BFM Business

Pourquoi Londres fait les yeux doux à la finance islamique?

Le Shard et ses 310 mètres qui toisent la Tamise est le symbole de la Finance islamique à la City car il a été financé par le Qatar en partie grâce à des montages financiers conformes à la Charia.

Le Shard et ses 310 mètres qui toisent la Tamise est le symbole de la Finance islamique à la City car il a été financé par le Qatar en partie grâce à des montages financiers conformes à la Charia. - -

La capitale britannique, qui accueille ce 29 octobre le "Davos de la finance islamique", multiplie les signaux pour attirer les capitaux des investisseurs soucieux de la Charia.

"Je veux que Londres soit avec Dubaï et Kuala Lumpur l'une des grandes capitales de la finance islamique dans le monde". C'est ce qu'a déclaré le Premier ministre britannique David Cameron en marge du Forum économique islamique mondial qui s'ouvrait à Londres ce 29 octobre.

L'un des moyens d'y parvenir passera par l'émission d'obligations islamiques – des "sukuk". C'est-à-dire que le Trésor anglais va émettre des titres de dette souveraine britannique qui respecte les principes de la Charia. Aucun intérêt ne sera versé à leurs acheteurs, puisque c'est proscrit par le Coran.

C'est la première fois qu'une telle émission aura lieu dans un pays non musulman, mais pour Londres, et la City en particulier, ce n'est qu'un appel du pied de plus à l'intention des investisseurs islamiques. 22 banques britanniques proposent déjà des produits financiers leur étant destinés.

Des "sukuk" d'entreprises sont émises sur la place londonienne depuis plusieurs années, pour une valeur totale de plus de 30 milliards de dollars. Et la City compte mettre au point un indice boursier dédié aux entreprises qui respectent les règles édictées par le Coran.

"Charia banking friendly"

Ces efforts paient. La Grande-Bretagne est devenue le neuvième pays de circulation d'actifs financiers islamiques. Elle est loin derrière les premiers puisqu'elle ne capte qu'1% des parts de ce marché, mais c'est le premier pays non-musulman du classement.

Le pays, où vivent plus de deux millions de musulmans, compte sur ces nouveaux investisseurs pour diversifier ses sources de financement. A un niveau plutôt modique pour le moment, puisque son émission de "sukuk" ne dépassera pas les 200 millions d'euros, "une pécadille à l'échelle d'un pays", admet Laurent Weill, professeur d'économie et spécialiste de la finance islamique. L'objectif: se montrer "charia banking friendly", selon lui.

La finance charia-compatible représente à peu près 1.500 milliards d'actifs dans le monde, à peu près les dépôts collectés par BNP Parisbas. Mais "ce qui impressionne surtout, c'est la croissance de ce marché, qui s'est poursuivie pendant la crise, et son potentiel de croissance", souligne Laurent Weill. Selon le gouvernement britannique, le secteur a grossi de 150% depuis 2006.

Nina Godart