BFM Business

Charlie Hebdo a perdu les deux tiers de ses lecteurs en deux ans

L'hebdomadaire satirique s'écoule aujourd'hui à près de 100.000 exemplaires, contre 380.000 après les attentats.

Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi décimaient la rédaction de Charlie Hebdo. L'attentat suscita une vive émotion auprès des Français. Dès son retour dans les kiosques, l'hebdomadaire satirique vit ses ventes atteindre des niveaux sans précédent. Le nombre d'abonnés parvint même à grimper à 260.000 en février 2015. Et les ventes en kiosque se chiffrèrent en millions, pour s'établir à 120.000 exemplaires six mois plus tard.

Deux ans après, l'émotion est retombée, et les ventes de Charlie Hebdo ont logiquement baissé. Chaque semaine, 50.000 à 60.000 exemplaires s'écoulent en kiosque, tandis que les abonnements sont tombés à 50.000, a expliqué le directeur de la rédaction Riss dans "On n'est pas couché" le 8 octobre. Le nombre d'abonnements a remonté ces derniers mois après une forte baisse, a précisé la direction à l'AFP.

Des chiffres qui restent toutefois supérieurs à ceux d'avant l'attentat, où l'hebdomadaire se vendait à près de 30.000 exemplaires, et comptait près de 10.000 abonnés.

Une cagnotte divisée par deux

Mais la santé économique de l'hebdomadaire n'est pas menacée. Car les fortes ventes après l'attentat ont permis d'engranger un matelas. Précisément, le bénéfice net dégagé en 2015 s'élevait à 20 millions d'euros, selon le directeur général, Eric Portheault. Mercredi, la direction a indiqué à l'AFP que ce trésor de guerre s'élève désormais à une dizaine de millions d'euros.

La différence a donc été dépensée en 2016, mais la répartition de ces dépenses n'est pas connue. Interrogé sur ce point, Eric Portheault ne nous a pas répondu. Et les comptes du journal ne sont désormais plus déposés au greffe du tribunal de commerce.

La direction s'est contentée d'indiquer à l'AFP qu'une partie de cet argent est investie dans de nouveaux projets: certains articles sont traduits en anglais sur le site internet, et une version allemande a été lancée en kiosque en novembre. En outre, les mesures de sécurité coûtent 1 million d’euros par an, a déclaré l'avocat du journal, Christophe Thévenet, sur BFM TV. 

En tout cas, Charlie Hebdo a adopté en 2015 le statut d'entreprise solidaire de presse, qui oblige à mettre en réserve au moins 50% des bénéfices de l'année, et à en réinvestir au moins 20%. Ce qui plafonne donc à 30% la distribution de dividendes aux deux actionnaires du journal, qui sont Riss et Eric Portheault.

Les dissidents s'en vont

D'autres investissements avaient été annoncés par le passé, mais sans suite. La direction a évoqué une fondation pour défendre "le dessin de presse", ou bien pour "enseigner la liberté d'expression à l'école".

La direction avait aussi promis d'ouvrir le capital aux salariés, mais cela n'a toujours pas été fait. En mars 2015, onze salariés avaient réclamé -en vain- que le capital soit ouvert à tous les employés. Trois de ces dissidents (Luz, Patrick Pelloux, Zineb El Rhazoui) ont depuis quitté le journal.

Mise à jour: l'avocat du journal Christophe Thévenet a indiqué aux auteurs du livre Charlie Hebdo, le jour d'après (Fayard) que le bénéfice net de l'année 2015 était de seulement 8 millions d'euros. Sur cette somme, il resterait 4 millions d'euros fin 2016. La différence aurait été dépensée pour sécuriser les nouveaux locaux (3 millions d'euros), et payer les avocats et les psychothérapeutes (1 million d'euros).

L'actionnariat de Charlie Hebdo

En 1993: Cabu (30%), Philippe Val (30%), Gébé (20%), Renaud (10%), Bernard Maris (10%)

Entre 2004 et 2008: Cabu (40%), Philippe Val (40%), Bernard Maris (13,3%) et Eric Portheault (6,6%)

En 2008: Cabu (35%%), Philippe Val (35%), Bernard Maris (13,3%), Eric Portheault (6,6%), Charb (5%), Riss (5%)

Entre 2011 et 2015: Charb (39%), Riss (39%), Eric Portheault (19%), Cabu (une action) et Bernard Maris (une action)

Depuis 2015: Riss (67%) et Eric Portheault (33%)

Les résultats de Charlie Hebdo (en millions d'euros)

Chiffre d'affaires
2004: 6,2 2005: 6,4 2006: 8,3 2007: 8,7 2008: 7,9 2009: 5,1 2010: 5,2 2011: 5,9 2012: 5,8 2013: 5,2

Résultat net
2004: +0,48 2005: +0,58 2006: +0,97 2007: +0,98 2008: +0,19 2009: -1,38 2010: -0,51 2011: +0,65 2012: +0,09 2013: -0,05

Source: comptes sociaux

Jamal Henni