BFM Business

Arthur essaie de revendre sa radio Ouï FM

L'animateur a accumulé les déboires dans la radio

L'animateur a accumulé les déboires dans la radio - François Guillot AFP

L'animateur, qui avait racheté la radio rock il y a 6 ans, a constitué un dossier de vente qu'il a soumis à plusieurs acquéreurs potentiels.

Arthur avait touché le jackpot (305 millions d'euros précisément) en revendant Endemol France en 2007. Depuis, l'animateur a moins de chance dans ses affaires. Son escapade dans le cinéma a vite tourné court. Son investissement dans les dosettes de café se termine au tribunal.

Aujourd'hui, c'est son aventure -guère réussie- dans la radio qui pourrait prendre fin. Arthur essaie en effet depuis l'an dernier de vendre sa radio Ouï FM. Il n'a pas formellement mandaté de banque d'affaires. Mais il a constitué un épais dossier avec les résultats financiers et le plan d'affaires. Et à l'automne dernier, il a soumis ce dossier à plusieurs acquéreurs potentiels. Aujourd'hui, une des pistes envisagées serait un rachat par le dirigeant de la station Emmanuel Rials (management buy out), qui chercherait à réunir des fonds en ce sens. Toutefois, ce processus de cession peut aussi ne pas aboutir, et Arthur finalement conserver sa radio.

Les déboires s'accumulent

Rappelons qu'Arthur avait racheté Ouï FM au groupe Virgin de Richard Branson fin 2008 pour 5,2 millions d'euros. Il héritait ainsi de trois fréquences en région parisienne. Il a ensuite décroché au fil de l'eau 14 fréquences supplémentaires en province en postulant auprès du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel). Cela a permis de développer l'audience, et le chiffre d'affaires, et de faire sortir la radio du rouge.

Du moins dans un premier temps. Car Arthur a ensuite accumulé les déboires. D'abord, l'audience en Ile-de-France -la seule publiée par Médiamétrie- n'a cessé de baisser (cf. ci-dessous). Surtout, le chiffre d'affaires est reparti à la baisse, et le résultat est retombé dans le rouge. Ainsi, en 2014, la station devrait perdre près de 400.000 euros sur un chiffre d'affaires de 4 millions d'euros, en recul de -17%.

Le rêve inaccessible d'un réseau national

Surtout, Arthur n'a jamais réalisé son rêve, qui était de se doter d'un réseau national. "Il pensait naïvement pourvoir se doter très rapidement d'une couverture nationale, alors que les autres groupes ont mis très très longtemps à y arriver", raconte un ancien membre du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel).

Précisément, l'animateur le plus arrogant et antipathique de la TV (selon un récent sondage de Stratégies) a tenté de se développer en sortant son carnet de chèques, mais cela s'est toujours terminé en bérézina.

Trois acquisitions ratées

D'abord, début 2009, il rachète pour 690.000 euros à la barre du tribunal de commerce Parenthèse Radio, qui détient 14 fréquences FM mais est en dépôt de bilan. Problème: Parenthèse était une radio familiale, mais Arthur veut y diffuser la musique rock de Ouï FM. Le rachat est donc refusé par le CSA, et Parenthèse finit en liquidation.

Rebelotte en 2009: Arthur rachète Nice Radio, mais le CSA refuse que cette station reprenne les programme de Ouï FM, ce qui fait échouer le rachat. 

Huit mises en garde du CSA

Enfin, et non des moindres, en 2011, Arthur rachète la Radio de la Mer à Contact FM, alors en procédure de sauvegarde. Cette fois, l'affaire semble mieux se présenter: le CSA autorise une large reprise du programme de Ouï FM. Las! Ce feu vert est contesté par NRJ, RTL, Lagardère et Skyrock devant le Conseil d'Etat, qui leur donne raison il y a un an. Pour la Haute juridiction, le CSA a autorisé "une modification très large" du format, n'accordant qu'une "place résiduelle" aux thèmes maritimes. Furieux, Arthur décide alors d'abandonner les 8 fréquences FM de la Radio de la mer, qui vont donc être remises sur le marché par le CSA. L'animateur compte bien postuler avec son programme Ouï FM, mais "n'a aucune garantie" de les récupérer, a admis Emmanuel Rials auprès de Satellifax.

D'autant que les relations avec le CSA ne sont pas bonnes. En effet, Ouï FM ne respecte guère son quota de chansons francophones, et a été mis en garde pour cela 8 fois depuis son rachat par Arthur, indique le site du CSA. Ce problème est devenu suffisamment important pour que la radio demande -en vain- au CSA un "moratoire" sur les quotas, en raison "des très grandes difficultés rencontrées" (cf. fac similé ci-dessous). 

Interrogés mercredi 15 avril à midi, Emmanuel Rials et la porte-parole d'Arthur Françoise Doux n'ont pas répondu. 

Mise à jour jeudi 16 avril à 14 heures: dans un communiqué, Emmanuel Rials indique que "Ouï FM n'est pas à vendre, contrairement aux allégations erronées de BFM Business. Les données financières présentées ne sont pas plus exactes que les allégations sur son développement. Si l’audience cumulée parisienne subit des variations à la hausse et à la baisse selon les sondages depuis une quinzaine d’années, à l’instar de nombreux confrères musicaux, sa part d’audience parisienne est stable, et son audience nationale est en progression constante. Enfin, les relations de Oui FM avec le CSA sont excellentes, studieuses, et constructives. Le succès du programme en province est en constante progression. L’attitude volontaire de Oui FM pour le développement de la radio numérique terrestre -auquel RMC est opposée- (la radio BFM Business appartient au groupe RMC) suscite des dérives inacceptables".

Les résultats de Ouï FM

Chiffre d'affaires de Ouï FM SAS (en millions d'euros)
2008: 3,8 2009: 4,6 2010: 4,5 2011: 5,3 2012: 4,8

Résultat net de Ouï FM SAS (en millions d'euros)
2008: -0,9 2009: -0,1 2010: +0,5 2011: +0,3 2012: +0,7

Audience cumulée en Ile-de-France (de septembre à juin)
2001: 4,4% .... 2008-09: 2,3% 2009-10: 2,4% 2010-11: 2,4% 2011-12: 2,3% 2012-13: 2,2% 2013-14: 1,9%

Source: BFM Business, Médiamétrie

Jamal Henni