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Pourquoi Allianz juge "naïve" l'idée d'une assurance pandémie

Le coronavirus vu au microscope - Image d'illustration

Le coronavirus vu au microscope - Image d'illustration - AFP

Alors que le secteur français de l'assurance planche bien sur un dispositif permettant de couvrir ce type d'événement systémique, le géant Allianz n'y est pas favorable.

Après le débat sur la couverture des pertes d'exploitation des entreprises dans un contexte de pandémie, le secteur de l'assurance se prépare à un nouveau bras de fer. Faut-il ou pas créer un dispositif de couverture de ce risque pour les entreprises à l'image des catastrophes naturelles ou des attentats?

Alors que la France, par la voix du ministre de l'Economie Bruno Le Maire, pousse les acteurs à inscrire ce risque dans les contrats, le géant allemand Allianz oppose une fin de non recevoir.

"Il faut de toute évidence s'interroger" face aux retombées économiques de ce type de crise, "mais il est naïf de penser que les compagnies d'assurance peuvent offrir une couverture pandémie", a déclaré le directeur financier de l'assureur, Guido Terzariol, lors d'une conférence téléphonique.

Contraire au principe de mutualisation des risques

La couverture du risque pandémique effraie les assureurs car il va à l'encontre de son modèle économique de mutualisation des risques. Comme l'expliquait sur BFM Business Florence Lustman, présidente de la Fédération française de l'Assurance (FFA): "la pandémie n'est pas assurable parce que finalement, l'assurance c'est la mutualisation et donc ceux qui n'ont pas de sinistre financent les sinistres de ceux qui en ont. En ce moment ce qui se passe c'est que tout le monde a un sinistre au même moment donc (...) les mécanismes de mutualisation ne peuvent pas fonctionner". 

En cas de pandémie, les assureurs devraient donc rembourser toutes les entreprises en même temps, posant ainsi un risque sur leur viabilité. Le secteur préfère pour le moment s'en tenir à une contribution ponctuelle au Fonds de solidarité mis en place par l'Etat. Pour autant, le ministre de l'Economie avait jugé début mai que les assureurs, qui ont fourni 400 millions d'euros à ce Fonds de solidarité, pouvaient en faire plus.

Une couverture avec l'aide de l'Etat

Et il y a bien une réflexion en cours sur la prise en charge du risque pandémique. "Ce qui pourrait fonctionner c'est un mécanisme d'accumulation comme on a un peu sur les catastrophes naturelles, et pendant toutes les années où il n'y aura pas de pandémie, on va accumuler des fonds. Et puis le jour où il y aura une pandémie on sera en mesure d'indemniser une partie des conséquences de cette pandémie", explique Florence Lustman.

"Mais ne nous y trompons pas", prévient-elle. "Quand on a des montants de l'ordre de 60 milliards, on est à dix fois le montant maximum des catastrophes naturelles qu'on a jamais couvertes". L'Etat devra donc quoi qu'il arrive prendre le relais face à ces "sommes astronomiques".

Un avis partagé par Allianz. "La plus grosse part des risques ne peuvent être supportés par une entreprise privée. (...) Le ministre peut également participer à la solution, car il fait également partie de la solution", tranche Guido Terzariol.

Olivier Chicheportiche avec AFP