logiquement, ils étaient allés voir TF1, une vieille connaissance: depuis 2002, la Une et les Weinstein étaient associés dans la distribution de films en France, via une filiale à 50/50, TFM Distribution (qui sera liquidée en 2005). 

TF1 avait alors pris 1,5% du capital de The Weinstein Co pour 12,8 millions d'euros. Cet investissement avait été effectué via A1 International Investment BV, filiale à 50/50 avec le producteur tunisien Tarak ben Ammar, une autre vieille connaissance de TF1.

À la même époque, Technicolor avait aussi pris environ 1% du capital. Parallèlement, l'ex-Thomson avait signé un accord pluri-annuel avec The Weinstein Co pour lui fournir des services de post-production, de tirage de copies de films et d'édition de DVD. Le français annoncera la vente d'autres services aux frères Weisntein en 2010, puis en 2011.

Intérêt pour la mode

On trouve aussi au capital de The Weinstein Co un autre groupe français: LVMH. Le groupe de luxe français détient entre 0,5% et 1%, pour un investissement d'environ 5 millions d'euros. Une source proche de LVMH a indiqué au New York Times qu'Harvey Weinstein et Bernard Arnault se connaissaient à peine, et que cet investissement avait été effectué par l'intermédiaire de Goldman Sachs.

Mais le producteur hollywoodien, qui fréquentait beaucoup le milieu de la mode, a raconté avoir été placé à dîner à côté de l'empereur français du luxe par Anna Wintour. En 2007, il avait aussi fait un portrait élogieux de Bernard Arnault pour le magazine Time...

Une mauvaise affaire

Au conseil d'administration de The Weinstein Co siégeaient Tarak ben Ammar et un représentant de Technicolor (le PDG Frédéric Rose en 2010, puis le directeur général adjoint Tim Sarnoff), mais aucun représentant de TF1 ni de LVMH. "Tim Sarnoff avait démissionné de son poste d'administrateur dès cet été pour des raisons d'agenda", assure une source proche de Technicolor. Selon le New York Times, le conseil d'administration de The Weinstein Co était informé depuis 2015 des chèques faits à des actrices et mannequins pour éviter des poursuites, mais cela a été contesté par les administrateurs. 

TF1, LVMH, Technicolor et les autres investisseurs initiaux de The Weinstein Co ont fait une mauvaise affaire financière. En effet, le studio des frères Weinstein s'est avéré déficitaire et criblé de dettes. Rapidement, leur participation ne valut donc plus grand-chose. TF1 la déprécia à zéro dès 2008-2009. Et aujourd'hui, The Weinstein Co est en passe d'être racheté pour une bouchée de pain par le fonds Colony Capital.

Contactés, TF1, Patrick Le Lay (PDG de TF1 en 2005), Frank Dangeard (PDG de Thomson en 2005) et Tarak ben Ammar n'ont pas répondu, tandis que LVMH et Technicolor n'ont pas souhaité faire de commentaires.

Jamal Henni