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Les trois défis des banques françaises

La Société Général, le Crédit Agricole et BNP Paribas sont toutes fortements exposées à l'Italie et à l'Espagne

La Société Général, le Crédit Agricole et BNP Paribas sont toutes fortements exposées à l'Italie et à l'Espagne - -

BNP Paribas, la Société générale et Crédit Agricole SA publient leurs résultats pour le troisième trimestre à partir du mercredi 7 novembre. Ils interviennent alors que les banques françaises sont aux prises avec un environnement difficile en zone euro.

La valse des résultats trimestriels commence cette semaine pour les banques françaises. BNP Paribas ouvre le bal, en publiant ses comptes pour le troisième trimestre 2012, ce mercredi 7 novembre. La Société Générale lui emboîtera le pas, jeudi, avant que Crédit Agricole SA, la structure cotée en Bourse du Crédit Agricole, ne publie à son tour ses résultats, vendredi.

Ces publications trimestrielles vont permettre de jauger l’activité des trois établissements français présents sur le CAC 40. Ces trois banques doivent surtout composer avec une conjoncture dégradée qui les amène à faire face à plusieurs défis.

> Réduire les risques liés à la crise de la zone euro

C’est une évidence: la crise de la zone euro va peser encore un peu plus lourdement sur l’activité des banques françaises. Sauf miracle de dernière minute, le Crédit Agricole devrait ainsi dévoiler, vendredi 9 novembre, une lourde perte. L’établissement avait en effet prévenu que la cession de sa filiale grecque Emporiki, véritable boulet pour la banque, impacterait son résultat net de 2 milliard d’euros.

BNP Paribas, pour sa part, a vu sa note de de crédit dégradée par l’agence de notation Standard & Poor’s, le 25 octobre dernier. L’agence avait alors justifié sa sentence en évoquant l’augmentation de risques pesant sur le secteur bancaire, exposant davantage la banque à une récession en zone euro. BNP Paribas est ainsi plus particulièrement concerné par les difficultés de l’Italie, qui est aussi l’un de ses trois marchés domestique, avec la Belgique et la France. La Banque de la Rue d’Antin possède, en effet, BNL (Banca Nazionale del Lavoro), sixième établissement transalpin en termes d’actifs.

Au-delà de BNP Paribas, les banques françaises sont, avec les Allemandes, les établissements les plus exposés aux risques en zone euro. Selon les chiffres de la Banque des règlements internationaux cités par Bloomberg, à fin mars 2012, les établissements de l’Hexagone détenaient encore 334 milliards d’euros de créances privés et publiques en Italie, et 115 milliards en Espagne, autre grand pays en difficulté de la zone euro.

Les banques ont toutefois commencé à réduire la voilure, en se désengageant des pays de la zone euro pour se recentrer sur la France. Dans une note parue le 29 octobre dernier, les économistes de Natixis soulignent ainsi que les actifs domestiques détenus par les banques françaises n’ont jamais été aussi élevés, tandis que leurs actifs en zone euro ont baissé drastiquement de 2010 à 2012. “La renationalisation de leurs bilans, miroir du désengagement vis-à-vis de certaines dettes souveraines de la zone euro, est très prononcée”, observent les auteurs de cette note.

> Maintenir leurs revenus en dépit de la conjoncture

Au deuxième trimestre, les banques françaises ont toutes affiché une baisse de leur PNB (Produit Net Bancaire), l’équivalent du chiffre d’affaires pour les banques. Cet indicateur était surtout tiré vers le bas par les difficultés de leurs banques de financement et d’investissement, c’est-à-dire la division “marché” des établissements. Celle de Crédit Agricole SA affichait ainsi un recul de 19,9%.

Elles avaient en revanche réussi à garder stable l’argent tiré de la banque de détail, qui prête aux particuliers et aux entreprises. Mais la banque de détail n’en est pas moins confrontée à un environnement difficile, notamment sur le marché domestique. La France se dirige vers une croissance très faible (l’Insee prévoit 0,2% pour 2012), qui affecte la consommation et l’activité des entreprises.

L’impact sur le crédit se fait sentir. Le crédit immobilier, produit d’appel des banques, est ainsi en berne. Au troisième trimestre 2012, le montant des crédits immobiliers accordés par les banques a chuté de 24,3%. Du jamais vu, alors que, dans le même temps, les banques réduisent les taux exigés sur ce produit. Quant aux crédits alloués aux entreprises, la demande s'est repliée en septembre pour le sixième mois d'affilée selon l'enquête mensuelle publiée par la Banque de France.

> Se conformer à la nouvelle régulation

Il s’agit peut-être du défi le moins difficile à relever pour les banques françaises. Pour éviter la faillite d’un établissement bancaire, les règles dites de Bâle III obligent les banques à détenir suffisamment de réserves et de capitaux propres pour faire face à leurs engagements.

Bâle III impose ainsi un ratio de fonds propres rapportés aux risques de 7%, avec une surcharge de capital pour les établissements dit “systémiques” (c’est à dire dont la faillite mettrait à mal l’économie mondial) de 1 à 2,5%. Les banques ont de 2013 à 2019 pour se conformer à ces exigences de solvabilité.

Mais les établissements français ont choisi d’anticiper cette nouvelle législation. BNP Paribas a pour objectif un niveau de fonds propres sur risque de 9% au 31 décembre 2013. Au deuxième trimestre, elle y était presque (8,9%).

Le Crédit Agricole vise encore plus haut, mais un peu plus tard : 10% à fin 2013.Pour arriver à leurs fins, les banques ont pu mettre de l’argent de côté pour renforcer leur fonds propres lors de leurs résultats trimestriels. Mais elles ont également pu diminuer les risques. La Société Générale cherche ainsi à réduire d’ici fin 2013 de 30 milliards d’euros les encours de risques liés à sa banque de financement et d’investissement.

Julien Marion