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Booking.com contre les hôtels: qui a vraiment gagné?

Les hôtels peuvent désormais proposer des tarifs inférieurs à ceux afficher sur Booking.com, mais pas sur leur site internet.

Les hôtels peuvent désormais proposer des tarifs inférieurs à ceux afficher sur Booking.com, mais pas sur leur site internet. - Capture d'écran Booking.com

Booking.com accepte désormais que les hôtels proposent des prix inférieurs à ceux qui figurent sur sa plateforme, mais uniquement sur des canaux hors-ligne. Une avancée réelle ou un leurre? Débat entre le représentant des hôteliers et le président de l'Autorité de la concurrence.

Le site de réservation d'hôtels Booking fait un geste en direction des hôteliers, pour mettre fin aux procédures engagées contre lui pour abus de position dominante. Les hôteliers pourront désormais proposer - sur d'autres plateformes de réservations ou en direct- des tarifs inférieurs à ceux qu'ils soumettent sur Booking.com.

Appeler directement un hôtel peut ainsi valoir le coup. A partir du 15 juillet, ils pourront, en toute légalité, vous proposer en direct un tarif inférieur à celui que vous auriez pu voir sur Booking.com. En revanche, ils ne pourront toujours pas afficher ces prix plus bas sur leur site Internet. L'Autorité de la concurrence, sollicitée par Accor en février pour trancher dans cette affaire, estime avoir trouvé un bon équilibre. Les hôteliers, eux, ne sont toujours pas satisfaits. Le point sur les arguments de chacun.

LE POUR

"Sur les tarifs, qui sont un point très important de la négociation, les hôtels pourront, sur tous les canaux hors-ligne, c'est-à-dire par téléphone, au comptoir, par envoi d'email, par messagerie instantanée, par SMS etc., proposer à leurs clients ou au prospect des tarifs plus bas que ceux indiqués sur le site Booking.com. C'est un vrai facteur de compétition et de liberté beaucoup plus grande pour les hôtels. La seule chose qu'ils ne pourront pas faire, c'est indiquer sur leur site internet généraliste, des prix plus bas que ceux pratiqués par Booking.com", souligne Bruno Lasserre, président de l'autorité de la concurrence.

Ainsi pour lui, "à la fois les consommateurs, mais également les hôtels devraient bénéficier de ces engagements qui sont satisfaisants parce qu'ils créent un bon équilibre entre des prix plus bas, une vraie diversité dans le choix, et en même temps une rémunération raisonnable du service et de l'investissement offert par booking.com aux hôtels". Un investissement engagé par le site pour donner de la visibilité aux hôtels, et qui justifie, selon l'autorité de la concurrence, de leur laisser le privilège du prix le plus bas sur Internet.

LE CONTRE

"On est en train de faire croire que les hôteliers ont retrouvé leur liberté commerciale et tarifaire. Il n'en est rien. La seule chose que l'on a obtenu, c'est de pouvoir proposer un tarif inférieur à celui affiché sur Booking uniquement à notre hôtel, par téléphone, par fax ou par mail. Est-ce que vous imaginez un seul instant que quelqu'un qui réserve une chambre sur internet, va aller sur le site de l'hôtel, voir qu'il y ait indiqué que peut-être qu'il y a des tarifs préférentiels, et donc envoyer un mail ou un fax, et s'adresser directement à l'hôtelier pour savoir s'il peut bénéficier de tarifs préférentiels?", demande Didier Chenet, le président du groupement des hôtels indépendants. "C'est un leurre, et c'est pour ça que nous ne sommes pas du tout satisfaits", ajoute-t-il.

Quant à l'argument de l'Autorité de la concurrence selon laquelle Booking procède à de lourds investissements pour donner de la visibilité aux hôtels, il ne convainc absolument Didier Chenet. "Nous sommes extrêmement surpris de voir que l'Autorité de la concurrence française défend le modèle économique d'une entreprise qui s'accapare 25% du chiffre d'affaires de l'hôtellerie française sans jamais payer le moindre impôt ni la moindre taxe en France. C'est quand même assez fort de café!", s'emporte-il.

En outre, pour lui "si Booking apporte de la visibilité, le site n'a pas apporté globalement de clients nouveaux. Une étude de Deloitte prouve que sur les trois dernières années, la progression du chiffre d'affaires de l'hôtellerie française est de l'ordre de 3,5%. Dans le même temps, les revenus de Booking, eux, ont augmenté de 25%. Il s'agit purement et simplement d'un transfert de clientèle", conclue Didier Chenet. 

Dorothée Balsan, édité par N.G.