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Cice et suppressions d’emploi dans la grande distribution

Auchan prévoit de supprimer 300 postes d'ici à 2016.

Auchan prévoit de supprimer 300 postes d'ici à 2016. - -

Auchan vient d’annoncer la suppression de 300 emplois d’ici à 2016. A l’automne, le comité de suivi du Cice avait indiqué que la grande distribution était le principal bénéficiaire du Cice, avec près de 18% du montant des sommes versées.

Jours de colère aussi dans la grande distribution. Les syndicats accusent Auchan de détourner l’esprit du dispositif Cice (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi), alors que le géant de l'alimentaire fait valoir que ses débouchés stagnent. La grande distribution, qui est le grand bénéficiaire du Cice, supprime donc des emplois

Est-ce que cela signifie un échec de l'opération?

Cela souligne les limites d’une action centrée exclusivement sur le coût du travail. Auchan, qui est en ce moment au centre du débat, va supprimer 300 emplois. Certes, Auchan a reçu 120 millions d’euros au titre du Cice et les syndicats mettent en avant que l’entreprise continue à faire des bénéfices. Mais ses ventes ont baissé de 0,9% en 2013.

Si la marque veut survivre, il faut qu’elle s’adapte à l’évolution de son marché et de sa clientèle, et qu’elle anticipe. Dire que l’on va alléger le coût du travail par le Cice, c’est admettre que pour l’entreprise, ce coût est un enjeu. Il est donc normal qu’elle cherche à le faire en augmentant sa productivité, c’est-à-dire en produisant la même quantité avec moins de personnel.

L’échec du Cice, ou du moins ses limites, résident dans deux éléments: le premier est qu’il était supposé renforcer les entreprises face à la concurrence internationale, alors qu’il bénéficie à des entreprises très centrées sur le marché intérieur, comme La Poste et la grande distribution.

La seconde est qu’il correspond à une vision réductrice de l’économie selon laquelle l’emploi est l’objectif alors qu’il est le moyen. Les entreprises emploient pour produire et vendre. Et on le voit avec Auchan aujourd’hui. Si le marché se dérobe, quel que soit le niveau des salaires, elles n’embauchent pas.

Le pacte de responsabilité connaitra-t-il les mêmes problèmes?

Le pacte de responsabilité souffre des mêmes travers. Il est organisé autour de l’emploi au lieu de prendre en compte la dimension investissement. D’ailleurs, le président Hollande en a conscience puisque dans sa conférence de presse, il a insisté sur les marges des entreprises qui n’ont jamais été aussi basses depuis 1985. Le pacte de responsabilité est une réponse à ce problème, avec comme faiblesse le fait qu’il repose sur les effectifs, et non sur les profits et les moyens financiers des entreprises.

C’est d’ailleurs pour cela que l’engagement de la création de 1 million d’emplois par le Medef est plus qu’aléatoire. D’autant qu’aujourd’hui, les inspecteurs du travail sont en grève pour protester contre un projet de loi qui pourtant renforce leurs pouvoirs. Le Medef est hostile à ce projet de loi qui va rendre les conditions d’embauche encore plus compliquées, et donc va directement impacter l’emploi et le chômage.

En présentant ce projet de loi, le gouvernement confirme qu’il a des idées confuses et plutôt incohérentes sur le fonctionnement des entreprises. C’est là la faiblesse essentielle du pacte de responsabilité.

Jean-Marc Daniel