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Prêts toxiques: Dexia "s'est appuyée sur la confiance des élus locaux"

Dexia aurait engendré un surcoût de 200 millions d'euros aux

Dexia aurait engendré un surcoût de 200 millions d'euros aux - -

Deux élus locaux étaient présents à l’assemblée exceptionnelle de la Banque, ce vendredi 21 décembre, pour faire entendre leurs voix sur les prêts toxiques accordés aux collectivités territoriales. Ils expliquent à BFM Business les difficultés de leurs collectivités.

Dexia est une banque connue pour être rongée par ses lourdes pertes, qui ont atteint les 12 milliards d’euros en 2011. Du coup, la banque vit sous perfusion des Etats belges et français. Ce vendredi 21 décembre, l’assemblée générale des actionnaires de la banque a encore approuvé une recapitalisation de 5,5 milliards d’euros opérée par les Etats belges et français. La banque envisage de revenir à l’équilibre financier en 2018.

Mais pour Sébastien Pietransata, député-maire PS d’Asnières et de Stéphane Troussel, président PS du Conseil général de la Seine-Saint Denis, cette réunion a surtout été l’occasion de faire porter leurs voix. Ils ont chacun dépensé quelques centimes d’euros pour devenir actionnaires de la banque. Leur but : interpeller les actionnaires sur les prêts toxiques que la banque Dexia a accordés aux collectivités locales.

Au début des années 2000, les collectivités locales ont souscrit à des prêts structurés à taux variables, indexés sur des écarts de taux entre des monnaies. En 2008, les marchés se sont retournés, faisant flamber la facture des collectivités locales. Depuis, des litiges contre Dexia, mais aussi contre d’autres banques, se sont multipliés pour demander aux établissements de revoir les taux d’intérêts à la baisse.

Sébastien Pietrasanta et Stéphane Troussel sont intervenus au bout de deux heures à l’assemblée générale. Ils ont alors prévenu qu’en 2013 la banque risque "de faire face à une grosse colère des collectivités". Les deux élus ont alors réclamé la reprise des négociations pour réviser à la baisse les taux.

"Ce n'est pas dans une assemblée générale d'actionnaires qu'on va traiter les cas et surtout les cas importants comme le vôtre", a répondu le président du conseil d’administration de Dexia, Robert de Metz, tandis que l’administrateur délégué, Karel De Boeck, les a invité à dialoguer.

Des propositions peu arrangeantes

Interviewés dans l’émission Grand Paris de BFM Business, les deux élus ont donné plus de détails sur leurs situations. Sébastien Pietrasanta explique que dans le cas de sa ville Asnières, les taux de dette étaient passés de 4,5 à plus de 8%, générant un surcoût de 380 000 euros.

Et les discussions avec Dexia n’ont pas été satisfaisantes "Sur notre emprunt, la banque nous propose aujourd’hui de passer à un taux d’intérêt fixe de 14%, ce qui représente un surcoût de 1 million d’euros". Inacceptable pour le député-maire. "On a l’impression que Dexia se fait encore de la marge", assène-t-il.

Le président du Conseil général de la Seine Saint-Denis, Stéphane Troussel explique, lui que son prédécesseur, Claude Bartolone a constaté que 93% des emprunts du département étaient des emprunts toxiques. Parmi eux "35% sont du fait de Dexia". L’élu révèle que Dexia a proposé de ramener les emprunts du département à un taux fixe de 6%. "Soit un surcoût de 200 millions d’euros".

On pourrait répondre aux deux élus que les responsables locaux se sont laissés tenter par le risque en souscrivant ces emprunts structurés, ou ont tout simplement manqué de discernement. Ce que réfute Stéphane Troussel.

"C’est l’argument qu’a développé Dexia. Mais il ne faut pas oublier que Dexia a profité de sa position de banque historique des collectivités locales. Pendant longtemps elle n’a pas eu de concurrence. Lorsque celle-ci est arrivée, les commerciaux sont devenus agressifs, à la fin des années 90, pour conserver les marges".

Ce qui,selon lui les a conduit à proposer des prêts risqués."Il se sont appuyés sur une confiance tellement forte de la part des élus qu’ils ont pu inventer ce type de produit", poursuit-il.

Pour eux, "la solution ne peut venir que de Dexia", c'est à dire reprendre les discussions pour abaisser les taux d'intérêts.

Les deux élus veulent maintenant rencontrer le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, pour tenter de faire progresser leur démarche.

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