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Comment Didier Quillot voulait redynamiser France Télévisions

Didier Quillot voulait lancer plusieurs nouvelles chaînes

Didier Quillot voulait lancer plusieurs nouvelles chaînes - Joël Saget AFP

Didier Quillot fait partie des candidats recalés par le CSA à la présidence de France Télévisions. L'ancien patron d'Orange France et de Lagardère Active a décidé de rendre public le projet qu'il avait élaboré.

Comment expliquez-vous ne pas avoir été retenu par le CSA?

J'ai reçu jeudi après midi un courrier du CSA m'informant que je n'étais pas retenu. J'ai n'ai pas eu plus d'explication. Mais je respecte la procédure, et donc je ne commente pas cette décision. Je regrette simplement de ne pas pouvoir défendre le travail effectué depuis neuf mois. Et je juge pertinente ma candidature. En près de 35 ans d'expérience professionnelle, j'ai connu et conduit des transformations d'entreprises publiques (France Telecom devenu Orange), ou privée (Lagardère Active), dans les télécoms pendant 12 ans, et les médias pendant 10 ans.

Comment vous étiez vous préparé?

J'ai beaucoup travaillé pendant neuf mois. J'ai rencontré près de 150 personnes: créateurs, réalisateurs, producteurs, parlementaires.. J'ai été en région pour comprendre les problèmes de France 3. J'ai rencontré les organisations de producteurs (Uspa, SPI) et d'auteurs (SACD). J'ai rencontré les animateurs phares du service public. J'ai ainsi acquis des convictions et une vision claire sur les missions du service public. J'ai donc décidé, comme la procédure le permet, de rendre public l'intégralité de mon projet stratégique 2015-2020 (cf. ci-dessous), et d'apporter ainsi ma contribution au débat sur France Télévisions.

Quelle est votre vision?

Il faut que les téléspectateurs soient fiers de France Télévisions, car c'est leur télévision. La télévision publique appartient à tous les français. Elle joue à ce titre un rôle central de représentation de la société. Je considère que la télévision publique joue, comme l'école publique, un rôle de réconciliation nationale. Elle doit favoriser la cohésion sociale du pays, car j'ai chevillé au corps l'idée que la télévision est le média du vivre ensemble. La télévision publique doit mieux représenter la société française, c'est une obligation pour notre République.

La télévision est le miroir du monde: si l'on ne s'y voit pas, on n'existe pas. Ceux qui préfèrent leur communauté à celle des citoyens, disent que la France les rejette, ne les voit pas, qu'ils n'existent pas. Il faut revenir au rêve des fondateurs: ouvrir le citoyen sur l'universel, le rendre cultivé et ouvert aux autres. Le rêve de la télévision publique, c'est de créer du lien commun en créant du bien commun. La télévision publique, ce n'est pas la télévision privée. C'est l'offre, ce n'est pas la demande. La télévision privée s'arrête aux frontières de la rentabilité, quand la TV publique s'arrête aux frontières de l'éthique.

Quel était votre projet pour les chaînes?

Je pense que France Télévisions doit mettre en place une offre de chaines cohérentes et complémentaires, permettant de mieux marquer la différence entre France 2 et France 3, qui doit être refondée autour des régions. Le positionnement de France 4 doit être redéfini autour de la jeunesse, l'éducation et la famille. France 5, dont le positionnement est le plus cohérent, doit, en plus de son ADN (connaissance, patrimoine, découverte), rendre la culture accessible à tous et à toute heure. Enfin, France Ô doit redevenir la chaîne de l'outre mer, et des ultra marins installés ou de passage en métropole. On peut maintenant reposer la question de la diffusion hertzienne de France Ô avec la pénétration du haut débit et l'avènement de la TV connectée. 

Dans l'hypothèse où ce canal serait libéré, j'ai proposé d'étudier de nouvelles chaînes: sur le sport, sur le patrimoine, ou sur la fiction et la création.

Quant à l'information, il faut la renforcer encore, confirmer le projet Info 2015, créer une grande agence d'information audiovisuelle sur le modèle de BBC News en fusionnant toutes les rédactions nationales, régionales et numériques. Le temps consacré à l'information sur France 3 doit aussi être renforcé mais sans aller jusqu'à une chaîne publique d'information en continue, dans une offre déjà très encombrée et un marché publicitaire atone. Enfin, il faut aussi relancer la fiction, et certainement signer un pacte refondateur avec les producteurs. entre l'acte I et l'acte II des nouveaux décrets production.

Et quel était votre projet social?

L'entreprise unique n'est pas une fin, mais un commencement. Sa réalisation doit être achevée. Mais le projet d'entreprise n'est possible qu'avec l'adhésion du corps social. France Télévisions a besoin d'audace dans les programmes, mais aussi d'audace sociale. On peut rallier le corps social du groupe à cette ambition. J'ai longuement étudié les conclusions du rapport Vaquin. L'ambition sociale doit être la colonne vertébrale de tout projet pour France Télévisions, avec deux préalables. D'abord, respecter la fierté d'appartenance -c'est l'objet du projet éditorial- et être en empathie avec les salariés en se souciant de leur avenir. Marc Schwartz a parlé de chemin de l'ambition: je suis convaincu que c'est avec les salariés qu'il faut prendre ce chemin.

Comment dégager des moyens?

Le prochain président de France Télévisions devra être courageux et déterminé dans la gestion et le calendrier. J'ai détaillé dans mon projet un plan d'action en dix chantiers pour atteindre un objectif -volontariste mais réaliste- de 100 millions d'euros par an de ressources supplémentaires à partir de 2018, après réalisation de l'ensemble des réformes. Cela permettrait d'établir une relation de confiance avec l'Etat actionnaire.

Jamal Henni