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Condamnation de Continental requise au procès Concorde

L'accusation a requis vendredi la condamnation à une amende de 175.000 euros de Continental Airlines au procès de la catastrophe du Concorde qui avait fait 113 morts en juillet 2000 près de Paris. /Photo d'archives/REUTERS/Stéphane Mahé

L'accusation a requis vendredi la condamnation à une amende de 175.000 euros de Continental Airlines au procès de la catastrophe du Concorde qui avait fait 113 morts en juillet 2000 près de Paris. /Photo d'archives/REUTERS/Stéphane Mahé - -

PONTOISE, Val-d'Oise - L'accusation a requis vendredi la condamnation à une amende de 175.000 euros de Continental Airlines au procès de la...

par Thierry Lévêque

PONTOISE, Val-d'Oise (Reuters) - L'accusation a requis vendredi la condamnation de Continental Airlines et du "père" français du Concorde au procès de la catastrophe du supersonique qui avait fait 113 morts en 2000 près de Roissy.

Une amende de 175.000 euros d'amende est requise contre la compagnie américaine, dont un avion aurait selon le parquet laissé sur la piste de l'aéroport une lamelle métallique qui a provoqué l'accident du Concorde lors du décollage.

Des peines de 18 mois de prison avec sursis sont également demandées contre le mécanicien de la compagnie et son chef.

Cela pourrait entraîner pour Continental une facture de dommages et intérêts de dizaines de millions d'euros.

Après dix ans de procédure et trois mois et demi de procès, le procureur Bernard Farret a aussi requis deux ans de prison avec sursis contre Henri Perrier, 80 ans, directeur du programme Concorde de 1978 à 1994 à l'Aérospatiale, devenue EADS.

"Il est celui qui avait la conscience des risques, de ce qu'il fallait faire. Il aurait pu empêcher l'accident", a dit le magistrat.

Des relaxes sont en revanche requises pour Jacques Hérubel, 74 ans, ingénieur en chef de ce programme de 1993 à 1995, et Claude Frantzen, 72 ans, un des principaux dirigeants de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) de 1966 à 1994.

Ce procès pour "homicides et blessures involontaires" se poursuit jusqu'à fin mai avec les plaidoiries de la défense, qui va demander des relaxes de tous les prévenus. Le jugement sera mis en délibéré et rendu sans doute à la fin de l'année.

Henri Perrier a protesté après le réquisitoire.

"Je pensais que pendant ce quatre mois de procès, nous avions pu rétablir la vérité. Je n'accepte pas d'être responsable de cet accident", a-t-il dit aux journalistes.

CONTINENTAL REFUSE TOUTE RESPONSABILITÉ

Me Olivier Metzner, avocat de Continental, s'est aussi indigné. "Le problème est que Continental est une des sociétés aéronautiques les plus sûres au monde. Elle n'acceptera pas de porter la moindre responsabilité que ce soit dans le décès dramatique de 113 personnes", a-t-il dit à la presse.

Le 25 juillet 2000, l'avion transportant 109 membres d'équipage et passagers, en majorité allemands, s'était écrasé, peu après son décollage de Roissy, sur un hôtel de Gonesse, y tuant quatre de ses occupants.

La catastrophe avait mis fin prématurément à la carrière du Concorde, avion de ligne le plus rapide de l'histoire, qui reliait Paris à New York en trois heures à 2.400 km/h. Il a volé pour la dernière fois en octobre 2003, après 27 ans de carrière.

Si Continental était condamnée, elle paierait 15 millions d'euros, somme demandée au procès par Air France, partie civile, et plusieurs millions d'euros à des familles de victimes.

Est en suspens une autre facture d'une centaine de millions d'euros, déjà acquittée par les assureurs d'Air France aux familles des victimes, et le remboursement pourrait être demandé à Continental en cas de condamnation.

Le procureur, fustigeant le "laxisme général" de la compagnie américaine, juge établie la thèse de l'enquête qui explique l'accident par l'éclatement d'un pneu avant droit du Concorde, qui aurait été provoqué par une lamelle en titane de 43,5 cm, une "bande d'usure" tombée d'un avion de Continental.

Selon ce scénario, des débris du pneu projetés contre l'aile et dans le réacteur du Concorde ont endommagé la propulsion et provoqué une perforation d'un réservoir situé sous l'aile, ainsi qu'une fuite de kérosène, ce qui a causé un incendie fatal.

L'accusation vise Henri Perrier, qui participa à l'invention puis au vol inaugural du Concorde de 1969 et le suivit tout au long de sa carrière. L'inaction concernant les fragilités du Concorde, connues dès ses débuts, lui est imputée.

Des dizaines de cas d'éclatement de pneumatiques sont survenus, avec dans plusieurs cas des perforations du réservoir, mais ni le constructeur, ni Air France, ni les autorités de contrôle n'ont jamais réagi.

EADS n'a échappé au procès que pour des raisons juridiques, la société n'existant pas au moment des faits.

Continental se voit en bouc émissaire et soutient que l'accident s'est passé différemment, avec une responsabilité d'Air France. Une pièce manquait sur le train du Concorde.

Me Metzner a déposé juste avant ce réquisitoire une plainte pour "obstruction à la justice" visant Air France

Edité par Yves Clarisse